Le Martin-pêcheur
Le miroitement des eaux vives
Attire le Martin-Pêcheur
Qui fend la brume et la blancheur
Mieux que les merles et les grives.
Entre les grands saules des rives,
Au bord du ruisseau rabâcheur,
Le miroitement des eaux vives
Attire le Martin-Pêcheur,
Et sous les ramures plaintives,
Dans le soleil, dans la fraîcheur,
Il file, ce joli chercheur,
Rasant de ses lueurs furtives
Le miroitement des eaux vives.
poésie de Maurice Rollinat
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Des citations similaires
Les Demoiselles
Rasant la mare de leurs ailes
Que le soleil rend irisées,
Elles ne sont jamais posées,
Les inconstantes demoiselles.
Plus vives que les hirondelles,
Elles voltigent, d’air grisées,
Rasant la mare de leurs ailes
Que le soleil rend irisées.
— « C’est l’image des infidèles
« Par qui nos âmes sont brisées ! »
Ainsi je songe à mes croisées
En regardant les toutes belles
Rasant la mare de leurs ailes.
poésie de Maurice Rollinat
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Le lac
Les nénuphars jaunes emplissent
Le lac des forêts comme argent
Il fait se balancer la barque
Et tressaille en cercles blancs.
Je passe tout au long des rives
Je m'attends à chaque pas
Qu`elle surgisse des roseaux
Et qu'elle tombe dans mes bras.
Nous sauterons dans notre barque
Par la voix des eaux enivrés,
J'abandonnerai le timon.
Laissant les rames m'échapper;
Nous flotterons saisis du charme
Sous cette lune rayonnante -
Le vent bercera les roseaux
Les eaux chanteront ondoyantes !
Mais elle ne vient pas... Tout seul
Je soupire, je souffre en vain,
Les yeux perdus sur mon lac bleu,
Qui de lourds nénuphars est plein.
poésie de Mihai Eminescu de Poésies (Poesii) (1876), traduction par Veturia Drăgănescu-Vericeanu
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Un jour d'hiver
Arqué haut sur les monts et d’un bleu sans nuages
Qu’un triomphant soleil embrase éblouissant,
Le ciel, par la vallée où la chaleur descend,
Anime, en plein hiver, la mort des paysages.
Il semble qu’ici, là, la mouche revoltige,
Tourne dans la poussière ardente du rayon ;
On va voir le martin-pêcheur, le papillon,
L’un raser le ruisseau, l’autre effleurer la tige !
Le ravin clair bénit l’horizon rallumé ;
Du branchage et du tronc l’arbre désembrumé
Contemple, radieux, le luisant de la pierre.
Et, dans l’espace, au loin, partout, les yeux surpris
Ont la sensation d’un été chauve et gris
Dont la stérilité rirait à la lumière.
poésie de Maurice Rollinat
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Un jour d'hiver
Arqué haut sur les monts et d'un bleu sans nuages
Qu'un triomphant soleil embrase éblouissant,
Le ciel, par la vallée où la chaleur descend,
Anime, en plein hiver, la mort des paysages.
Il semble qu'ici, là, la mouche revoltige,
Tourne dans la poussière ardente du rayon ;
On va voir le martin-pêcheur, le papillon,
L'un raser le ruisseau, l'autre effleurer la tige !
Le ravin clair bénit l'horizon rallumé ;
Du branchage et du tronc l'arbre désembrumé
Contemple, radieux, le luisant de la pierre.
Et, dans l'espace, au loin, partout, les yeux surpris
Ont la sensation d'un été chauve et gris
Dont la stérilité rirait à la lumière.
poésie de Maurice Rollinat
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Le Père Pierre
Fantastiques d’aspect sous leur noire capote,
Mais, très humaines par leurs caq[...]s superflus,
Les commères, barrant la route aux verts talus,
À la messe s’en vont d’un gros pas qui sabote.
« Tiens ! v’là l’pèr’ Pierr’ ! fait l’une, un malin, celui-là !
Pour accrocher l’ poisson quand personn’ peut en prendre ;
I’ dit q’ quand il a faim, d’ fumer q’ça l’ fait attendre,
Et qu’un’ bonn’ pip’ souvent vaut mieux qu’un mauvais plat. »
L’homme les joint bientôt. En chœur elles s’écrient :
« Il faut croire, à vous voir marcher
En tournant l’ dos à not’ clocher,
Q’v’allez pas à la messe ! » et puis, dame ! elles rient...
« Moi ? si fait ! leur répond simplement le vieux Pierre,
Mais, tout par la nature ! étant ma seul’ devise,
J’ vas à la mess’ de la rivière
Du bon soleil et d’ la fraîcheur,
Avec le ravin pour église,
Et pour curé l’ martin-pêcheur.
poésie de Maurice Rollinat
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Extase du soir
Droits et longs, par les prés, de beaux fils de la Vierge
Horizontalement tremblent aux arbrisseaux.
La lumière et le vent vernissent les ruisseaux.
Et du sol, çà et là, la violette émerge.
Comme le ciel sans tache, incendiant d’azur
Les grands lointains des bois et des hauteurs farouches,
La rivière, au frisson de ses petites mouches,
A dormi, tout le jour, son miroitement pur.
Dans l’espace, à présent voilé sans être sombre,
Des morceaux lumineux joignent des places d’ombre,
Du ciel frais tombe un soir bleuâtre, extasiant.
Et, tandis que, pâmé, le peuplier s’allonge,
Le soleil bas, dans l’eau, fait un trou flamboyant
Où le regard brûlé s’abîme avec le songe.
poésie de Maurice Rollinat
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Extase du soir
Droits et longs, par les prés, de beaux fils de la Vierge
Horizontalement tremblent aux arbrisseaux.
La lumière et le vent vernissent les ruisseaux.
Et du sol, çà et là, la violette émerge.
Comme le ciel sans tache, incendiant d'azur
Les grands lointains des bois et des hauteurs farouches,
La rivière, au frisson de ses petites mouches,
A dormi, tout le jour, son miroitement pur.
Dans l'espace, à présent voilé sans être sombre,
Des morceaux lumineux joignent des places d'ombre,
Du ciel frais tombe un soir bleuâtre, extasiant.
Et, tandis que, pâmé, le peuplier s'allonge,
Le soleil bas, dans l'eau, fait un trou flamboyant
Où le regard brûlé s'abîme avec le songe.
poésie de Maurice Rollinat
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Le Cygne
Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
Le cygne chasse l’onde avec ses larges palmes,
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
A des neiges d’avril qui croulent au soleil ;
Mais, ferme et d’un blanc mat, vibrant sous le zéphire,
Sa grande aile l’entraîne ainsi qu’un lent navire.
Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
Le plonge, le promène allongé sur les eaux,
Le courbe gracieux comme un profil d’acanthe,
Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante.
Tantôt le long des pins, séjour d’ombre et de paix,
Il serpente, et laissant les herbages épais
Traîner derrière lui comme une chevelure,
Il va d’une tardive et languissante allure ;
La grotte où le poète écoute ce qu’il sent,
Et la source qui pleure un éternel absent,
Lui plaisent : il y rôde ; une feuille de saule
En silence tombée effleure son épaule ;
Tantôt il pousse au large, et, loin du bois obscur,
Superbe, gouvernant du côté de l’azur,
Il choisit, pour fêter sa blancheur qu’il admire,
La place éblouissante où le soleil se mire.
Puis, quand les bords de l’eau ne se distinguent plus,
A l’heure où toute forme est un spectre confus,
Où l’horizon brunit, rayé d’un long trait rouge,
Alors que pas un jonc, pas un glaïeul ne bouge,
Que les rainettes font dans l’air serein leur bruit
Et que la luciole au clair de lune luit,
L’oiseau, dans le lac sombre, où sous lui se reflète
La splendeur d’une nuit lactée et violette,
Comme un vase d’argent parmi des diamants,
Dort, la tête sous l’aile, entre deux firmaments.
poésie de Sully Prudhomme
Ajouté par Dan Costinaş
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Fuyons Paris
0 ma si fragile compagne,
Puisque nous souffrons à Paris,
Envolons-nous dans la campagne
Au milieu des gazons fleuris.
Loin, bien loin des foules humaines,
Où grouillent tant de cœurs bourbeux,
Allons passer quelques semaines
Chez les peupliers et les boeufs.
Fuyons les viles courtisanes
Aux flancs de marbre, aux doigts crochus,
Viens ! nous verrons des paysannes
Aux seins bombés sous les fichus.
Nos boulevards seront des plaines
Où le seigle ondoie au zéphir,
Et des clairières toutes pleines
De fleurs de pourpre et de saphir.
En buvant le lait d'une ânesse
Que tu pourras traire en chemin
Tu rafraîchiras ta jeunesse
Et tu lui rendras son carmin.
Dans les halliers, sous la ramure,
Douce rôdeuse au pied mignon,
Tu t'en iras chercher la mûre,
La châtaigne et le champignon.
Les fruits qu'avidement tu guignes,
Va ! laisse-les aux citadins !
Nous, nous irons manger des guignes
Au fond des rustiques Édens.
Au village, on a des ampoules,
Mais, aussi, l'on a du sommeil.
Allons voir picorer les poules
Sur les fumiers pleins de soleil.
Sous la lune, au bord des marnières,
Entre des buissons noirs et hauts,
La carriole dans les ornières
À parfois de si doux cahots !
J'aime l'arbre et maudis les haches !
Et je ne veux mirer mes yeux
Que dans la prunelle des vaches,
Au fond des prés silencieux !
Si tu savais comme la muse
M'emplit d'un souffle virginal,
Lorsque j'entends la cornemuse
Par un crépuscule automnal !
Paris, c'est l'enfer ! - sous les crânes,
Tous les cerveaux sont desséchés !
Oh ! les meunières sur leurs ânes
Cheminant au flanc des rochers !
Oh ! le vol des bergeronnettes,
Des linottes et des piverts !
Oh ! le, cri rauque des rainettes
Vertes au creux des buissons verts !
Mon âme devient bucolique
Dans les chardons et les genêts,
Et la brande mélancolique
Est un asile où je renais.
Sans fin, Seine cadavéreuse,
Charrie un peuple de noyés !
Nous, nous nagerons dans la Creuse,
Entre des buis et des noyers !
Près d'un petit lac aux fleurs jaunes
Hanté par le martin-pêcheur,
Nous rêvasserons sous les aunes,
Dans un mystère de fraîcheur.
Fuyons square et bois de Boulogne !
Là, tout est artificiel !
Mieux vaut une lande en Sologne,
Grisâtre sous l'azur du ciel !
Si quelquefois le nécrophore
Fait songer au noir fossoyeur,
Le pic au bec long qui perfore
Est un ravissant criailleur.
Sommes-nous blasés sans ressource ?
Non, viens ! nous serons attendris
Par le murmure de la source
Et la chanson de la perdrix.
Le pauvre agneau que l'homme égorge
Est un poème de douceur ;
Je suis l'ami du rouge-gorge
Et la tourterelle est la soeur !
Quand on est las de l'imposture
De la perverse humanité,
C'est aux sources de la nature
Qu'il faut boire la vérité.
L éternelle beauté, la seule,
Qui s'épanouit sur la mort,
C'est Elle ! la Vierge et l'Aïeule
Toujours sans haine et sans remord !
Aux champs, nous calmerons nos fièvres,
Et mes vers émus, que tu bois,
Jailliront à flots de mes lèvres,
Dans la pénombre des grands bois.
Viens donc, ô chère créature !
Paris ne vaut pas un adieu !
Partons vite et, dans la nature,
Grisons-nous d'herbe et de ciel bleu !
poésie de Maurice Rollinat
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Les vagues sont éphéméres. Eternel est le tourment des eaux.
aphorisme de Valeriu Butulescu, traduction par Genevieve Gomez
Ajouté par Simona Enache
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Le Soleil
Le Soleil est le tout-puissant
Qui féconde, en éblouissant,
Plaines, coteaux, monts et vallées :
Les immensités étalées
Sous leur plafond d'azur luisant.
Il éclate retentissant
Jusqu'aux ravines désolées,
Fait les terres bariolées,
Rend irisé, phosphorescent,
Le dos houleux des mers gonflées.
Il trouve tout obéissant :
Bois enfouis, roches voilées,
Les eaux courantes ou gelées,
Et l'ombre elle-même le sent.
Au zénith d'où vont jaillissant
Ses lumières immaculées,
Fixe il trône ! et, quand il descend
Dans l'air frais, par lui rougissant,
Il jette aux profondeurs troublées
Ses deux grandes pourpres mêlées :
Celle du feu, celle du sang.
Le Soleil est le tout-puissant !
poésie de Maurice Rollinat
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Le Soleil
Le Soleil est le tout-puissant
Qui féconde, en éblouissant,
Plaines, coteaux, monts et vallées :
Les immensités étalées
Sous leur plafond d’azur luisant.
Il éclate retentissant
Jusqu’aux ravines désolées,
Fait les terres bariolées,
Rend irisé, phosphorescent,
Le dos houleux des mers gonflées.
Il trouve tout obéissant :
Bois enfouis, roches voilées,
Les eaux courantes ou gelées,
Et l’ombre elle-même le sent.
Au zénith d’où vont jaillissant
Ses lumières immaculées,
Fixe il trône ! et, quand il descend
Dans l’air frais, par lui rougissant,
Il jette aux profondeurs troublées
Ses deux grandes pourpres mêlées :
Celle du feu, celle du sang.
Le Soleil est le tout-puissant !
poésie de Maurice Rollinat
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Recueillement
Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,
Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant;
Le soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.
poésie de Charles Baudelaire de Les Fleurs du mal
Ajouté par Simona Enache
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Le Saule
Tout à l’heure, sous les éclats
Et les souffles de la tempête,
Le saule brandillait sa tête,
Et l’étang cognait ses bords plats.
Avec de mortelles alarmes,
Par ce vent, ces rumeurs, ces feux,
L’arbre tordait ses longs cheveux
Sur l’eau qui balayait ses larmes.
Calme, à présent, l’étang reluit,
Le ciel illumine la nuit,
Et, sans qu’une brise l’effleure,
Le Narcisse des végétaux
Admire encore dans les eaux
Sa figure verte qui pleure.
poésie de Maurice Rollinat
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Le Chemin aux merles
Voici que la rosée éparpille ses perles
Qui tremblent sous la brise aux feuilles des buissons.
— Vague du spleen, en vain contre moi tu déferles !
Car, dans les chemins creux où sifflotent les merles,
Et le long des ruisseaux qui baignent les cressons,
La fraîcheur du matin m’emplit de gais frissons.
Mystérieuse, avec de tout petits frissons,
La rainette aux yeux noirs et ronds comme des perles,
S’éveille dans la flaque, et franchit les cressons,
Pour aller se blottir aux creux des verts buissons,
Et mêler son chant rauque au sifflement des merles.
— Vague du spleen, en vain contre moi tu déferles !
— Vague du spleen, en vain contre moi tu déferles
Sous l’arceau de verdure où passent des frissons,
J’ai pour me divertir le bruit que font les merles,
Avec leur voix aiguë égreneuse de perles !
Et de même qu’ils sont les rires des buissons,
La petite grenouille est l’âme des cressons.
La libellule vibre aux pointes des cressons.
— Vague du spleen, en vain contre moi tu déferles !
Le soleil par degrés attiédit les buissons,
Déjà sur les talus l’herbe a de chauds frissons,
Et les petits cailloux luisent comme des perles ;
La feuillée est alors toute noire de merles !
C’est à qui sifflera le plus parmi les merles !
L’un d’eux, s’aventurant au milieu des cressons,
Bat de l’aile sur l’eau qui s’en égoutte en perles ;
— Vague du spleen, en vain contre moi tu déferles !
Et le petit baigneur fait courir des frissons
Dans la flaque endormie à l’ombre des buissons.
Mais un lent crépuscule embrume les buissons ;
Avec le soir qui vient, le sifflement des merles
Agonise dans l’air plein d’étranges frissons ;
Un souffle humide sort de la mare aux cressons :
O spleen, voici qu’à flots dans mon cœur tu déferles !
Toi, nuit ! tu n’ouvres pas ton vaste écrin de perles !
Pas de perles au ciel ! le long des hauts buissons,
Tu déferles, noyant d’obscurité les merles
Et les cressons ! — Je rentre avec de noirs frissons !
poésie de Maurice Rollinat
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Etoiles
Il est au cile des etoiles
qui, comme des diamants
lorsque la nuit est sans voiles
se mirent aux flots dormants
il en est aussi sur terre
et qui brillent nuit et jour
le jour, pleines de mystere
et la nuit, pleines d’amour!
et ces etoiles pensives
eclairent un ciel bien pur
aux couleurs tout aussi vives
que le vaste ciel d’azur!
poésie de Iulia Hașdeu
Ajouté par Simona Enache
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Au bord de la mer
Bonsoir, amis, bonsoir, au pâle clair de lune,
Aux cris plaintifs du vent parmi la forêt brune,
Aux soupirs de la brise inclinant les roseaux,
Aux sourds mugissements du flot qui bat la grève,
Bonsoir! Le voyageur qui s’arrête et qui rêve
En écoutant la voix des eaux,
Seul, nocturne pêcheur, debout sur le roc sombre,
Regarde vers le ciel plein d’étoiles sans nombre;
Et tandis que ses yeux plongent au firmament,
Il peut se demander quelle est cette romance
Que la mer chante au ciel, achève et recommence,
Recommence éternellement!
Avez-vous entendu, quand la nuit est sans voiles,
La vaste mer chanter sa chanson aux étoiles?
Quelle musique, amis! Dieu parle en cette voix.
Sublime créateur de l’infini – son monde –
Dieu prête à l’océan cette basse profonde
Et l’océan chante ses lois.
Bonsoir, amis! Ce Dieu, par qui le flot murmure,
Par qui tout prend naissance et vit dans la nature,
Qui fit ce qu’on ne peut ni comprendre, ni voir,
Comme les flots des mers, comme les choeurs des anges,
Bénissez-le sans cesse et chantez ses louanges.
Au clair de lune, amis, bonsoir!
poésie de Iulia Hașdeu de Confidences
Ajouté par Simona Enache
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La Confidence
Tu me disais hier avec un doux sourire :
« Oh ! oui ! puisqu’il est vrai que mon amour t’inspire,
« Je m’en vais t’aimer plus encor !
« Que pour toujours alors, poète qui m’embrases,
« La fleur de l’idéal embaume tes extases
« Dans un brouillard de nacre et d’or ! »
— Et moi, je savourais tes paroles sublimes,
Mon âme s’envolait dans les airs, sur les cimes,
Et l’énigme se dévoilait.
L’étang pour ma pensée étoilait ses eaux mornes,
Et fraternellement la stupeur des viornes
Avec la mienne se mêlait.
Alors, je comprenais le mystère des choses.
Ce verbe de parfums que chuchotent les roses
Vibrait tendre dans mes douleurs ;
Ce qui pleure ou qui rit, ce qui hurle ou qui chante,
Tout me parlait alors d’une voix si touchante
Que mes yeux se mouillaient de pleurs.
Le bœuf languissamment étendu près d’un saule
Et clignant ses grands yeux en se léchant l’épaule
Qu’ont fait saigner les aiguillons ;
Les veaux effarouchés, trottant par les pelouses
Où viennent folâtrer, sur l’or bruni des bouses,
Libellules et papillons ;
Le poulain qui hennit avec des bonds superbes
Auprès de la jument paissant les hautes herbes,
Les grillons dans le blé jauni ;
Le soleil s’allumant rouge dans les bruines
Et baignant de clartés sanglantes les ruines
Où la chouette fait son nid ;
L’ânon poilu tétant sa nourrice qui broute,
La pie aux yeux malins sautillant sur la route,
L’aspic vif et les crapauds lourds,
Le chien, la queue au vent, et l’œil plein de tendresse,
Approchant son museau de mes doigts qu’il caresse
Avec sa langue de velours ;
Les ruisseaux hasardeux, les côtes, les descentes,
Le brin d’herbe du roc, et la flaque des sentes,
L’arbre qui dit je ne sais quoi ;
La coccinelle errant dans la fraîcheur des mousses :
Parfum, souffle, musique, apparitions douces,
La nature vivait en moi.
poésie de Maurice Rollinat
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Les Grives
Dans la vigne escarpée où maint pommier sauvage
Crispe sur l’horizon ses bras tors et rugueux,
Elles viennent s'abattre avec des vols fougueux,
Cherchant la solitude et le friand breuvage.
Or, sachant qu’avant peu l'on voudra vendanger,
Et qu’il faudra bientôt que les pommes s’en aillent,
Les grives, sans tarder, s’installent et ripaillent
Au milieu d’une odeur d’angoisse et de danger :
Car, malgré ce beau ciel dont l’azur se déplisse,
Peut-être qu’un milan plane dans l’air qui dort,
Et qu’un fusil rouillé cache un éclair de mort
Derrière le buisson qui lui sert de complice.
Qu’importe ? Les raisins bannissent leurs effrois.
D’ailleurs, le pays triste et d’une âpre ossature
Est désert, aux trois quarts en friche, et se sature
Du mystère embrumé qui sort des ravins froids.
Alors, se rassurant avec des cris folâtres,
La troupe s’éparpille et tous ces jolis becs,
Ensemble, à petits coups saccadés, drus et secs,
Piochent avidement dans les feuilles rougeâtres.
Mille oiseaux picoreurs, leurs amis coutumiers,
S’en vont papillonner autour de ces coquettes
Qui, telles qu’un volant fouetté par les raquettes,
Ont de gais va-et-vient des pampres aux pommiers.
Sur les branches qui sont leurs mouvantes alcôves,
Elles font la risette aux merles déjà saouls,
Et montrent au pivert qui les lorgne en dessous
Leur petit ventre blanc semé de taches fauves.
En vain l’écho du gouffre apporte jusqu’en haut
Le fracas de la Creuse au loin battant ses rives,
Le tapage des geais, des merles et des grives
Couvre ce grand murmure et remplit le coteau.
Et tout cela se cogne aux vieux échalas maigres
En piétinant des peaux de raisins verts et bleus,
Et sur l’arbre, ou par terre, en quelque trou sableux,
Fouille jusqu’aux pépins la chair des pommes aigres.
Mais déjà les oiseaux, à force de pinter,
N’ont plus cet œil perçant qui vous voit d’une lieue,
Et le dandinement moins souple de la queue
Annonce que leur vin commence à fermenter.
On dirait maintenant de mauvais acrobates
Qui marchent sur le ventre, un barreau dans le cou ;
L’ivresse qui les prend leur met du même coup
De la colle sur l’aile et du plomb dans les pattes,
Et lorsque le soleil éclabousse de sang
Le sommet de la côte où broutent les ânesses,
Enfin, n’en pouvant plus, les grives ivrognesses
Trouvent le sol fugace et le rameau glissant.
Adieu bombance ! Adieu l’orgie et les roulades !
Tout tourne et se confond en leur petit cerveau.
Elles vont dans le soir comme dans un caveau
Avec des rampements et des dégringolades.
Et tandis que la nuit apprête son fusain,
Chacune au pied du cep ou sur le haut de l’arbre
Ferme l’œil et se tient comme un oiseau de marbre.
Ou vole en titubant vers le taillis voisin.
Et maintenant qu’aux cieux a tinté l’heure brune,
Les grives ont sommeil et vont cuver sans bruit
Tout ce cidre et ce vin bus à même le fruit,
Dans la fraîcheur de l’ombre où rit le clair de lune.
poésie de Maurice Rollinat
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La Bibliothèque
Elle faisait songer aux très vieilles forêts.
Treize lampes de fer, oblongues et spectrales,
Y versaient jour et nuit leurs clartés sépulcrales
Sur ses livres fanés pleins d’ombre et de secrets.
Je frissonnais toujours lorsque j’y pénétrais :
Je m’y sentais, parmi des brumes et des râles,
Attiré par les bras des treize fauteuils pâles
Et scruté par les yeux des treize grands portraits.
Un soir, minuit tombant, par sa haute fenêtre
Je regardais au loin flotter et disparaître
Le farfadet qui danse au bord des casse-cous,
Quand ma raison trembla brusquement interdite :
La pendule venait de sonner treize coups
Dans le silence affreux de la chambre maudite.
poésie de Maurice Rollinat
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