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La Mousse

La mousse aime le caillou dur,
La tour que la foudre électrise,
Le tronc noueux comme un fémur
Et le roc qui se gargarise
Au torrent du ravin obscur.

Elle est noire sur le vieux mur,
Aux rameaux du chêne elle est grise,
Et verte au bord du ruisseau pur,
La mousse.

Le matin, au temps du blé mûr,
Ce joli végétal qui frise
Souffle un parfum terreux qui grise :
Il boit les larmes de l’azur,
Et le papillon vibre sur
La mousse.

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La Sauterelle

Sa tête a l’air d’être en bois peint,
Malgré ses mandibules moites ;
Elle a l’œil gros comme un pépin.
Pareille aux bêtes en sapin,
Mouton, cheval, bœuf et lapin,
Que les enfants ont dans des boîtes,
Sa tête a l’air d’être en bois peint,
Malgré ses mandibules moites.

Grise, elle a les ailes doublées
De rouge antique ou de bleu clair
Qu’on entrevoit dans ses volées
Brusques, ronflantes et tremblées.
Verte, ses jambes endiablées
Sont aussi promptes que l’éclair ;
Grise, elle a les ailes doublées
De rouge antique ou de bleu clair.

Elle saute sans nul effort
Les ruisselets et les ornières ;
Et son coup de cuisse est si fort
Qu’elle semble avoir un ressort.
Puis, quand elle a pris son essor
Autour des trous et des marnières,
Elle saute sans nul effort
Les ruisselets et les ornières.

La toute petite grenouille
La regarde et croit voir sa sœur,
Au bord du pacage qui grouille
De fougères couleur de rouille.
Dans sa rigole où l’eau gargouille,
Sur son brin de jonc caresseur,
La toute petite grenouille
La regarde et croit voir sa sœur.

Elle habite loin des marais,
Sous la feuillée, au pied du chêne ;
Dans les clairières des forêts,
Sur le chaume et dans les guérets.
Aux champs, elle frétille auprès
Du vieil âne tirant sa chaîne ;
Elle habite loin des marais,
Sous la feuillée auprès du chêne.

Nids de taupes et fourmilières,
Champignon rouge et caillou blanc,
Le chardon, la mousse et les lierres
Sont ses rencontres familières.
Sur les brandes hospitalières,
Elle vagabonde en frôlant
Nids de taupes et fourmilières,
Champignon rouge et caillou blanc.

Quand le soleil a des rayons
Qui sont des rires de lumière,
Elle se mêle aux papillons
Et cliquette avec les grillons ;
Elle abandonne les sillons
Et les abords de la chaumière,
Quand le soleil a des rayons
Qui sont des rires de lumière.

Cheminant, sautant, l’aile ouverte
Elle va par monts et par vaux,
Et voyage à la découverte
De quelque pelouse bien verte :
En vain, elle a plus d’une alerte
Parmi tant de pays nouveaux,
Cheminant, sautant, l’aile ouverte,
Elle va par monts et par vaux.

Son chant aigre est délicieux
Pour l’oreille des buissons mornes.
C’est l’acrobate gracieux
Des grands vallons silencieux.
Les liserons sont tout joyeux
En sentant ses petites cornes ;
Son chant aigre est délicieux
Pour l’oreille des buissons mornes.

Cauchemar de l’agriculteur,
Tu plairas toujours au poète,
Au doux poète fureteur,
Mélancolique observateur.
Beau petit insecte sauteur,
Je t’aime des pieds à la tête :
Cauchemar de l’agriculteur,
Tu plairas toujours au poète !

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Les Cheveux champêtres

En plein air, sans une épingle,
Ils aiment à paresser,
Et la brise qui les cingle
A l'air de les caresser,
Ils vont sous les branches torses
Des vieux chênes roux et bruns,
Et la feuille et les écorces
Les grisent de leurs parfums.

Dans la campagne déserte,
Au fond des grands prés muets,
Ils dorment dans l’herbe verte
Et se coiffent de bluets ;
Le soleil les importune,
Mais ils aiment loin du bruit
Le glacis du clair de lune
Et les frissons de la nuit.

Comme les rameaux des saules
Se penchant sur les marais,
Ils flottent sur ses épaules,
À la fois tristes et frais.
Quand, plus frisés que la mousse,
Ils se sont éparpillés,
On dirait de l’or qui mousse,
Autour des blancs oreillers.

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La Chanson de la perdrix grise

La chanson de la perdrix grise
Ou la complainte des grillons,
C’est la musique des sillons
Que j’ai toujours si bien comprise.

Sous l’azur, dans l’air qui me grise,
Se mêle au vol des papillons
La chanson de la perdrix grise
Ou la complainte des grillons.

Et l’ennui qui me martyrise
Me darde en vain ses aiguillons,
Puisqu’à l’abri des chauds rayons
J’entends sur l’aile de la brise
La chanson de la perdrix grise.

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La Musique

À l’heure où l’ombre noire
Brouille et confond
La lumière et la gloire
Du ciel profond,
Sur le clavier d’ivoire
Mes doigts s’en vont.

Quand tes regrets et les alarmes
Battent mon sein comme des flots,
La musique traduit mes larmes
Et répercute mes sanglots.

Elle me verse tous les baumes
Et me souffle tous les parfums ;
Elle évoque tous mes fantômes
Et tous mes souvenirs défunts.

Elle m’apaise quand je souffre,
Elle délecte ma langueur,
Et c’est en elle que j’engouffre
L’inexprimable de mon cœur.

Elle mouille comme la pluie,
Elle brûle comme le feu ;
C’est un rire, une brume enfuie
Qui s’éparpille dans le bleu.

Dans ses fouillis d’accords étranges
Tumultueux et bourdonnants,
J’entends claquer des ailes d’anges
Et des linceuls de revenants ;

Les rythmes ont avec les gammes
De mystérieux unissons ;
Toutes les notes sont des âmes,
Des paroles et des frissons.

Ô Musique, torrent du rêve,
Nectar aimé, philtre béni,
Cours, écume, bondit sans trêve
Et roule-moi dans l’infini.

À l’heure où l’ombre noire
Brouille et confond
La lumière et la gloire
Du ciel profond,
Sur le clavier d’ivoire
Mes doigts s’en vont.

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Les Visions roses

Corolles et boutons de roses,
La fraise et la mousse des bois
Mettent le désir aux abois
Au fond des cœurs les plus moroses !

Qui rappelle certaines choses
Aux bons vieux galants d’autrefois ?
Corolles et boutons de roses,
La fraise et la mousse des bois.

— Je revois tes chairs toutes roses,
Les dards aigus de tes seins froids,
Et puis tes lèvres ! quand je vois
Dans leurs si langoureuses poses
Corolles et boutons de roses !

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Nuit tombante

Les taureaux, au parfum
De la mousse,
Arpentent l’herbe rousse,
Et chacun
Beugle au soleil défunt ;
La rafale qui glousse
Se trémousse
Dans l’air brun.

Et le ravin cruel,
Sourd et chauve,
A l’humidité fauve
D’un tunnel ;
Et comme un criminel,
Le nuage se sauve,
Gris et mauve,
Dans le ciel.

Des saules convulsés
Et difformes,
Des trous, des rocs énormes,
Des fossés,
Des vieux chemins gercés,
Des buissons multiformes,
Et des ormes
Crevassés,

De l’eau plate qui dort
Dans la terre,
Noire et plus solitaire
Qu’un remord :
Un long murmure sort,
Un long murmure austère
De mystère
Et de mort.

Au clapotis que font
Les viornes,
Sous la voûte sans bornes
Et sans fond,
Tout s’éloigne et se fond ;
L’ombre efface les cornes
Des bœufs mornes
Qui s’en vont.

Et l’escargot sans bruit
Rampe et bave ;
L’obscurité s’aggrave,
Le vent fuit ;
Et l’oiseau de minuit
Flotte comme une épave
Dans la cave
De la nuit.

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Elizabeth Barrett Browning

Comment t'aimé-je?

Comment t'aimé-je? Laisse-moi t'en compter les façons.
Je t'aime du tréfonds, de l'ampleur et de la cime
De mon âme, lorsque, invisible, elle aspire
Aux fins de l'Être et de la Grâce idéale.
Je t'aime au doux niveau du besoin de chaque jour,
À la lumière du soleil et de la chandelle.
Je t'aime en liberté, comme on tend au Juste;
Je t'aime en pureté, comme on fuit la Louange.
Je t'aime de la passion dont j'usais
Dans les chagrins, et de ma confiance d'enfant.
Je t'aime d'un amour qui semblait perdu
Envers mes saints de jadis, - je t'aime du souffle,
Sourires, larmes de toute ma vie! - et si Dieu en décide,
Je t'aimerai mieux encore dans la mort.

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La baigneuse

Le temps chauffe, ardent, radieux ;
Le sol brûle comme une tôle
Dans un four. Nul oiseau ne piaule,
Tout l'air vibre silencieux...
Si bien que la bergère a confié son rôle
A son chien noir aussi bon qu'il est vieux.

Posant son tricot et sa gaule,
Elle ôte, à mouvements frileux,
Robe, chemise, et longs bas bleus :
Sa nudité sort de sa geôle.
Tout d'abord, devant l'onde aux chatoiements vitreux
Elle garde un maintien peureux,
Mais enfin, la chaleur l'enjôle,
Elle fait un pas et puis deux...
Mais si l'endroit est hasardeux ?
Si l'eau verte que son pied frôle
Allait soudainement lui dépasser l'épaule ?
Mieux vaut se rhabiller ! mais avant, sous un saule,
D'un air confus et curieux,
Elle se regarde à pleins yeux
Dans ce miroir mouvant et drôle.

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Le Baby

Frais comme l’herbe qui pousse,
Dans la ferme où je me plus,
Le baby suçait son pouce.

Le merle qui se trémousse
Dans les buissons chevelus
Frais comme l’herbe qui pousse,

Le roc où l’éclair s’émousse
L’attiraient ; roi des joufflus,
Le baby suçait son pouce.

Il se roulait dans la mousse
Et grimpait sur les talus
Frais comme l’herbe qui pousse.

Longtemps, devant la frimousse
Des petits ânons poilus,
Le baby suçait son pouce.

La flaque où l’on s’éclabousse
Tentait ses pieds résolus
Frais comme l’herbe qui pousse.

Près du chat qui se courrouce
Et des bons vieux chiens goulus,
Le baby suçait son pouce.

Oh ! dans l’eau de son qui mousse
Les pourceaux hurluberlus
Frais comme l’herbe qui pousse !

Il suivait tout ce qui glousse
Et devant les bœufs râblus,
Le baby suçait son pouce.

À la voix lointaine et douce
D’un glas ou d’un angélus,
Frais comme l’herbe qui pousse,

Dans la nuit vitreuse et rousse,
Sous les chênes vermoulus,
Le baby suçait son pouce.

Mais la mort vient et nous pousse !
Il fut un de ses élus
Frais comme l’herbe qui pousse.

Un jour on me dit : « Il tousse. »
Pourtant, chétif et perclus,
Le baby suçait son pouce.

La mort le prit sans secousse :
Et jaune, hélas ! n’étant plus
Frais comme l’herbe qui pousse
Le baby suçait son pouce.

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Le Petit Chalet

Qu’elle aime ce petit chalet
D’une si plaisante carcasse !
Le fait est qu’il est si cocasse,
Qu’il m’inspire ce rondelet.

Dans ce castel humble et drôlet,
Elle brode, lit et fricasse.
Qu’elle aime ce petit chalet
D’une si plaisante carcasse !

Elle y goûte un bonheur complet.
Et puis, qu’elle paix efficace !
Personne ici qui la tracasse,
Elle y vit comme ça lui plaît.
Qu’elle aime ce petit chalet !

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Les Vieilles Haies

Fauves, couvrant l’horreur, le mystère et l’ennui,
Tantôt pleines de jour, tantôt pleines de nuit,
De murmures et de silences ;
Hostiles au toucher comme des hérissons,
Elles sont là, mêlant à d’éternels frissons
D’interminables somnolences.

Elles ont l’attitude et la couleur des bois :
Aubépines, genêts, fougères, et parfois
Un panache de chèvrefeuille
Leur donnent une odeur suave à respirer ;
Leurs fruits ? c’est le hasard qui les fait prospérer,
Et c’est le merle qui les cueille.

Elles sont un écran pour le sentier poudreux,
Un abri pour le pâtre, et pour les amoureux
Le lieu des rendez-vous fidèles ;
Et quand l’ombre noircit la plaine et le ravin,
La nonne lavandière et le mauvais devin
Dialoguent à côté d’elles.

Tous les anciens buissons poussent dru, haut et droit,
Comme aussi, bien souvent, ils penchent, et l’on voit
Sous l’azur clair ou qui se fronce,
Au-dessus du ruisseau chuchoteur ou dormant,
La courbure agressive et l’échevèlement
Épouvantable de la ronce.

Rarement effleurés par les beaux papillons,
Ils sont le labyrinthe aimé des vieux grillons ;
Plus d’une cigale en tristesse
Y hasarde un son maigre et que l’âge a faussé ;
Grenouilles et crapauds visitent leur fossé,
Et la couleuvre est leur hôtesse.

Hélas ! dans ces fouillis qu’elle connaît si bien
Cette sournoise ourdit son muet va-et-vient
Que maint sifflement entrecoupe ;
Malheur au nid d’oiseau ! L’ogresse à pas tordus
Se hisse pour biber les œufs tout frais pondus
Dans la pauvre petite coupe.

À la longue, parfois, ces grands buissons affreux
Ont bu tous les venins que vont baver sur eux
L’aspic et la vipère noire :
Aussi, lorsque l’été réchauffeur des déserts
Promène au fond des trous, sur l’onde et dans les airs
Son invisible bassinoire,

La haie empoisonnée, après son long sommeil,
Étire ses rameaux qui s’enflent au soleil
Comme autant de bêtes squammeuses ;
Et contre les troupeaux sveltes et capricants
Elle se dresse, armée, avec tous ses piquants,
D’innombrables dents venimeuses.

Dans la pourpre de l’aube ou des soleils couchants,
Au bord des bois, des lacs, des vignes et des champs,
Des prés ou des châtaigneraies,
L’habitant du ravin, du val et des plateaux
Vénère à son insu ces sombres végétaux :
Car, à la fin, les vieilles haies,

À force d’avoir vu tant de piétons bourbeux,
D’ânes et de moutons, de vaches et de bœufs,
Ont, comme les très vieux visages,
Pris un air fantomal, prophétique, assoupi,
Qui sur le chemin neuf et le mur recrépi
Jette un reflet des anciens âges.

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La Promenade champêtre

Mai, le plus amoureux des mois,
Fleurit et parfume les haies.
Allons-nous-en dans les chênaies,
Égarons-nous au fond des bois !
Cherchons la source et les clairières,
Dormons à l’ombre du bouleau ;
Un bon soleil ami de l’eau
Sourit aux flaques des carrières.

Et tous deux nous nous enfonçons
Dans la campagne ! et, champs, prairies,
Brandes, mares et métairies
Tout ça rêve entre les buissons.
Intrigués par notre costume,
Les bœufs, avec un œil dormant
Nous considèrent gravement
En léchant leur mufle qui fume.

Mélancolique et cher pays,
À nous tes petites auberges,
Ta Gargilesse humble et tes berges
Si pleines d’ombre et de fouillis !
Nous deux nous sommes les touristes
Familiers de tes casse-cou,
Et nous adorons le coucou
Qui pleure dans tes bois si tristes.

— Traversons la cour du fermier :
Au fond, le chien dort sous un frêne,
Lentement un crapaud se traîne
Horrible et doux sur le fumier.
Ici, la cane barboteuse
Glousse devant un soupirail ;
Là, des bergers frottent leur ail
Sur une croûte raboteuse.

Tiens ! voici venir chevauchant,
Assis sur des sacs de farine,
Le grand Pierre à qui Mathurine
Songe plus d’une fois au champ.
Insoucieux, il se balance,
Jetant sa voix claire à l’écho,
Déhanché sur son bourriquot,
Et tout rempli de nonchalance.

Angélique, au bord du lavoir,
À genoux dans l’herbe et la mousse,
Tape et tord le linge qui mousse.
C’est tout un plaisir de la voir !
Il sonne en vain le battoir jaune,
Les grenouilles n’en ont pas peur.
Dans une sereine torpeur,
Elles songent au pied d’un aune.

Que nous font les terrains vaseux
Puisque chantent les pastourelles,
Et qu’on peut voir dans les nids frêles
Le mystère des petits œufs ?
La pente est rude, mais la roche
Où le pied se pose au hasard
S’émeraude avec le lézard,
Et voici que la Creuse est proche !

Là-bas, Margot jacasse avec
Autant de feu qu’une dévote,
Elle court, sautille et pivote,
Hochant la queue, ouvrant le bec.
Impossible d’être plus drôle !
Elle danse, et va s’amusant
D’un beau petit caillou luisant,
Et d’un brin d’herbe qui la frôle.

Du fond des chemins oubliés
Où notre semelle s’attache,
Nous voyons la vieille patache
Qui roule entre les peupliers.
Quand les coups de fouets aiguillonnent
Les pauvres chevaux courbatus,
Sur les colliers hauts et pointus,
Comme les grelots carillonnent!

Et la hutte en chaume terreux,
Abri des petites bergères,
Est au milieu de ses fougères
Hospitalière aux amoureux.
Dans un mystère délectable,
Las de courir et de causer,
Nous venons nous y reposer,
Sur la paille qui sent l’étable.

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L'Écrevisse

Elle voyage à sa façon
Autour d’un petit rocher maigre ;
Son ruisseau, chuchoteur allègre.
Est caché par un grand buisson.

Tandis qu’un merle polisson
Raille un pivert à la voix aigre,
Elle voyage à sa façon
Autour d’un petit rocher maigre.

Et, lente comme un limaçon,
Noire comme la peau d’un nègre,
Narguant le poivre et le vinaigre,
Et le rouge de la cuisson,
Elle voyage à sa façon.

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C'est une fontaine perdue et malheureuse. Elle n'est pas protégée. On l'a laissée comme ça, en pleins champs découverts; elle est faite d'un tuyau de canne, d'un corps de peuplier creux. Elle est là toute seule. L'été, le soleil qui boit comme un âne, sèche son bassin en trois coups de museau; le vent se lave les pieds sous le canon et gaspille toute l'eau dans la poussière. L'hiver, elle gèle jusqu'au coeur. Elle n'a pas de chance: comme toute cette terre.

Jean Giono dans Regain (1930)Signalez un problèmeDes citations similaires
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Le Cœur guéri

Celle que j’aime est une enchanteresse
Au front pudique, aux longs cheveux châtains ;
Compagne et sœur, ma muse et ma maîtresse,
Elle ravit mes soirs et mes matins.
Svelte beauté, sensitive jolie,
Elle a l’œil tendre et la taille qui plie ;
Moi, le suiveur des funèbres convois,
J’ai frémi d’aise au doux son de sa voix,
Et maintenant que l’amour m’électrise,
Toujours, partout, je l’entends, je la vois ;
Mon pauvre cœur enfin se cicatrise.

Geste pensif et qui vous intéresse,
Bouche d’enfant sans rires enfantins,
Étrangeté jusque dans la caresse,
Regards profonds, veloutés et lointains,
Joue inquiète et quelquefois pâlie
Par la souffrance et la mélancolie,
Tête française avec un air suédois,
Pied de gazelle, et jolis petits doigts
Par qui toujours la musique est comprise :
Aussi, je l’aime autant que je le dois,
Mon pauvre cœur enfin se cicatrise.

Elle a comblé mon esprit d’allégresse,
Purifié mon art et mes instincts,
Et maintenant, mon âme qui progresse
Plane au-dessus des rêves libertins.
Je suis calmé, je suis chaste ; j’oublie
Ce que je fus ! ma chair est ennoblie ;
Je ne suis plus le poète aux abois
Qui frissonnait d’horreur au fond des bois,
J’aime la nuit, qu’elle soit noire ou grise,
Et, bénissant le philtre que je bois,
Mon pauvre cœur enfin se cicatrise.

La destinée, hélas ! est bien traîtresse,
Mais je souris quand même à mes destins,
Car, dès ce jour, au lieu de ma détresse,
J’ai la saveur des mystiques festins.

Tout à l’amour qui désormais nous lie,
Avec l’espoir je me réconcilie ;
En vain l’ennui me guette en tapinois,
Je ne crains plus cet ennemi sournois :
Le bouclier contre qui tout se brise,
Je l’ai, pour vaincre au milieu des tournois !
Mon pauvre cœur enfin se cicatrise.

Je ne redoute aucun danger, serait-ce
L’Enfer lui-même ! à mes défis hautains
Satan se tait ! l’embûche qu’il me dresse
Je la découvre, et marche à pas certains.
Ma volonté germe et se multiplie ;
Les rêves bleus dont ma tête est remplie
Chassent au loin mes spleens et mes effrois
Pour me parler du Ciel à qui je crois,
Et je pardonne à ceux que je méprise,
Comme le Christ en mourant sur la croix ;
Mon pauvre cœur enfin se cicatrise.

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Les Cheveux

J’aimais ses cheveux noirs comme des fils de jais
Et toujours parfumés d’une exquise pommade,
Et dans ces lacs d’ébène où parfois je plongeais
S’assoupissait toujours ma luxure nomade.

Une âme, un souffle, un cœur, vivaient dans ces cheveux,
Puisqu’ils étaient songeurs, animés et sensibles.
Moi, le voyant, j’ai lu de bizarres aveux
Dans le miroitement de leurs yeux invisibles.

La voix morte du spectre à travers son linceul,
Le verbe du silence au fond de l’air nocturne,
Ils l’avaient ! voix unique au monde, que moi seul
J’entendais résonner dans mon cœur taciturne.

Avec la clarté blanche et rose de sa peau
Ils contrastaient ainsi que l’aurore avec l’ombre ;
Quand ils flottaient, c’était le funèbre drapeau
Que son spleen arborait à sa figure sombre.

Coupés, en torsions exquises se dressant,
Sorte de végétal ayant l’humaine gloire,
Avec leur aspect fauve étrange et saisissant
Il figuraient à l’œil une mousse très-noire.

Épars, sur les reins nus, aux pieds qu’ils côtoyaient
Ils faisaient vaguement des caresses musquées,
Aux lueurs de la lampe, ardents, ils chatoyaient,
Comme en un clair-obscur l’œil des filles masquées.

Quelquefois, ils avaient de gentils mouvements
Comme ceux des lézards aux flancs d’une rocaille ;
Ils aimaient les rubis, l’or, et les diamants,
Les épingles d’ivoire et les peignes d’écaille.

Dans l’alcôve où brûlé de désirs éternels
J’aiguillonnais en vain ma chair exténuée,
Je les enveloppais de baisers solennels,
Étreignant l’idéal dans leur sombre nuée !…

Des résilles de soie, où leurs anneaux mêlés
S’enroulaient pour dormir ainsi que des vipères,
Ils tombaient d’un seul bond, touffus et crespelés,
Dans les plis des jupons, leurs chuchotants repaires.

Aucun homme avant moi ne les ayant humés,
Ils ne connaissaient pas les débauches sordides ;
Virginalement noirs sous mes regards pâmés
Ils noyaient l’oreiller avec des airs candides.

Quand les brumes d’hiver rendaient les cieux blafards,
Ils s’entassaient grisés par le parfum des fioles,
Mais ils flottaient, l’été, sur les blancs nénuphars,
Au glissement berceur et langoureux des yoles.

Alors, ils préféraient les bluets aux saphirs,
Les roses au corail, et les lys aux opales.
Ils frémissaient au souffle embaumé des zéphyrs,
Simplement couronnés de marguerites pâles !…

Quand parfois ils quittaient le lit, brûlants et las,
Pour venir aspirer la fraîcheur des aurores,
Ils s’épanouissaient au parfum des lilas
Dans un cadre chantant d’oiseaux multicolores.

Et la nuit, s’endormant dans la tiédeur de l’air
Si calme qu’il n’eût pas fait palpiter des toiles,
Il recevaient ravis — du haut du grand ciel clair —
La bénédiction muette des étoiles.

Mais elle pâlissait ; de jour en jour sa chair
Quittait son ossature atome par atome,
Et navré, je voyais son pauvre corps si cher

Prendre insensiblement l’allure d’un fantôme.

Puis, à mesure, hélas ! que mes regards plongeaient
Dans ses yeux qu’éteignait la mort insatiable,
De moments en moments, ses cheveux s’allongeaient,
Entraînant par leur poids sa tête inoubliable.

Et quand elle mourut au fond du vieux manoir,
Ils avaient tant poussé pendant son agonie,
Que j’en enveloppai comme d’un linceul noir
Celle qui m’abreuvait de tendresse infinie !…

Ainsi donc, tes cheveux furent tes assassins.
Leur longueur anormale à la fin t’a tuée ;
Mais, comme aux jours bénis où fleurissaient tes seins,
Dans le fond de mon cœur, je t’ai perpétuée !…

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Forêt brûlée

On voit ce grand fond de vallée
Fuligineux sous les cieux ronds :
Là, terrain, herbes, rameaux, troncs,
Toute une forêt fut brûlée !

D'elle, si verte et si peuplée,
Qui, si fière, portait son front,
Narguait le vent, raillait l'affront
Du tonnerre et de la gelée,

Il reste la place... raclée,
Croupissante et noire, meublée
D'un seul arbre, cuit tout de bon :
Un paysage de charbon
Dans un gouffre de la vallée !

D'elle, si verte et si peuplée,
Qui, si fière, portait son front,
Narguait le vent, raillait l'affront
Du tonnerre et de la gelée,

Il reste la place... raclée,
Croupissante et noire, meublée
D'un seul arbre, cuit tout de bon :
Un paysage de charbon
Dans un gouffre de la vallée !

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Le Petit Lièvre

Brusque, avec un frisson
De frayeur et de fièvre,
On voit le petit lièvre
S’échapper du buisson.
Ni mouche ni pinson ;
Ni pâtre avec sa chèvre,
La chanson
Sur la lèvre.

Tremblant au moindre accroc,
La barbe hérissée
Et l’oreille dressée,
Le timide levraut
Part et se risque au trot,
Car l’aube nuancée
N’est pas trop
Avancée.

L’animal anxieux
S’assied sur une fesse ;
Et pendant qu’il paresse,
La brume dans les yeux,
Le grand saule pieux
S’agenouille et s’affaisse
Comme un vieux
À confesse.

N’entend-il pas quelqu’un ?
Non ! ce n’est que la brise
Qui caresse et qui grise
Son petit corps à jeun.
Et dans le taillis brun
Le fou s’aromatise
Au parfum
Du cytise.

Dans le matin pâlot,
Leste et troussant sa queue,
Il fait plus d’une lieue
D’un seul trait, au galop.
Il s’arrête au solo
Du joli hoche-queue,
Près de l’eau
Verte et bleue.

Terrains mous, terrains durs,
En tout lieu son pied trotte :
Et poudreux, plein de crotte,
Ce rôdeur des blés mûrs
Hante les trous obscurs
Où la source chevrote,
Les vieux murs
Et la grotte.

L’aube suspend ses pleurs
Au treillis des barrières,
Et sur l’eau des carrières
Fait flotter ses couleurs.
Et les bois roucouleurs,
L’herbe des fondrières
Et les fleurs
Des clairières,

L’if qui se rabougrit,
Le roc vêtu d’ouate
Où le genêt s’emboîte,
La forêt qui maigrit,
La mare qui tarit,
L’ornière creuse et moite :
Tout sourit
Et miroite.

Et dans le champ vermeil
Où s’épuise la sève,
Le lièvre blotti rêve
D’un laurier sans pareil ;
Et toujours en éveil
Il renifle sans trêve
Au soleil
Qui se lève.

poésie de Maurice RollinatSignalez un problèmeDes citations similaires
Ajouté par Poetry Lover
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Du mouron pour les p'tits oiseaux

Grand'mère, fillette et garçon
Chantent tour à tour la chanson.
Tous trois s'en vont levant la tête:
La vieille à la jaune binette,
Les enfants aux roses museaux.
Que la voix soit rude ou jolie,
L'air est plein de mélancolie:
Du mouron pour les p'tits oiseaux!

Le mouron vert est ramassé
Dans la haie et dans le fossé.
Au bout de sa tige qui bouge
La fleur bonne est blanche et non rouge.
Il sent la verdure et les eaux;
Il sent les champs et l'azur libre
Où l'alouette vole et vibre.
Du mouron pour les p'tits oiseaux!

C'est ce matin avant le jour
Que la vieille a fait son grand tour.
Elle a marché deux ou trois lieues
Hors du faubourg, dans les banlieues,
Jusqu'à Clamart ou jusqu'à Sceaux.
Elle est bien lasse sous sa hotte !
Et l'on ne vend qu'un sou la botte
Du mouron pour les p'tits oiseaux!

Les petits trouvant le temps long
Traînent en allant leur talon.
La soeur fait la grimace au frère
Qui, sans la voir, pour se distraire,
Trempe ses pieds dans les ruisseaux,
Tandis qu'au cinquième peut-être
On demande par la fenêtre
Du mouron pour les p'tits oiseaux!

Mais la grand'mère a vu cela.
Un sou par-ci, deux sous par-là!
C'est elle encor, la pauvre vieille,
Qui le mieux des trois tend l'oreille,
Et dont les jambes en fuseaux,
Quand à monter quelqu'un l'invite,
Savent apporter le plus vite
Du mouron pour les p'tits oiseaux!

Un sou par-là, deux sous par-ci!
La bonne femme dit merci.
C'est avec les gros sous de cuivre
Que l'on achète de quoi vivre,
Et qu'elle, la peau sur les os,
Peut donner, à l'heure où l'on dîne,
A son bambin, à sa bambine,
Du mouron pour les p'tits oiseaux!

poésie de Jean RichepinSignalez un problèmeDes citations similaires
Ajouté par Simona Enache
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La Rivière dormante

Au plus creux du ravin où l’ombre et le soleil
Alternent leurs baisers sur la roche et sur l’arbre,
La rivière immobile et nette comme un marbre
S’enivre de stupeur, de rêve et de sommeil.

Plus d’un oiseau, dardant l’éclair de son plumage,
La brûle dans son vol, ami des nénuphars ;
Et le monde muet des papillons blafards
Y vient mirer sa frêle et vacillante image.

Descendu des sentiers tout sablés de mica,
Le lézard inquiet cherche la paix qu’il goûte
Sur ses rocs fendillés d’où filtrent goutte à goutte
Des filets d’eau qui font un bruit d’harmonica.

La lumière est partout si bien distribuée
Qu’on distingue aisément les plus petits objets ;
Des mouches de saphir, d’émeraude et de jais
Au milieu d’un rayon vibrent dans la buée.

Sa mousse qui ressemble aux grands varechs des mers
Éponge tendrement les larmes de ses saules,
Et ses longs coudriers, souples comme des gaules,
Se penchent pour la voir avec les buis amers.

Ni courant limoneux, ni coup de vent profane :
Rien n’altère son calme et sa limpidité ;
Elle dort, exhalant sa tiède humidité,
Comme un grand velours vert qui serait diaphane.

Pourtant cette liquide et vitreuse torpeur
Qui n’a pas un frisson de remous ni de vague,
Murmure un son lointain, triste, infiniment vague,
Qui flotte et se dissipe ainsi qu’une vapeur.

Du fond de ce grand puits qui la tient sous sa garde,
Avec ses blocs de pierre et ses fouillis de joncs,
Elle écoute chanter les hiboux des donjons
Et réfléchit l’azur étroit qui la regarde.

Des galets mordorés et d’un aspect changeant
Font à la sommeilleuse un lit de mosaïque
Où, dans un va-et-vient béat et mécanique.
Glissent des poissons bleus lamés d’or et d’argent.

Leurs nageoires qui sont rouges et dentelées
Dodelinent avec leur queue en éventail :
Si transparente est l’eau, qu’on peut voir en détail
Tout ce fourmillement d’ombres bariolées.

Comme dans les ruisseaux clairs et torrentueux
Qui battent les vieux ponts aux arches mal construites,
L’écrevisse boiteuse y chemine, et les truites
Aiment l’escarpement de ses bords tortueux.

L’âme du paysage à toute heure voltige
Sur ce lac engourdi par un sommeil fatal,
Dallé de cailloux plats et dont le fin cristal
A les miroitements du songe et du vertige.

Et, sans qu’elle ait besoin des plissements furtifs
Que les doigts du zéphyr forment sur les eaux mates,
Pour prix de leur ombrage et de leurs aromates
La rivière sourit aux végétaux plaintifs ;

Et quand tombe la nuit spectrale et chuchoteuse,
Elle sourit encore aux parois du ravin :
Car la lune, au milieu d’un silence divin,
Y baigne les reflets de sa lueur laiteuse.

poésie de Maurice RollinatSignalez un problèmeDes citations similaires
Ajouté par Poetry Lover
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