La Promenade champêtre
Mai, le plus amoureux des mois,
Fleurit et parfume les haies.
Allons-nous-en dans les chênaies,
Égarons-nous au fond des bois !
Cherchons la source et les clairières,
Dormons à l’ombre du bouleau ;
Un bon soleil ami de l’eau
Sourit aux flaques des carrières.
Et tous deux nous nous enfonçons
Dans la campagne ! et, champs, prairies,
Brandes, mares et métairies
Tout ça rêve entre les buissons.
Intrigués par notre costume,
Les bœufs, avec un œil dormant
Nous considèrent gravement
En léchant leur mufle qui fume.
Mélancolique et cher pays,
À nous tes petites auberges,
Ta Gargilesse humble et tes berges
Si pleines d’ombre et de fouillis !
Nous deux nous sommes les touristes
Familiers de tes casse-cou,
Et nous adorons le coucou
Qui pleure dans tes bois si tristes.
— Traversons la cour du fermier :
Au fond, le chien dort sous un frêne,
Lentement un crapaud se traîne
Horrible et doux sur le fumier.
Ici, la cane barboteuse
Glousse devant un soupirail ;
Là, des bergers frottent leur ail
Sur une croûte raboteuse.
Tiens ! voici venir chevauchant,
Assis sur des sacs de farine,
Le grand Pierre à qui Mathurine
Songe plus d’une fois au champ.
Insoucieux, il se balance,
Jetant sa voix claire à l’écho,
Déhanché sur son bourriquot,
Et tout rempli de nonchalance.
Angélique, au bord du lavoir,
À genoux dans l’herbe et la mousse,
Tape et tord le linge qui mousse.
C’est tout un plaisir de la voir !
Il sonne en vain le battoir jaune,
Les grenouilles n’en ont pas peur.
Dans une sereine torpeur,
Elles songent au pied d’un aune.
Que nous font les terrains vaseux
Puisque chantent les pastourelles,
Et qu’on peut voir dans les nids frêles
Le mystère des petits œufs ?
La pente est rude, mais la roche
Où le pied se pose au hasard
S’émeraude avec le lézard,
Et voici que la Creuse est proche !
Là-bas, Margot jacasse avec
Autant de feu qu’une dévote,
Elle court, sautille et pivote,
Hochant la queue, ouvrant le bec.
Impossible d’être plus drôle !
Elle danse, et va s’amusant
D’un beau petit caillou luisant,
Et d’un brin d’herbe qui la frôle.
Du fond des chemins oubliés
Où notre semelle s’attache,
Nous voyons la vieille patache
Qui roule entre les peupliers.
Quand les coups de fouets aiguillonnent
Les pauvres chevaux courbatus,
Sur les colliers hauts et pointus,
Comme les grelots carillonnent!
Et la hutte en chaume terreux,
Abri des petites bergères,
Est au milieu de ses fougères
Hospitalière aux amoureux.
Dans un mystère délectable,
Las de courir et de causer,
Nous venons nous y reposer,
Sur la paille qui sent l’étable.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Des citations similaires
Fuyons Paris
0 ma si fragile compagne,
Puisque nous souffrons à Paris,
Envolons-nous dans la campagne
Au milieu des gazons fleuris.
Loin, bien loin des foules humaines,
Où grouillent tant de cœurs bourbeux,
Allons passer quelques semaines
Chez les peupliers et les boeufs.
Fuyons les viles courtisanes
Aux flancs de marbre, aux doigts crochus,
Viens ! nous verrons des paysannes
Aux seins bombés sous les fichus.
Nos boulevards seront des plaines
Où le seigle ondoie au zéphir,
Et des clairières toutes pleines
De fleurs de pourpre et de saphir.
En buvant le lait d'une ânesse
Que tu pourras traire en chemin
Tu rafraîchiras ta jeunesse
Et tu lui rendras son carmin.
Dans les halliers, sous la ramure,
Douce rôdeuse au pied mignon,
Tu t'en iras chercher la mûre,
La châtaigne et le champignon.
Les fruits qu'avidement tu guignes,
Va ! laisse-les aux citadins !
Nous, nous irons manger des guignes
Au fond des rustiques Édens.
Au village, on a des ampoules,
Mais, aussi, l'on a du sommeil.
Allons voir picorer les poules
Sur les fumiers pleins de soleil.
Sous la lune, au bord des marnières,
Entre des buissons noirs et hauts,
La carriole dans les ornières
À parfois de si doux cahots !
J'aime l'arbre et maudis les haches !
Et je ne veux mirer mes yeux
Que dans la prunelle des vaches,
Au fond des prés silencieux !
Si tu savais comme la muse
M'emplit d'un souffle virginal,
Lorsque j'entends la cornemuse
Par un crépuscule automnal !
Paris, c'est l'enfer ! - sous les crânes,
Tous les cerveaux sont desséchés !
Oh ! les meunières sur leurs ânes
Cheminant au flanc des rochers !
Oh ! le vol des bergeronnettes,
Des linottes et des piverts !
Oh ! le, cri rauque des rainettes
Vertes au creux des buissons verts !
Mon âme devient bucolique
Dans les chardons et les genêts,
Et la brande mélancolique
Est un asile où je renais.
Sans fin, Seine cadavéreuse,
Charrie un peuple de noyés !
Nous, nous nagerons dans la Creuse,
Entre des buis et des noyers !
Près d'un petit lac aux fleurs jaunes
Hanté par le martin-pêcheur,
Nous rêvasserons sous les aunes,
Dans un mystère de fraîcheur.
Fuyons square et bois de Boulogne !
Là, tout est artificiel !
Mieux vaut une lande en Sologne,
Grisâtre sous l'azur du ciel !
Si quelquefois le nécrophore
Fait songer au noir fossoyeur,
Le pic au bec long qui perfore
Est un ravissant criailleur.
Sommes-nous blasés sans ressource ?
Non, viens ! nous serons attendris
Par le murmure de la source
Et la chanson de la perdrix.
Le pauvre agneau que l'homme égorge
Est un poème de douceur ;
Je suis l'ami du rouge-gorge
Et la tourterelle est la soeur !
Quand on est las de l'imposture
De la perverse humanité,
C'est aux sources de la nature
Qu'il faut boire la vérité.
L éternelle beauté, la seule,
Qui s'épanouit sur la mort,
C'est Elle ! la Vierge et l'Aïeule
Toujours sans haine et sans remord !
Aux champs, nous calmerons nos fièvres,
Et mes vers émus, que tu bois,
Jailliront à flots de mes lèvres,
Dans la pénombre des grands bois.
Viens donc, ô chère créature !
Paris ne vaut pas un adieu !
Partons vite et, dans la nature,
Grisons-nous d'herbe et de ciel bleu !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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La Conscience
La Conscience voit dans nous
Comme le chat dans les ténèbres.
Tous ! les obscurs et les célèbres,
L’impie et le moine à genoux,
Nous cachons en vain nos dessous
À ses regards froids et funèbres !
La Conscience voit dans nous
Comme le chat dans les ténèbres.
Tant que l’Esprit n’est pas dissous,
Et que le sang bat les vertèbres,
Elle déchiffre nos Algèbres,
Et plonge au fond de nos remous.
La Conscience voit dans nous !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Nous aimons notre enfance, nous y revenons, nous la jugeons, elle nous juge.
Elie Wiesel dans Mémoire à deux voix
Ajouté par Simona Enache
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Chanson du faucher
Les blonds épis tombent fauchés
L’abeille butine et bourdonne.
Dans les foins les grillons cachés
Chantent l’été que Dieu nous donne.
Dieu donne aux sources leur fraîcheur;
Au champ, pour peu que Dieu le veuille,
L’ombre repose le faucher,
Car il donne à l’arbre sa feuille.
Dieu donne au faucheur la santé,
Et la récolte à ses campagnes;
Il donne aux filles la beauté
Et la douceur à nos compagnes.
Dieu qui veille sur l’humble nid
De l’oiseau blotti dans la mousse,
Pour notre peine, nous bénit
Et rend notre existence douce.
Chantons tous ce Dieu dont la main,
Toujours prête, toujours clémente,
Nous guide dans le bon chemin
Et nous épargne la tourmente.
Chantons-le donc matin et soir,
Et que notre chant lui paraisse
Un pieux parfum d’encensoir,
Un hymne de notre allègresse.
poésie de Iulia Hașdeu de Confidences
Ajouté par Simona Enache
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Nous sommes comme les nuages. Ils passent et se mélangent, se fondent les uns dans les autres. Nous ne nous survivrons pas. Nous ne pouvons nous accrocher à rien.
Bernardo Carvalho dans Les ivrognes et les somnambules (1996), traduction par Maryvonne Lapouge-Pettorelli
Ajouté par Dan Costinaş
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Il y a dans notre âme des choses auxquelles nous ne savons pas combien nous tenons. Ou bien, si nous vivons sans elles, c'est parce que nous remettons de jour en jour, par peur d'échouer ou de souffrir, d'entrer en leur possession.
Marcel Proust dans À la recherche du temps perdu: Albertine disparue
Ajouté par Simona Enache
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La Ventouse
La Ventouse bâille et sourit,
Toujours neuve et toujours masquée
Pour notre œil fou, sage ou contrit ;
Corolle aspireuse, et braquée
Sur notre sang qui la fleurit.
Elle nous tente et nous flétrit
De son haleine âcre et musquée,
Puis, bientôt, elle nous tarit,
La Ventouse,
Jusqu’au fin fond de notre esprit
Sa succion est pratiquée :
La Mort, beaucoup moins compliquée,
Mange nos corps qu’elle pourrit ;
Mais c’est tout l’homme qui nourrit
La Ventouse !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Nous sommes tous nés deux fois: le jour de notre naissance biologique, dont nous n'avons aucun souvenir, et le jour de notre naissance à la conscience, que nous nous rappelons par définition.
citation de Boris Cyrulnik
Ajouté par Micheleflowerbomb
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Après avoir longtemps erré sur le rivage
Après avoir longtemps erré sur le rivage
Où l'on voit lamenter tant de chétifs de cour,
Tu as atteint le bord où tout le monde court,
Fuyant de pauvreté le pénible servage.
Nous autres cependant, le long de cette plage,
En vain tendons les mains vers le nautonnier sourd,
Qui nous chasse bien loin ; car, pour le faire court,
Nous n'avons un quatrain pour payer le naulage.
Ainsi donc tu jouis du repos bienheureux,
Et comme font là-bas ces doctes amoureux,
Bien avant dans un bois te perds avec ta dame :
Tu bois le long oubli de tes travaux passés,
Sans plus penser en ceux que tu as délaissés,
Criant dessus le port ou tirant à la rame.
poésie de Joachim du Bellay
Ajouté par Poetry Lover
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Le rythme de vie
Je marche dans le rythme entraînant de la musique,
Je vis dans le rythme vibrant de la ville,
Je me déplace dans le rythme mystérieux de la vie.
Mais ton rythme n’est pas le mien
Ni le sien ,
Bien que nous nous synchronisons parfois ...
Je respire dans le rythme passionnant de la danse,
Je pense dans le rythme alerte de son pas
Je regarde le rythme de la vie de ceux qui m’entourent
Différent du sien et du tien
Et cependant synchro avec le rythme sans interruption des jours
qui se succèdent l'un après d'autre.
Nous combattons dans le tourbillon impressionnant de la vie
Nous vibrons pour chaque seconde gagnée,
Nous courons après les mirages dans le désert ,
Que nous nous choisissons comme une réalité idéale
Mais ma fille Morgane n'est pas la même que la tienne,que la sienne
Et sûr que toujours touche l'une ou l'autre, mais jamais toutes...
poésie de Cornelia Păun Heinzel (29 mars 2014)
Ajouté par Cornelia Păun Heinzel
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Pour commencer, nous allons faire les petites choses faciles. Petit à petit, nous nous attaquerons aux grandes.Et, quand les grandes choses seront faites, nous entreprendrons les choses impossibles.
citation de Saint-François d'Assise
Ajouté par Micheleflowerbomb
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L'Hôte suspect
Nous sommes bien seuls au bas de cette côte !
Bien seuls ! Et minuit qui tinte au vieux coucou !
J’ai peur ! l’étranger m’inquiète beaucoup.
Il quitte le feu, s’en rapproche, s’en ôte,
Ne parle qu’à peine, et jamais à voix haute :
Cet individu médite un mauvais coup !
Nous sommes bien seuls au bas de cette côte !
Bien seuls ! Et minuit qui tinte au vieux coucou !
Oh ! ce que je rêve est horrible : mon hôte
Poursuit la servante avec un grand licou.
J’accours ! mais je tombe un couteau dans le cou,
Éclaboussé par sa cervelle qui saute…
— Nous sommes bien seuls au bas de cette côte !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Bien que nous voyageons dans le monde entier pour trouver la beauté, nous devons la porter en nous, ou nous ne la trouverons pas.
citation de Ralph Waldo Emerson
Ajouté par Micheleflowerbomb
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La Pensée
C’est l’ennemi sournois, mais sûr,
Sphinx intime, cancer obscur,
De ce tas de cendres futur
Appelé l’homme.
Elle fausse tous ses ressorts,
Épuise tous ses réconforts
Et chicane tous ses efforts
Qu’elle consomme.
Sans doute, elle évoque à ses yeux
Maint rêve descendu des cieux
Avec le vol délicieux
De la colombe,
Mais elle nourrit son remord
Et le réveille quand il dort
Par des chuchotements de mort
Et d’outre-tombe.
Hélas ! chacun est l’écheveau
Qu’embrouille au fond de son caveau
Ce vieux spectre toujours nouveau ;
Mauvaise mère
Dont les petits qu’elle a couvés,
Par elle-même dépravés
Deviennent les enfants-trouvés
De la Chimère.
En nous elle plombe et tarit
L’illusion verte qui rit ;
Elle étend sur l’âme et l’esprit
Sa glu chancreuse ;
Puis, sur eux, tirant ses verrous,
Les écrase entre ses écrous,
Et, féroce, y creuse des trous
Qu’elle recreuse.
Sans cesse elle revient au deuil
Comme un flot revient à l’écueil ;
Elle grossit en un clin d’œil
Ce qui nous froisse ;
Tout le jour elle nous a nui,
Et l’implacable dans la nuit
Nous tricote encor de l’ennui
Et de l’angoisse.
Elle glace nos jeux, nos arts
Qui lazzaronaient en lézards,
Nous prédit les mauvais hasards
Des occurrences ;
Et dans la nocturne vapeur
Elle nous invente la Peur
Avec l’éveil ou la stupeur
Des apparences.
Ce comptable sec et retors
Additionne tous nos torts
Et fige dans ses coffres-forts
Toutes nos larmes ;
C’est le maniaque secret
Qui jamais las, jamais distrait,
Tourne la meule du regret
Et des alarmes.
Nous croyons noyer dans le vin
Ce monstre infernal ou divin
Pour qui notre moelle est en vain
Redépensée ;
Le Ciel serait si consolant,
Le corps si pur, l’amour si blanc
Et le cercueil si peu troublant
Sans la pensée !
Mais buvons sans trêve ! Agissons !
Lutte inutile ! nous pensons :
Notre chair a tous les frissons
De la contrainte,
Et malgré notre acharnement
Pour exister physiquement,
Nous retombons dans le tourment
De cette étreinte.
Que l’on veuille croire ou douter,
Elle arrive à nous dérouter,
Et, si parfois, pour nous tenter,
Elle aventure
Un Parce que contre un Pourquoi,
Bien vite elle oppose à la Foi
Le scepticisme qui rit froid
Et qui rature.
Sous le chagrin qu’elle épaissit,
L’enthousiasme se rancit ;
Elle supprime ou raccourcit
La confidence,
Et dans le danger, qu’elle accroît,
Nous fait du courage un adroit
Qui suppute, esquive et ne croit
Qu’à la prudence.
La Justice et la Vérité
Qui nous mènent à la clarté,
Elle les jette de côté,
Et l’on s’embarque
Pour le noir et pour l’incertain
Devant ce douanier hautain
Qui ne laisse passer l’instinct
Qu’avec sa marque.
Elle a le conseil si tortu,
Si captieux et si pointu
Qu’elle suggère à la Vertu
Le goût du crime ;
Et pas un homme n’est vainqueur
De ce terrible épilogueur,
Espèce de crapaud du cœur
Qui nous opprime.
Elle use par l’obsession,
Par la mystification,
Par le fiel et la succion
De sa censure
Le labeur qu’elle a suscité,
Et fournit à l’oisiveté
La vénéneuse activité
De la luxure.
Et quand par elle on est à bout,
Si terminé, si mort à tout,
Qu’on n’a pas même le dégoût
De la souffrance,
Un drap noir croule sur nos jours,
Un drap lourd entre les plus lourds,
Sans croix ni larmes de velours :
L’Indifférence !
Puis elle atteint son but fatal ;
Après un voyage final,
Elle nous prend au fond du Mal
Et nous oublie
Par delà l’horrible cloison
Qui limite notre horizon :
Et c’est la mort de la Raison
Dans la Folie.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Le Baby
Frais comme l’herbe qui pousse,
Dans la ferme où je me plus,
Le baby suçait son pouce.
Le merle qui se trémousse
Dans les buissons chevelus
Frais comme l’herbe qui pousse,
Le roc où l’éclair s’émousse
L’attiraient ; roi des joufflus,
Le baby suçait son pouce.
Il se roulait dans la mousse
Et grimpait sur les talus
Frais comme l’herbe qui pousse.
Longtemps, devant la frimousse
Des petits ânons poilus,
Le baby suçait son pouce.
La flaque où l’on s’éclabousse
Tentait ses pieds résolus
Frais comme l’herbe qui pousse.
Près du chat qui se courrouce
Et des bons vieux chiens goulus,
Le baby suçait son pouce.
Oh ! dans l’eau de son qui mousse
Les pourceaux hurluberlus
Frais comme l’herbe qui pousse !
Il suivait tout ce qui glousse
Et devant les bœufs râblus,
Le baby suçait son pouce.
À la voix lointaine et douce
D’un glas ou d’un angélus,
Frais comme l’herbe qui pousse,
Dans la nuit vitreuse et rousse,
Sous les chênes vermoulus,
Le baby suçait son pouce.
Mais la mort vient et nous pousse !
Il fut un de ses élus
Frais comme l’herbe qui pousse.
Un jour on me dit : « Il tousse. »
Pourtant, chétif et perclus,
Le baby suçait son pouce.
La mort le prit sans secousse :
Et jaune, hélas ! n’étant plus
Frais comme l’herbe qui pousse
Le baby suçait son pouce.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Nous ressemblons parfois à ces oiseaux qui, ayant longtemps vécu en cage, retournent à celle-ci alors même qu’ils ont la possibilité de s’envoler dans l’espace. Nous sommes habitués depuis si longtemps à nos imperfections, que nous avons du mal à imaginer ce que serait la vie sans elles : le ciel du changement nous donne le vertige.
citation de Matthieu Ricard
Ajouté par Micheleflowerbomb
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Cet amour
Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au millieu de la nuit
Cet amour qu faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blêmir
Cet amour guetté
Parce que nous le guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C’est le tien
C’est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours nouvelle
Et qui n’a pas changé
Aussi vrai qu’une plante
Aussi tremblante qu’un oiseau
Aussi chaude aussi vivant que l’été
Nous pouvons tous les deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier
Et puis nous rendormir
Nous réveiller souffrir vieillir
Nous endormir encore
Rêver à la mort,
Nous éveiller sourire et rire
Et rajeunir
Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marble
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en souriant
Et il nous parle sans rien dire
Et moi je l’écoute en tremblant
Et je crie
Je crie pour toi
Je crie pour moi
Je te supplie
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s’aiment
Et qui se sont aimés
Oui je lui crie
Pour toi pour moi et pour tous les autres
Que je ne connais pas
Reste là
Lá où tu es
Lá où tu étais autrefois
Reste là
Ne bouge pas
Ne t’en va pas
Nous qui sommes aimés
Nous t’avons oublié
Toi ne nous oublie pas
Nous n’avions que toi sur la terre
Ne nous laisse pas devenir froids
Beaucoup plus loin toujours
Et n’importe où
Donne-nous signe de vie
Beaucoup plus tard au coin d’un bois
Dans la forêt de la mémoire
Surgis soudain
Tends-nous la main
Et sauve-nous.
poésie de Jacques Prevert
Ajouté par Simona Enache
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Souvenir de la Creuse
Tandis qu’au soleil lourd la campagne d’automne
Filait inertement son rêve de stupeur,
Nous traversions la brande aride et monotone
Où le merle envahi du spleen enveloppeur
Avait un vol furtif et tremblotant de peur.
Nous longions un pacage, un taillis, une vigne ;
Puis au fond du ravin que la ronce égratigne
Apparaissait la Creuse aux abords malaisés :
Alors tu t’asseyais, et j’apprêtais ma ligne
À l’ombre des coteaux rocailleux et boisés.
Lorsque j’avais trouvé dans l'onde qui moutonne,
Près d’un rocher garni d’écume et de vapeur,
L’endroit où le goujon folâtre et se cantonne,
Je fouettais le courant de mon fil agrippeur,
Et bientôt le poisson mordait l’appât trompeur.
Toi, sous un châtaignier majestueux et digne,
Aux coincoins du canard qui nageait comme un cygne,
Rêveuse, tu croquais des sites apaisés ;
Et je venais te voir quand tu me faisais signe,
À l’ombre des coteaux rocailleux et boisés.
Par des escarpements que le lierre festonne,
Un meunier s’en allait sur son baudet grimpeur ;
Des roulements pareils à ceux d’un ciel qui tonne
S’ébauchaient ; le pivert au bec dur et frappeur
Poussait un cri pointu dans l’air plein de torpeur.
Et nous, sans redouter la vipère maligne,
Avec des mots d’amour que le regard souligne,
Ayant pour seuls témoins les lézards irisés,
Nous causions tendrement sur la mousse bénigne,
À l’ombre des coteaux rocailleux et boisés.
ENVOI
Ô toi qui m’as grandi par ta candeur insigne,
Partout mon souvenir te cherche et te désigne ;
Et j’évoque le temps où j’avais les baisers
De ta bouche d’enfant, fraîche et couleur de guigne,
À l’ombre des coteaux rocailleux et boisés.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Le Marchand d'habits
Marchand d’habits ! Ta voix de cuivre et de rogomme
Me surprend tout à coup, me hèle en tapinois ;
Et toujours dans mon âme elle pénètre, comme
Un fantôme canaille, ironique et sournois.
Entouré de bouquins, devant mon cher pupitre,
J’ai beau dompter le spleen et l'à-quoi-bon moqueur,
Pour me martyriser ton cri perce ma vitre
Et vient en ricanant se planter dans mon cœur.
Fatalement alors je cours à la fenêtre ;
Mais, cette fois, je sens frissonner tout mon être
En rencontrant ton œil obliquement tourné.
Et nous nous regardons tous les deux, sans rien dire :
Et tu pars satisfait, sachant que ce damné
Va passer la journée entière à te maudire !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Les Choses
Non ! Ce n’est pas toujours le vent
Qui fait bouger l’herbe ou la feuille,
Et quand le zéphyr se recueille,
Plus d’un épi tremble souvent.
Soufflant le parfum qu’elle couve,
Suant le poison sécrété,
La fleur bâille à la volupté,
Et dit le désir qu’elle éprouve.
Certaines donnent le vertige
Par le monstrueux de leur air,
Engloutissent, pompent la chair,
Sont des gueules sur une tige.
L’eau rampe comme le nuage
Ou se darde comme l’éclair,
Faisant triste ou gai, terne ou clair
Sa rumeur ou son babillage.
Sans tous les jeux de la lumière,
Sans les ombres et les reflets,
Les rochers gris et violets
Se posturent à leur manière.
Tel pleure dans sa somnolence,
Un autre, sec comme le bois,
Aura cette espèce de voix
Qui fait marmonner le silence.
L’âme parcourt comme la sève
Les objets les plus abîmés
Dans la mort, — ils sont animés
Pour tous les organes du rêve :
Pour ceux-ci, l’exigu, l’énorme
Existent par le frôlement,
La couleur, le bruissement,
Par la senteur et par la forme.
Nous pensons que les choses vivent…
C’est pourquoi nous les redoutons.
Il est des soirs où nous sentons
Qu’elles nous parlent et nous suivent.
Par elles les temps nous reviennent,
Elles retracent l’effacé,
Et racontent l’obscur passé
Comme des vieux qui se souviennent.
Elles dégagent pour notre âme
Du soupçon ou de la pitié,
Paix, antipathie, amitié,
Du contentement ou du blâme.
À nos peines, à nos délices,
Participant à leur façon,
Suivant nos actes, elles sont
Des ennemis ou des complices.
Chacune, simple ou nuancée,
Émet de sa construction
Une signification
Qui s’inflige à notre pensée.
Plus d’une, à force de confire
En tête à tête avec le deuil
Prend la figure du cercueil
Et de la Mort pour ainsi dire.
Comme une autre, usuel témoin
D’une allégresse coutumière,
Met du rire et de la lumière,
De l’hilarité dans son coin.
Les saules pleureurs se roidissent
Dans l’éplorement infini,
La branche d’orme vous bénit,
Les bras des vieux chênes maudissent.
L’une a l’allure prophétesse,
Une autre exprime du tourment ;
Toutes rendent le sentiment
De la joie ou de la tristesse.
Celle-là que maigrit, allonge,
La crépusculaire vapeur,
Revêt le hideux de la peur
Et le fantastique du songe
L’assassin voit la nue en marbre
S’ensanglanter sur son chemin,
Et la hache grince à la main
Qui lui fait massacrer un arbre.
Souvent, l’aube lancine et froisse
Le remords avec sa fraîcheur,
Et la neige avec sa blancheur
Épand des ténèbres d’angoisse.
Si par son aspect telle chose
Toutes les fois ne nous dit rien,
À chaque rencontre d’où vient
Que notre œil l’évite ou s’y pose ?…
Notre intelligence retorse
Déshonore leur don brutal
En prêtant son savoir du mal
À ces aveugles de la force.
Hélas ! pour combien d’entre celles
Qui sont barbares par destin,
L’homme n’a qu’un but qu’il atteint :
Les rendre encore plus cruelles !
Que ce sentiment vienne d’elles
Ou leur soit supposé par nous,
On leur trouve un semblant jaloux
Quand nous leur sommes infidèles.
On le sent : comme à l’innocence
On leur doit pudeur et respect,
Et l’on offense leur aspect
Par la débauche et la licence.
L’âme habite bloc et poussière :
Toute forme d’inanimé.
Son frisson y bat renfermé
Comme le cœur de la matière.
Et, de leur air doux ou farouche,
Indifférent ou curieux,
Semblant nous regarder sans yeux,
Et nous interpeller sans bouche,
Comme nous, ces sœurs en mystère,
En horreur, en fatalité,
Reflètent pour l’éternité
L’ennui du ciel et de la terre.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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