Le Bourreau monomane
Oh ! les saisons, été, printemps, hiver, automne,
Comme c’est long ! Que faire ? À quoi donc s’occuper ?
Maintenant qu’il n’a plus de têtes à couper,
Il trouve la vie âpre et le temps monotone.
Autrefois, il était le grand justicier
Plus fantastique et plus redouté que le Diable,
L’homme qui décapite un crime irrémédiable
Au tranchant toujours sûr du couperet d’acier.
Son nom, dit quelque part, rendait les gens tout blêmes ;
Lui seul, il pourvoyait légalement la mort ;
Et bien qu’il pût rogner ses frères sans remord,
Sa vue épouvantait les magistrats eux-mêmes.
Et quand la Peur broyait avec son laminoir
Ceux qui doivent subir la peine capitale,
Au fond de leur cachot, la vision fatale
C’était lui, le Monsieur correct en habit noir.
Par les matins glacés, par les aurores tièdes,
Autrefois, il trônait debout sur l’échafaud ;
Et qui donc aurait pu le trouver en défaut
Quand il faisait le signe effroyable à ses aides ?
Folle, effarée autour du funèbre tréteau,
La foule se tordait comme un tas de couleuvres
Pour voir de près l’exécuteur des hautes œuvres
Qui du bout de son doigt fait tomber le couteau.
Donc, il ne verra plus grouiller la multitude ;
Il a perdu renom, besogne, revenu.
Il n’est par tout pays qu’un banal inconnu,
Rentier de la misère et de la solitude.
Il sera donc un homme à toute heure hanté
Par l’aspect du triangle oblong de la Justice !
Sempiternellement, il faudra qu’il pâtisse,
Moulu par la vieillesse et par l’oisiveté.
Il n’incarnera plus l’épouvante ! La Veuve,
Il ne la verra plus ! C’est un autre bourreau
Qui va dorénavant la tirer du fourreau,
Chaque fois qu’un jury voudra qu’elle s’abreuve.
Il ne l’essaiera plus sur les grands mannequins,
Le couteau récemment aiguisé par la meule !
Plus de têtes, jamais ! Jamais plus une seule !
Ô rage ! Et les prisons fourmillent de coquins !
Et malheureux cerveau qui brûle et se détraque,
Il n’a plus qu’un désir, chez lui comme en chemin,
C’est de guillotiner encore un être humain ;
Et sa monomanie à toute heure le traque.
L’avis impératif et concis du Parquet,
Voilà ce qu’il attend dans une horrible extase.
Entre l’abbé qui prie et le barbier qui rase,
Il se revoit, hâtant le festin du baquet.
Et partout, dans l’azur comme dans la tempête,
Il évoque une lame et cherche d’un œil fou
La grimace que fait une tête sans cou
Et l’affreux jet de sang qui sort d’un cou sans tête !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

Des citations similaires
Sur une croix
Dans ce pays lugubre et si loin de la foule,
Un cimetière d’autrefois,
Bien souvent m’attirait avec sa grande croix
Dont la tête et les bras se terminaient en boule.
Or, fin d’automne, un soir que tout était plongé
Dans une mourante lumière,
Je m’arrêtai pour voir la croix du cimetière...
Qu’avait-elle donc de changé ?
De façon peu sensible et pourtant singulière,
Son sommet s’était allongé.
Et, curieusement, saisi, le sang figé,
Immobile comme une pierre,
Vers elle je tenais tendus l’œil et le cou,
Lorsqu’un chat-huant tout à coup
Vint à s’envoler de sa cime !
Et, j’en eus le frisson intime :
Cette bête incarnait l’âme d’un mauvais mort
Sur le haut de la croix méditant son remord.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

Le Boucher
Tiens ? t’es donc plus boucher ? dit la vieille au gros homme
Qui venait de vendre son fonds,
Et lui répondit grave, avec un air profond :
« Non ! et j’vas vous raconter comme :
Ah ! l’ métier était bon ! Mes viandes ?
Vous savez si ça s’débitait !
Tell’ment partout on m’réputait
Que j’pouvais pas fournir aux d’mandes.
C’est moi-mêm’ qu’abattais les bêtes
Promis’ aux crochets d’mon étal,
Et j’vous crevais comme un brutal
Les cous, les poitrails et les têtes.
Si j’suis si gros, q’ça m’gên’ quand j’bouge,
Si j’ai l’teint si frais, l’corps si gras,
C’est q’par le nez, la bouch’, les bras,
Tout l’temps j’pompais vif du sang rouge.
L’animal ? c’est pas un’ personne...
Que j’me disais ! Pour moi, l’bestiau
C’était qu’un’ chos’, j’trouvais idiot
D’croir’ que ça rêv’ ou q’ça raisonne.
Si ça qui grogn’, qui bêl’, qui beugle,
À l’abattoir s’tenait pas bien,
J’cognais d’sus, ça n’me faisait rien :
J’leur étais aussi sourd qu’aveugle.
D’un coup d’maillet bien à ma pogne
J’défonçais l’crâne d’un vieux bœuf
Comme on cass’ la coquill’ d’un œuf,
Et j’fredonnais pendant ma b’sogne.
À ceux qui, lorsque l’couteau rentre,
S’lamentaient sur l’ouaill’ ou l’cochon,
J’criais : « Ça s’rait plus folichon
D’en avoir un morceau dans l’ventre ! »
Et dans l’trou plein d’sanglante écume
Se r’tournait, creusait mon surin,
Tel qu’un piquet dans un terrain
Où q’l’on veut planter d’la légume.
J’étais ben boucher par nature !
Dam’ ! Le coup d’mass’ ? ça m’connaissait ;
Et quand mon vieux couteau dép’çait
I’ savait trouver la jointure.
Oui ! j’avais la main réussie
Pour mettre un bœuf en quatr’ morceaux ;
Vit’ se rompaient les plus gros os
Ousque j’faisais grincer ma scie.
Pour détailler d’la viand’ qui caille
J’aurais pas craint les plus adroits :
Tous mes coups d’coup’ret, toujours droits,
R’tombaient dans la première entaille.
Jusqu’à c’beau jour d’ensorcell’rie
Où v’allez savoir c’qui m’advint,
Je m’saoulais d’sang tout comm’ de vin
Et j’m’acharnais à la tuerie.
Donc, un’ fois, on m’amène un’ vache
Ben qu’âgée encor forte en lait,
Noire et blanche, et voilà qu’em’ plaît,
Que j’la conserve et que j m’yattache.
J’la soignais si tell’ment la vieille
Que m’voir la faisait s’déranger
D’ses song’ et mêm’ de son manger,
Qu’elle en dod’linait des oreilles ;
Quand em’rencontrait, tout’ follette,
Ben vite, elle obliquait d’son ch’min
Pour venir me râper la main
Avec sa lang’ bleue et violette ;
Mes aut’ vach’ en étaient jalouses
Lorsque mes ongl’ y grattaient l’flanc
Ou qu’ent’ ses corn’ noir’ au bout blanc
J’y chatouillais l’front sur les p’louses.
Mais un jour, un’ mauvaise affaire
Veut qu’ell’ tombe, y voyant pas fin,
À pic, sus l’talus d’un ravin,
Et qu’es’ casse un’ patt’ ! Quoi en faire ?...
Ell’ pouvait ben marcher sur quatre
Mais sur trois... yavait plus moyen !
Mêm’ pour elle, il le fallait ben ;
Ell’ souffrait : valait mieux l’abattre !
Pour vous en finir, je l’emmène...
J’avais renvoyé ceux d’chez nous.
Mais, v’là qu’ell’ tomb’ sur les deux g’noux,
Avec des yeux d’figure humaine.
Bon Dieu ! j’prends mon maillet sur l’heure,
J’vis’ mon coup, et j’allais l’lâcher...
Quand j’vois la vach’ qui vient m’lécher
En mêm’ temps q’ses deux gros yeux pleurent.
L’maillet fut bentôt sur la table,
J’app’lai tous mes gens et j’leur dis :
Faut pas la tuer ! j’serions maudits !
Et j’fus la r’conduire à l’étable.
La vache ? un r’bou’teux l’a guérie.
À la maison j’yai fait un sort,
Elle y mourra de sa bonn’ mort,
Et, moi, j’f’rai plus jamais d’bouch’rie. »
— La vieille dit : « Vlà c’que ça prouve :
C’est q’chez l’âm’ des plus cruell’ gens,
Dans les métiers les plus méchants,
Tôt ou tard la pitié se r’trouve.
Crois-moi ! c’te chos’ ? tu n’l’as pas vue,
Quand mêm’ que tu peux l’certifier.
C’est ton bon cœur qui fut l’sorcier,
C’est lui qui t’donna la berlue.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

Le Vieux Chaland
Voyez ! j’vis seul dans c’grand moulin
Dont plus jamais l’tic tac résonne ;
J’m’en occup’ plus, n’ayant personne...
Mais c’est l’sort : jamais je n’m’ai plaint.
C’t’existenc’ déserte et si r’cluse
Ent’ la montagne et la forêt
Plaît à mon goût q’aim’ le secret,
Puis, j’ai mon copain sur l’écluse !
Le v’là ! c’est l’grand chaland d’famille.
À présent, ses flancs et sa quille
Sont usés ; l’malheureux bateau,
Malgré que j’le soigne, i’ prend d’l’eau,
Tout ainsi q’moi j’prends d’la faiblesse.
Ah dam’ ! c’est q’d’âg’ nous nous suivons,
Et q’sans r’mèd’ tous deux nous avons
L’mêm’ vilain mal q’est la vieillesse.
Des vrais madriers q’ses traverses !
Et qui n’sont pas prêts d’êt’ rompus.
C’est bâti comme on n’bâtit plus !
Trop bien assis pour que ça verse.
En a-t-i’ employé du chêne
Aussi droit q’long, et pas du m’nu !
C’bateau plat q’j’ai toujou’ connu
Avec sa même énorm’ grand’ chaîne !
Pour nous, maint’nant, le r’pos et l’songe
C’est plus guèr’ que du croupiss’ment.
À séjourner là , fixement,
Lui, l’eau, moi, l’ennui, — ça nous ronge.
Mais, n’ya plus d’force absolument.
Faut s’ménager pour qu’on s’prolonge !
Si j’disais non ! ça s’rait mensonge.
J’somm’ trop vieux pour le navig’ment.
Sûr que non ! c’est pas comme aut’fois,
Du temps q’yavait tant d’truit’ et d’perches,
« Au bateau ! » m’criaient tout’ les voix...
Les pêcheurs étaient à ma r’cherche ;
À tous les instants mes gros doigts
Se r’courbaient, noués sur ma perche.
Malheur ! quel bon chaland c’était !
Vous parlez que c’lui-là flottait
Sans jamais broncher sous la charge !
Toujours ferme à tous les assauts
Des plus grands vents, des plus grand’s eaux,
I’ filait en long comme en large.
Et la nuit, sous la lun’ qui glisse,
Quand, prom’nant mes yeux d’loup-cervier,
J’pêchais tout seul à l’épervier,
Oh ! qu’il était donc bon complice !
Comme i’ manœuvrait son coul’ment,
En douceur d’huil’, silencieus’ment,
Aussi mort que l’onde était lisse !
I’ savait mes façons, c’que c’est !
On aurait dit qu’i’ m’connaissait.
Qu’il avait une âm’ dans sa masse.
À mes souhaits, tout son gros bois
Voguait comm’ s’il avait pas d’poids,
Ou ben rampait comme un’ limace.
Oui ! dans c’temps-là , j’étions solides.
Il avait pas d’mouss’ — moi, pas d’rides.
J’aimions les aventur’ chacun ;
Et tous deux pour le goût d’la nage
Nous étions d’si près voisinage
Q’toujours ensemble on n’faisait qu’un.
Sur l’écluse i’ s’en allait crâne,
J’crois qu’on aurait pu, l’bon Dieu m’damne !
Y fair’ porter toute un’ maison.
En a-t-i’ passé des foisons
D’bœufs, d’chevaux, d’cochons, d’ouaill’ et d’ânes !
I’ charriait pomm’ de terr’, bett’raves,
D’quoi vous en remplir toute un’ cave,
Du blé, du vin, ben d’autr’ encor,
Des madriers, des pierr’, des cosses,
Et puis des baptêm’ et des noces,
Sans compter qu’i’ passait des morts.
Oh ! C’est ben pour ça qu’en moi-même
Autant je l’respecte et je l’aime
Mon pauv’ vieux chaland vermoulu ;
C’est qu’un à un sur la rivière
Il a passé pour le cim’tière
Tous mes gens que je n’verrai plus.
J’ai fait promettre à la commune
À qui j’lég’rai ma petit’ fortune
Q’jusqu’à temps qu’i’ coule au fond d’l’eau,
On l’laiss’ra tranquill’ sous c’bouleau,
Dans sa moisissure et sa rouille.
J’mourrai content pac’que l’lend’main,
Pendant un tout p’tit bout d’chemin,
C’est lui qui port’ra ma dépouille.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

À l'Insensible
Es-tu femme ou statue ? Hélas ! j’ai beau m’user
Par les raffinements inouïs que j’invente
Pour forcer ta chair morte à devenir vivante ;
J’ai beau me convulser sur ta gorge énervante,
Tu n’as jamais senti la luxure savante
De mon baiser.
Ainsi donc, comme un plomb sur la peau du jaguar,
Ma passion sur toi glisse, et mes pleurs eux-mêmes
Coulent sans t’émouvoir le long de tes mains blêmes ;
Et quand je te supplie à genoux que tu m’aimes,
Je reste épouvanté par les froideurs suprêmes
De ton regard !
Rampant comme un aspic, fidèle comme un chien,
Je laisse piétiner mon cœur sous ta babouche ;
Devant l’inconscient sarcasme de ta bouche,
Je fléchis mon honneur et ma fierté farouche ;
Je me calcine en vain dans l’enfer de ta couche,
Ô rage ! — Eh bien,
Puisque sur ton flanc nu l’amour me fait beugler,
Sans que jamais sur toi ma convoitise morde ;
Puisque toujours passive et sans miséricorde,
Tu veux qu’en tes bras morts et glacés je me torde,
Ce soir, de tes cheveux, je vais faire une corde
Pour t’étrangler !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

Le Soliloque de Troppman
Enfin débarrassé du père
Et du grand fils, — vœux triomphants !
J’allais donc en certain repaire
Tuer la mère et les enfants !
Je fus les attendre à la gare,
Dans la nuit froide, sans manteau ;
J’avais à la bouche un cigare
Et dans ma poche un long couteau.
Tout entier au plan du massacre,
Si pesé dès qu’il fut éclos,
Je m’étais muni d’un grand fiacre
D’une couleur sombre et bien clos.
Sur les coussins, calme, sans fièvre,
Je me vautrais comme un Sultan ;
Je devais avoir sur la lèvre
Le froid sourire de Satan !
Je sais que plein de convoitise
Je ricanais, tout en songeant
Que pour huit morts, — une bêtise ! —
J’allais avoir beaucoup d’argent.
Je pensais : « Destin ! tu me pousses
« Au forfait le plus inouï ;
« Mais, puisque j’ai d’ignobles pouces
« Et pas de cœur, je réponds : Oui !
« Le train du Nord me les apporte.
« Et moi, l’homme aux projets hideux,
« Mystérieux comme un cloporte,
« Je me voiture au-devant d’eux :
« Pour les saigner comme des bêtes,
« Pour les pétrir, les étrangler,
« Pour fendre et bossuer leurs têtes,
« Sans qu’ils aient le temps de beugler ! »
J’arrivai : la gare était pleine
De bruit et de monde. — À minuit,
Je pourrais combler dans la plaine
Un grand trou bâillant à la nuit !
Je lorgnais des filles charnues,
Froidement, comme un gentleman,
Lorsque soudain des voix connues
S’écrièrent : « Voilà Troppmann ! »
Et tous, la mère et la marmaille
Me couvrirent de baisers gras !
C’était fait ! Ma dernière maille
Se nouait enfin dans leurs bras !
II
Nous roulions ! Pour que mes victimes
Eussent foi dans ma loyauté,
J’abritais mes pensers intimes
Derrière ma loquacité.
Les tout petits dormaient candides
Sur mes genoux, dur matelas.
Je frôlais de mes doigts sordides
Le manche de mon coutelas.
Bercés par de féeriques songes,
Ils dormaient ; et moi, le damné,
Je rassurais par des mensonges
La femme de l’empoisonné.
Lutterait-elle, cette sainte ?
Je l’épiai sournoisement :
— Quelle chance ! Elle était enceinte !
J’eus un joyeux tressaillement.
« Je la tuerai, quoi qu’elle fasse,
Sans trop d’efforts bien essoufflants,
D’un coup de couteau dans la face
Et d’un coup de pied dans les flancs ! »
Puis, mes rêves gaîment féroces
M’emportaient sur les paquebots !
Et le cocher fouettait ses rosses
Qui trottinaient à pleins sabots.
III
La banlieue avait clos ses bouges.
Vers Paris tout au loin brillaient
Des milliers de petits points rouges,
Et parfois les chiens aboyaient.
Les usines abandonnées
Dressaient lugubrement dans l’air
Leurs gigantesques cheminées
Toutes noires sous le ciel clair.
De sa lueur de nacre et d’ambre,
Comme un prodigieux fanal,
La froide lune de septembre
Illuminait ce bourg banal,
Que moi, le vomi des abîmes,
L’ami perfide et venimeux,
Par le plus monstrueux des crimes
J’allais rendre à jamais fameux !
Nous étions rendus ; le champ morne
À deux pas de nous sommeillait ;
Leur vie atteignait donc sa borne !
Et pourtant, j’étais inquiet.
Refuseraient-ils de me suivre,
Avertis par de noirs frissons ?
Le cocher, bien qu’aux trois quarts ivre,
Aurait-il enfin des soupçons ?
Mais non : j’avais l’air doux, en somme.
Et sans terreur, sans cauchemar,
Grillant d’embrasser son cher homme,
La mère descendit du char,
Prit par la main, d’un geste tendre,
Sa fillette et son plus petit,
Dit aux autres de nous attendre,
Les embrassa ; puis, l'on partit.
IV
Elle allait portant sa fillette,
Ses petits bras autour du cou ;
Elle n’était pas inquiète :
Lorsque je bondis tout à coup !
Mon attaque fut si soudaine,
Qu’elle ne vit pas l’assassin :
Je lui piétinai la bedaine
Et je lui tailladai le sein ;
Puis, me ruant sur chaque mioche,
Près de leur mère qui râlait,
Je les couchai d’un coup de pioche :
Plus que trois ! Comme ça filait !
Ils m’attendaient dans la voiture.
« Venez, leur dis-je, me voici ;
Votre mère est à la torture
En vous sachant tout seuls ici. »
Alors, minute solennelle,
Admirablement papelard,
D’une main presque maternelle,
Je mis à chacun un foulard.
À peine le cocher stupide
Était-il parti, qu’aussitôt,
Vertigineusement rapide,
Je les assaillis sans couteau.
Sur leurs trois cous je vins m’abattre,
Horriblement je les sanglai ;
Ils se tordirent comme quatre,
Mais en vain : je les étranglai !
Alors du poitrail de la vieille
J’arrachai mon eustache, et fou,
Pris d’une rage sans pareille,
Je les frappai sans savoir où.
Je frappais, comme un boucher ivre,
À tour de bras, m’éclaboussant,
Moi, le froid manieur de cuivre,
De lambeaux de chair et de sang !
Mon couteau siffla dans leurs râles,
Et mon pesant pic de goujat
Défigura ces faces pâles
Où le sang se caillait déjà ,
Puis, sous le ciel, au clair de lune,
Avec mes outils ébréchés,
Je fis sauter, l'une après l'une,
Les cervelles des six hachés !
C’était si mou sous ma semelle
Que j’en fus écœuré : j’enfouis,
Morts ou non, tassés, pêle-mêle,
Ces malheureux, et je m’enfuis !
V
Enfin ! Je les tenais, les sommes !
Tous les huit, morts ! C’était parfait !
J’allais vivre, estimé des hommes,
Avec le gain de mon forfait.
Eh bien, non ! Satan mon compère
M’a lâchement abandonné.
Je rêvais l’avenir prospère :
Je vais être guillotiné.
J’allais jeter blouse et casquette,
Je voulais être comme il faut !
Demain matin, Ã la Roquette,
On me rase pour l'échafaud.
Je me drapais dans le mystère
Avec mon or et mes papiers :
Dans vingt-quatre heures, l'on m’enterre
Avec ma tête entre mes pieds.
Eh bien, soit ! À la rouge Veuve
Mon cou va donner un banquet ;
Mon sang va couler comme un fleuve,
Dans l’abominable baquet ;
Qu’importe ! Jusqu’à leur machine,
J’irai crâne, sans tombereau ;
Mais avant de plier l’échine,
Je mordrai la main du bourreau !
Et maintenant, croulez, ténèbres !
Troppmann en ricanant se dit
Que parmi les tueurs célèbres,
Lui seul sera le grand maudit !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

Le Scieur de long
Voûté haut sur la grande chèvre
Enchaînant un frêne équarri,
Le vieux parle, et son gars contrit
L’écoute, en se mordant la lèvre.
« T’es trop vif ! Dans not’ dur métier,
Pas s’presser soulag’ de moitié.
L’corps joue à l’ais’, n’est jamais raide,
Quand la cadenc’ tranquill’ vous aide.
Comprends-moi donc ! membr’, scie, échines,
Les trois n’doiv’ fair’ qu’un’ seul’ machine.
Faut q’les deux homm’, mécaniqu’ment,
S’baiss’ et r’mont’ comm’ leur instrument !
Je l’sais par moi-même, et j’l’assure...
Que deux anciens qui vont en m’sure,
S’mouvant pareils de haut en bas,
Font d’long’ besogne et s’fatig’ pas.
Vois, moi, qui suis vieux scieur de long,
Comme j’la pouss’ net et d’aplomb
La scie ! Au lieu q’toi, c’est l’martyre,
De l’air si r’chigné q’tu la tires.
Ton œil toujou’ r’levé voudrait
Voir plus vite avancer son trait,
En c’mençant faudrait qu’elle arrive
Déjà dans l’fin bout d’la solive !
À tout coup, tu crach’ dans tes mains,
Quand ell’ trouve un nœud dans son ch’min ;
Et faut qu’tu jur’ et q’tu te r’prennes,
Si peu qu’elle entre et qu’ell’ s’engrène !
Scier du sapin t’fait batt’ les flancs,
Quand la scie au mou de c’bois blanc
Devrait glisser, sans q’ça t’écœure,
Comme un rasoir dans un pain d’beurre.
Tu s’rais bâti pour le métier,
T’as des bras d’fer, des reins d’acier,
Tandis que moi j’n’ai plus q’l’écorce.
Eh ben ! sais-tu c’qui fait ma force ?
C’est ma patienc’ de volonté
C’est ma scie à moi, l’entêté,
Pour scier l’découragement qui m’pince,
Tell’ que l’autre ! à ça près c’pendant,
Que, tout comme elle, ayant des dents,
Quand ell’ s’en sert, jamais ell’ grince !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

La Nuit de novembre
Il faisait aussi clair qu’à trois heures du soir,
Lorsque, las de fumer, de lire et de m’asseoir,
Emportant avec moi le rêve qui m’agite,
J’abandonnai ma chambre et sortis de mon gîte.
Et j’errai. Tout le ciel était si lumineux,
Que les rochers devaient sentir passer en eux
Des caresses de lune et des frissons d’étoiles.
La terrible araignée aux si funèbres toiles
Semblait guetter encor le crépuscule gris,
Car les arbres du clos par l’automne amaigris
Montraient dans la clarté qui glaçait leur écorce
Mainte cime chenue et mainte branche torse.
C’était le jour sans bruit, le jour sans mouvement,
Comme en vécut jadis la Belle au Bois Dormant,
Plutôt fait pour les morts que pour nous autres : l’ombre
Qui devenait l’aurore, à l’heure où tout est sombre.
L’air avait la moiteur exquise du rayon,
Et l’objet dessiné comme par un crayon
Prenait l’aspect diurne, et fluet, long, énorme,
Accusait nettement sa couleur et sa forme.
Et le silence, horrible et douce mort du bruit,
Triomphait-il assez dans ce plein jour de nuit
À l’abri du vent rauque et du passant profane
Sous les scintillements du grand ciel diaphane !
Le froid devenait tiède à force de douceur ;
Et, grisaille des murs, vert des volets, rousseur
Du toit, corde du puits, dents de la girouette,
LÃ -bas, au fond de clos, une vieille brouette,
À terre çà et là , des bois et des outils,
Toute espèce d’objets, hauts, plats, grands et petits,
Tout, jusqu’au sable fin comme celui des grèves
Se détaillait à l’œil ainsi que dans les rêves.
Alors, que de mystère et que d’étrangeté !
Sans doute, un mauvais sort m’allait être jeté
Par un fantôme blanc rencontré sur ma route ?
Le fait est que jamais plus fantastique voûte
N’illumina la terre à cette heure d’effroi :
Je me voyais si bien que j’avais peur de moi.
Minuit allait sonner dans une demi-heure,
Et toujours pas de vent, pas de source qui pleure,
Rien que l’affreux silence où je n’entendais plus
Que le bruit régulier de mes pas résolus ;
Car, au fond, savourant ma lente inquiétude,
Je voulais m’enfoncer dans une solitude
Effroyable, sans murs, sans huttes, sans chemins,
Vierge de tous regards et de tous pieds humains !
Et j’étais arrivé sur une immense roche
Quand je me rappelai que j’avais dans ma poche
Le bréviaire noir des amants de la Mort,
Cette œuvre qui vous brûle autant qu’elle vous mord,
Que la tombée a dictée et qui paraît écrite
Par la main de Satan, la grande âme proscrite.
Oui, j’avais là sur moi, dans cet endroit désert,
Le Cœur Révélateur, et la Maison Usher,
Ligeia, Bérénice et tant d’autres histoires
Qui font les jours peureux, les nuits évocatoires,
Et qu’on ne lit jamais sans frisson sur la peau.
Oui délice et terreur ! j’avais un Edgar Poe :
Edgar Poe, le sorcier douloureux et macabre
Qui chevauche à son gré la raison qui se cabre.
Seul, tout seul, au milieu du silence inouï,
Avais-je la pâleur d’un homme évanoui
Quand j’ouvris le recueil de sinistres nouvelles
Qui donnent le vertige aux plus mâles cervelles ?
Mes cheveux s’étaient-ils dressés, à ce moment ?
Je ne sais ! Mais mon cœur battait si fortement,
Ma respiration était si haletante,
Que je les entendais tous les deux : oh, l’attente
Du fantôme prévu pendant cette nuit-là !
Et je lus à voix basse Hélène, Morella,
Le Corbeau, le Portrait ovale, Bérénice,
Et, ― que si j’ai mal fait le Très-Haut me punisse ! ―
Je relus le Démon de la Perversité !
Puis, lorsque j’eus fini, je vis à la clarté
Du ciel illuminé comme un plafond magique,
Debout sur une roche un revenant tragique
Drapé dans la guenille horrible du tombeau
Et dont la main sans chair soutenait un corbeau :
Fou, je m’enfuis, criblé par les rayons stellaires,
Et c’est depuis ce temps que j’ai peur des nuits claires !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

Gendre et belle-mère
Jean était un franc débonnaire,
Jovial d’allure et de ton,
Égayant toujours d’un fredon
Son dur travail de mercenaire.
Soucis réels, imaginaires,
Aucuns n’avaient mis leur bridon
À son cœur pur dont l’abandon
Était le besoin ordinaire.
Je le retrouve : lèvre amère !
Ayant dans ses yeux de mouton
Un regard de loup sans pardon...
Quelle angoisse ? quelle chimère ?
Quelle mauvaise fée a donc
Changé ce gars ? Sa belle-mère !
II
Il n’aurait pas connu la haine
Sans la vieille au parler bénin
Qui d’un air cafard de nonnain
L’affligeait et raillait sa peine.
Il avait la bonté sereine
Et l’apitoiement féminin.
Il n’aurait pas connu la haine
Sans la vieille au parler bénin.
Aujourd’hui, la rage le mène.
Pour mordre, il a le croc canin
Et son fiel riposte au venin.
Non ! sans cette araignée humaine,
Il n’aurait pas connu la haine !
III
Il devint fou. Comme un bandit,
Il vivait seul dans un repaire,
Âme et corps ; gendre, époux et père,
Se croyant à jamais maudit.
Tant et si bien que, s’étant dit
Qu’il n’avait qu’une chose à faire :
Assassiner sa belle-mère
Ou se tuer ? — il se pendit !
— Au sourd roulement du tonnerre
Que toujours plus l’orage ourdit,
Son corps décomposé froidit,
Veillé par un spectre sévère :
Encor, toujours, sa belle-mère !
IV
La belle-mère se délecte
Au chevet de son gendre mort,
Et le ricanement se tord
Sur sa figure circonspecte.
Avec ses piqûres d’insecte
Elle a tué cet homme fort.
La belle-mère se délecte
Au chevet de son gendre mort.
Sitôt qu’on vient, son œil s’humecte,
Elle accuse et maudit le sort !
Mais, elle sourit dès qu’on sort…
Et, lorgnant sa victime infecte,
La belle-mère se délecte.
V
Enterré, le soir, sans attendre,
Sur sa tombe elle est à genoux
Voilà ce qu’en son tertre roux
La croix de bois blanc peut entendre
« Enfin ! J’viens donc d’t’y voir descendre
Dans tes six pieds d’terr’ ! t’es dans l’t’rou.
C’te fois, t’es ben parti d’cheux nous,
Et tu n’as plus rin à prétendre.
Rêv’ pas d’moi, fais des sommeils doux,
Jusqu’à temps q’la mort vienn’ me prendre,
Alors, j’s’rai ta voisin’ d’en d’sous,
J’manq’rai pas d’tourmenter ta cendre...
L’plus tard possible ! au r’voir, mon gendre.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

Le Corbeau
Vers le sombre minuit, tandis que fatigué
J’étais à méditer sur maint volume rare
Pour tout autre que moi dans l’oubli relégué,
Pendant que je plongeais dans un rêve bizarre,
Il se fit tout à coup comme un tapotement
De quelqu’un qui viendrait frapper tout doucement
Chez moi. Je dis alors, bâillant, d’une voix morte :
« C’est quelque visiteur – oui – qui frappe à ma porte :
C’est cela seul et rien de plus ! »
Ah ! très distinctement je m’en souviens ! c’était
Par un âpre décembre – au fond du foyer pâle,
Chaque braise à son tour lentement s’émiettait,
En brodant le plancher du reflet de son râle.
Avide du matin, le regard indécis,
J’avais lu, sans que ma tristesse eût un sursis,
Ma tristesse pour l’ange enfui dans le mystère,
Que l’on nomme là -haut Lenore, et que sur terre
On ne nommera jamais plus !
Et les rideaux pourprés sortaient de la torpeur,
Et leur soyeuse voix si triste et si menue
Me faisait tressaillir, m’emplissait d’une peur
Fantastique et pour moi jusqu’alors inconnue :
Si bien que pour calmer enfin le battement
De mon cœur, je redis debout : « Évidemment
C’est quelqu’un attardé qui, par ce noir décembre,
Est venu frapper à la porte de ma chambre ;
C’est cela même et rien de plus. »
Pourtant, je me remis bientôt de mon émoi,
Et sans temporiser : « Monsieur, dis-je, ou madame,
Madame ou bien monsieur, de grâce, excusez-moi
De vous laisser ainsi dehors, mais, sur mon âme,
Je sommeillais, et vous, vous avez tapoté
Si doucement à ma porte, qu’en vérité
À peine était-ce un bruit humain que l’on entende ! »
Et cela dit, j’ouvris la porte toute grande :
Les ténèbres et rien de plus !
Longuement à pleins yeux, je restai là , scrutant
Les ténèbres ! rêvant des rêves qu’aucun homme
N’osa jamais rêver ! stupéfait, hésitant,
Confondu et béant d’angoisse – mais, en somme,
Pas un bruit ne troubla le silence enchanté
Et rien ne frissonna dans l’immobilité ;
Un seul nom fut soufflé par une voix : « Lenore ! »
C’était ma propre voix ! – l’écho, plus bas encore,
Redit ce mot et rien de plus !
Je rentrai dans ma chambre à pas lents, et, tandis
Que mon âme, au milieu d’un flamboyant vertige,
Se sentait défaillir et rouler, – j’entendis
Un second coup plus fort que le premier. – Tiens ! dis-je,
On cogne à mon volet ! Diable ! je vais y voir !
Qu’est-ce que mon volet pourrait donc bien avoir ?
Car il a quelque chose ! allons à la fenêtre
Et sachons, sans trembler, ce que cela peut être !
C’est la rafale et rien de plus !
Lors, j’ouvris la fenêtre et voilà qu’à grand bruit,
Un corbeau de la plus merveilleuse apparence
Entra, majestueux et noir comme la nuit.
Il ne s’arrêta pas, mais plein d’irrévérence
Brusque, d’un air de lord ou de lady, s’en vint
S’abattre et se percher sur le buste divin
De Pallas, sur le buste à couleur pâle, en sorte
Qu’il se jucha tout juste au-dessus de ma porte…
Il s’installa, puis rien de plus !
Et comme il induisait mon pauvre cœur amer
À sourire, l’oiseau de si mauvais augure,
Par l’âpre gravité de sa pose et par l’air
Profondément rigide empreint sur sa figure,
Alors, me décidant à parler le premier :
« Tu n’es pas un poltron, bien que sans nul cimier
Sur la tête, lui dis-je, ô rôdeur des ténèbres,
Comment t’appelle-t-on sur les rives funèbres ? »
L’oiseau répondit : « Jamais plus ! »
J’admirai qu’il comprît la parole aussi bien
Malgré cette réponse à peine intelligible
Et de peu de secours, car mon esprit convient
Que jamais aucun homme existant et tangible
Ne put voir au-dessus de sa porte un corbeau,
Non, jamais ne put voir une bête, un oiseau,
Par un sombre minuit, dans sa chambre, tout juste
Au-dessus de sa porte installé sur un buste,
Se nommant ainsi : « Jamais plus ! »
Mais ce mot fut le seul que l’oiseau proféra
Comme s’il y versait son âme tout entière,
Puis, sans rien ajouter de plus, il demeura
Inertement figé dans sa raideur altière,
Jusqu’à ce que j’en vinsse à murmurer ceci :
– Comme tant d’autres, lui va me quitter aussi,
Comme mes vieux espoirs que je croyais fidèles,
Vers le matin il va s’enfuir à tire-d’ailes !
L’oiseau dit alors : « Jamais plus ! »
Sa réponse jetée avec tant d’à -propos
Me fit tressaillir. « C’est tout ce qu’il doit connaître,
Me dis-je, sans nul doute il recueillit ces mots
Chez quelque infortuné, chez quelque pauvre maître
Que le deuil implacable a poursuivi sans frein,
Jusqu’à ce que ses chants n’eussent plus qu’un refrain,
Jusqu’à ce que sa plainte à jamais désolée
Comme un De profondis de sa joie envolée,
Eût pris ce refrain : « Jamais plus ! »
Ainsi je me parlais, mais le grave corbeau,
Induisant derechef tout mon cœur à sourire,
Je roulai vite un siège en face de l’oiseau,
Me demandant ce que tout cela voulait dire.
J’y réfléchis, et, dans mon fauteuil de velours,
Je cherchai ce que cet oiseau des anciens jours
Ce que ce triste oiseau, sombre, augural et maigre,
Voulait me faire entendre en croassant cet aigre
Et lamentable : « Jamais plus ! »
Et j’étais là , plongé dans un rêve obsédant,
Laissant la conjecture en moi filer sa trame,
Mais n’interrogeant plus l’oiseau dont l’œil ardent
Me brûlait maintenant jusques au fond de l’âme,
Je creusais tout cela comme un mauvais dessein,
Béant, la tête sur le velours du coussin,
Ce velours violet caressé par la lampe,
Et que sa tête, à ma Lenore, que sa tempe
Ne pressera plus, jamais plus !
Alors l’air me sembla lourd, parfumé par un
Invisible encensoir que balançaient des anges,
Dont les pas effleuraient le tapis rouge et brun,
Et glissaient avec des bruissements étranges.
Malheureux ! m’écriai-je, il t’arrive du ciel,
Un peu de népenthès pour adoucir ton fiel,
Prends-le donc ce répit qu’un séraphin t’apporte,
Bois ce bon népenthès, oublie enfin la morte !
Le corbeau grinça : « Jamais plus ! »
Prophète de malheur ! oiseau noir ou démon,
Criai-je, que tu sois un messager du diable,
Ou bien que la tempête, ainsi qu’un goémon
T’ait simplement jeté dans ce lieu pitoyable,
Dans ce logis hanté par l’horreur et l’effroi,
Valeureux naufragé, sincèrement, dis-moi,
S’il est, s’il est sur terre un baume de Judée,
Qui puisse encor guérir mon âme corrodée ?
Le corbeau glapit : « Jamais plus ! »
Prophète de malheur, oiseau noir ou démon,
Par ce grand ciel tendu sur nous, sorcier d’ébène,
Par ce Dieu que bénit notre même limon,
Dis à ce malheureux damné chargé de peine,
Si dans le paradis qui ne doit pas cesser,
Oh ! dis-lui s’il pourra quelque jour embrasser
La précieuse enfant que tout son corps adore,
La sainte enfant que les anges nomment Lenore ?
Le corbeau gémit : « Jamais plus ! »
Alors, séparons-nous ! puisqu’il en est ainsi,
Hurlai-je en me dressant ! rentre aux enfers ! replonge
Dans la tempête affreuse ! Oh ! pars ! ne laisse ici,
Pas une seule plume évoquant ton mensonge !
Monstre ! fuis pour toujours mon gîte inviolé,
Désaccroche ton bec de mon cœur désolé !
Va-t-en ! bête maudite, et que ton spectre sorte
Et soit précipité loin, bien loin de ma porte !
Le corbeau râla : « Jamais plus ! »
Et sur le buste austère et pâle de Pallas,
L’immuable corbeau reste installé sans trêve ;
Au-dessus de ma porte il est toujours, hélas !
Et ses yeux sont en tout ceux d’un démon qui rêve ;
Et l’éclair de la lampe, en ricochant sur lui,
Projette sa grande ombre au parquet chaque nuit ;
Et ma pauvre âme, hors du cercle de cette ombre
Qui gît en vacillant – là – sur le plancher sombre,
Ne montera plus, jamais plus !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

Les Frissons
De la tourterelle au crapaud,
De la chevelure au drapeau,
À fleur d’eau comme à fleur de peau
Les frissons courent :
Les uns furtifs et passagers,
Imperceptibles ou légers,
Et d’autres lourds et prolongés
Qui vous labourent.
Le vent par les temps bruns ou clairs
Engendre des frissons amers
Qu’il fait passer du fond des mers
Au bout des voiles ;
Et tout frissonne, terre et cieux,
L’homme triste et l’enfant joyeux,
Et les pucelles dont les yeux
Sont des étoiles !
Ils rendent plus doux, plus tremblés
Les aveux des amants troublés ;
Ils s’éparpillent dans les blés
Et les ramures ;
Ils vont orageux ou follets
De la montagne aux ruisselets,
Et sont les frères des reflets
Et des murmures.
Dans la femme où nous entassons
Tant d’amour et tant de soupçons,
Dans la femme tout est frissons :
L’âme et la robe !
Oh ! celui qu’on voudrait saisir !
Mais à peine au gré du désir
A-t-il évoqué le plaisir,
Qu’il se dérobe !
Il en est un pur et calmant,
C’est le frisson du dévoûment
Par qui l’âme est secrètement
Récompensée ;
Un frisson gai naît de l’espoir,
Un frisson grave du devoir ;
Mais la Peur est le frisson noir
De la pensée.
La Peur qui met dans les chemins
Des personnages surhumains,
La Peur aux invisibles mains
Qui revêt l’arbre
D’une caresse ou d’un linceul ;
Qui fait trembler comme un aïeul
Et qui vous rend, quand on est seul,
Blanc comme un marbre.
D’où vient que parfois, tout à coup,
L’angoisse te serre le cou ?
Quel problème insoluble et fou
Te bouleverse,
Toi que la science a jauni,
Vieil athée âpre et racorni ?
– « C’est le frisson de l’Infini
Qui me traverse ! »
Le strident quintessencié,
Edgar Poe, net comme l’acier,
Dégage un frisson de sorcier
Qui vous envoûte !
Delacroix donne à ce qu’il peint
Un frisson d’if et de sapin,
Et la musique de Chopin
Frissonne toute.
Les anémiques, les fiévreux,
Et les poitrinaires cireux,
Automates cadavéreux
À la voix trouble,
Tous attendent avec effroi
Le retour de ce frisson froid
Et monotone qui décroît
Et qui redouble.
Ils font grelotter sans répit
La Misère au front décrépit,
Celle qui rôde et se tapit
Blafarde et maigre,
Sans gîte et n’ayant pour l’hiver
Qu’un pauvre petit châle vert
Qui se tortille comme un ver
Sous la bise aigre.
Frisson de vie et de santé,
De jeunesse et de liberté ;
Frisson d’aurore et de beauté
Sans amertume ;
Et puis, frisson du mal qui mord,
Frisson du doute et du remord,
Et frisson final de la mort
Qui nous consume !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

La Réprouvée
Quelle était donc, ainsi, tout de noir recouverte,
Cette femme, là -bas, d’un si lugubre effet,
En me croisant, m’ayant laissé voir qu’elle avait
Le crâne dans du linge et la figure verte ?...
Mais, verte ! de ce vert végétal, cru, blanc jaune,
Comme un gros masque d’herbe et de feuilles de chou !
Elle avait passé là , d’un pied de caoutchouc,
Sans bruit, avec un air de chercheuse d’aumône.
Je la suivais des yeux, je la suivis des pas ;
Et, quand je fus près d’elle, en tremblant, presque bas,
Dans le son de ma voix mettant toute mon âme ;
« Mais qui donc êtes-vous, lui dis-je, pauvre femme ? »
Alors, parlant de dos, elle me répondit :
« C’que j’suis ? Vous n’savez pas ? eh ben ! j’suis l’êtr’ maudit !
Oh ! l’plus misérable et l’plus triste
Comm’ le plus inr’gardab’ q’existe !
N’ayant rien qu’à s’montrer pour fair’ le désert ;
J’suis la femm’ dont, au moins depuis vingt ans, l’cancer
A mangé p’tit à p’tit la fac’, comme un’ lent’ bête ;
Celle qui traîne après ell’ du dégoût et d’l’effroi,
À qui, s’renfermant vit’, les gens de son endroit
Donn’ du pain en r’tournant la tête !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

Nativité
D'aucuns ont un pleur charitable
Pour Jésus né dans une étable.
Je sais un sort plus lamentable
Je sais un enfant ramassé,
Un jour de décembre glacé,
Nu comme un ver, dans un fossé.
Il est nuit. Pas une voisine
N'offre à sa grange ou sa cuisine
A la pauvre mère en gésine.
Malgré sa mine et son danger,
Qui donc voudrait se déranger?
Elle est en pays étranger.
Donc, depuis l'étape dernière
Se traînant d'ornière en ornière,
Elle va, bête sans tanière,
Bête hagarde qui s'enfuit
Et cherche à tâtons un réduit,
Les yeux grands ouverts dans la nuit.
Ses reins lui pèsent. Ses mamelles
Que gonflent des cuissons jumelles
Sont pleines comme des gamelles.
Son ventre, où flambent des chardons,
Sent l'enfant, fils des vagabonds,
Qui veut sortir et fait des bonds.
Elle va quand même, plus lente,
Tirant ses pieds lourds dont la plante
Saigne. Elle va, folle, hurlante,
Soûle, et, boule, roule au fossé,
Et maudit le mâle exaucé
Par qui son flanc fût engrossé.
La face au ciel, comme en extase,
Elle se tord. Son cou s'écrase
Sur les cailloux et dans la vase.
Elle accouche enfin, en crevant;
Et le gueux nouvel arrivant
Grelotte et vagit en plein vent.
Le vent est dur, sa chair est nue.
Aucune étoile dans la nue
Ne vient saluer sa venue.
Pas de mages, pas de cadeaux,
De crèches, de bergers badauds!
Il est seul, couché sur le dos,
Comme un supplicié qui claime,
Tout noir près du cadavre blême,
Sans personne au monde qui l'aime;
Et, par sa mère au ventre ouvert
Je jure, le front découvert,
Que l'autre n'a pas tant souffert!
poésie de Jean Richepin
Ajouté par Simona Enache
Commentez! | Vote! | Copie!


Jeu...
Pourquoi je serais La Femme de trente ans
Pleine de Tristesse, dans ma petite âme
Toujours sentir Le Fleur de Mal,
dans une Méditation Sentimentale.
Je pourrais donc toujours voir
Le Lac quand est L’automne et Le soir
Site lamartinien comme Le Vallon
En vie Désespoir et grand L’Isolement .
Pressée de trouver le lieu et la formule
Comme Rimbaud sans désinvolture
Je suis un autre au Soleil
Quand d’Illumination je me réveille.
J’écoute le Sonnet des voyelles,.
Je vois les Calligrames d’Apollinaire
Puis Zone, un cadre eternel.
Quand je voudrais d’être la reine de Lancelot,
Comme Anne de Bretagne d’ écrivain Marot…
Je désirais le monde mirifique de Jules Verne
de Rimbaud , Mallarmé et puis Verlaine
Le désespoir de Mallarmé
Mon petit cœur il a touché.
Je veux une promenade divine
Dans l’Automne d’Alfred Lamartine.
Dans les Nuits de mai, d’octobre de Musset
Pour écouter quelque Sonnet.
J’ ai lu Cinq-Mars d’Alfred de Vigny
Pour voir Le Mont des Oliviers fleuri,
Quand Les Caprices de Marianne j’ai connus
J ai constaté que tout n est pas perdu…
poésie de Cornelia Păun Heinzel (1 juin 2013)
Ajouté par Cornelia Păun Heinzel
Commentez! | Vote! | Copie!

La Fille amoureuse
La belle fille blanche et rousse,
De la sorte, au long du buisson,
Entretient la mère Lison
À voix mélancolique et douce :
« Moi cont’ laquell’ sont à médire
Les fill’ encor ben plus q’ les gars,
J’ tiens à vous esposer mon cas,
Et c’est sans hont’ que j’ vas vous l’ dire,
Pac’ que vous avez l’humeur ronde,
Et, q’ rapportant sans v’nin ni fiel
Tout’ les affair’ au naturel,
Vous les jugez au r’bours du monde.
Tout’ petit’, j’étais amoureuse,
J’étais déjà foll’ d’embrasser...
Et, mes seize ans v’naient d’ commencer,
Que j’ m’ai senti d’êtr’ langoureuse,
Autant q’ l’âm’ j’avais l’ corps en peine :
Cachant mes larm’ à ceux d’ chez nous,
Aux champs assise, ou sur mes g’noux,
Des fois, j’ pleurais comme un’ fontaine.
Les airs de vielle et d’ cornemuse
M’étaient d’ la musique à chagrin,
Et d’ mener un’ vache au taurin
Ça m’ rendait songeuse et confuse.
J’avais d’ la r’ligion, ma mèr’ Lise,
Eh ben ! mon cœur qui s’ennuyait
Jamais alors n’ fut plus inquiet
Qu’ent’ les cierg’ et l’encens d’ l’église.
Ça m’ tentait dans mes veill’, mes sommes,
Et quoi q’ c’était ? J’en savais rien.
J’ m’en sauvais comm’ d’un mauvais chien
Quand j’trouvais en c’h’min quèq’ jeune homme,
En mêm’ temps, m’ venaient des tendresses
Oui m’ mouillaient tout’ l’âme comm’ de l’eau,
Tell’ que trembl’ les feuill’ du bouleau
J’ frémissais sous des vents d’ caresses.
Un jour, au bout d’un grand pacage,
J’ gardais mon troupeau dans des creux,
En des endroits trist’ et peureux,
À la lisièr’ d’un bois bocage ;
Or, c’était ça par un temps drôle,
Si mort q’yavait pas d’ papillons,
Passa l’ long d’ moi, tout à g’nillons,
Un grand gars, l’ bissac sur l’épaule.
Sûr ! il était pas d’ not’ vallée,
Dans l’ pays j’ l’avais jamais vu.
Pourtant, dès que j’ le vis, ça fut
Comm’ si j’étais ensorcelée !
Tout’ moi, mes quat’ membr’, lèvr’, poitrine,
J’ devins folle ! et j’ trahis alors
C’ désir trouble et caché d’ mon corps
Dont l’ rong’ment m’ rendait si chagrine.
J’ laissai là mes moutons, mes chèvres,
Et j’ suivis c’t’homme en le r’poussant,
Livrée à lui par tout mon sang,
Qui m’ brûlait comme un’ mauvais’ fièvre.
Et, lorsque j’ m’en r’vins au soir pâle,
D’ mon tourment j’ savais la raison,
Et q’ fallait pour ma guérison
Fair’ la f’melle et pratiquer l’ mâle.
D’puis c’ moment-là , je r’semble un’ louve
Qui dans l’ nombr’ des loups f’rait son choix ;
Sans plus d’ genr’ que la bêt’ des bois,
Quand ça m’ prend, faut q’ mes flancs s’émouvent !
Ivre, à tout’ ces bouch’ d’aventure
J’ bois des baisers chauds comm’ du vin ;
Ma peau s’ régal’, mon ventre a faim
De c’ tressail’ment q’est sa pâture.
Avec l’homm’ j’ai pas d’ coquett’rie,
Et quand il m’a prise et qu’on s’ tient,
Je m’ sers de lui comm’ d’un moyen,
Je n’ pens’ qu’à moi dans ma furie.
Ceux q’enjôl’ les volag’, les niaises,
Qui s’ prenn’ à l’Amour sans l’aimer,
Ont ben essayé de m’ charmer :
Ils perd’ leur temps lorsque j’ m’apaise.
Ça fait q’ jamais je n’ m’abandonne
Pour l’intérêt ou l’amitié,
Ni par orgueil ni par pitié.
C’est pour me calmer que j’ me donne !
M’ marier ? Non ! j’enrag’rais ma vie !
Tromper mon mari ? l’épuiser ?
Ou que j’ me priv’ pour pas l’user ?
Faut d’ l’amour neuf à mon envie !
L’ feu d’ la passion q’ mon corps endure
Met autant mon âme en langueur,
Et c’ qui fait les frissons d’ mon cœur,
C’est ceux qui m’ pass’ dans la nature
Avec le sentiment qui m’ glace
Mon désir n’a pas d’unisson,
Et j’ peux pas connaît’ un garçon
Sans y d’mander qu’on s’entrelace.
Tous me jett’ la pierre et m’ réprouvent,
Dis’ que j’ fais des commerc’ maudits,
Pourtant, je m’ crois dans l’ Paradis
Quand l’ plaisir me cherche et qui m’ trouve !
J’ suis franch’ de chair comm’ de pensée,
J’ livr’ ma conscience avec mon corps,
V’là pourquoi j’ n’ai jamais d’ remords
Après q’ ma folie est passée.
Eh ben ! Vous qu’êt’ bonn’, sans traîtrise,
Mer’ Lison ? Vous qu’êt’ sans défaut,
Dit’ ? à vot’ idée ? es’qu’i’ faut
Que j’ me r’pente et que j’ me méprise ? »
La vieille, ainsi, dans la droiture
De son sens expérimenté,
D’après la loi d’éternité,
La juge au nom de la Nature :
« Je n’ vois pas q’ ton cas m’embarrasse,
Ma fille ! T’as l’ corps obéissant
Au conseil libertin d’ ton sang
Qu’est une héritation d’ ta race.
C’est pas l’ vice, ni la fantaisie
Qui t’ pouss’ à l’homm’... c’est ton destin !
J’ blâm’ pas ta paillardis’ d’instinct
Pac’ qu’elle est sans hypocrisie.
Ceux qui t’appell’ traînée infâme
En vérité n’ont pas raison :
L’ sort a mis, comm’ dans les saisons,
Du chaud ou du froid dans les femmes.
Tout’ ceux bell’ moral’ qu’on leur flanque
Ell’ les écout’ sous condition :
Cell’ qui n’ cour’ pas, c’est l’occasion
Ou la forc’ du sang qui leur manque.
Et d’ailleurs, conclut la commère :
Qu’èq’ bon jour, t’auras des champis,
Si t’en fais pas, ça s’ra tant pis :
Tu chang’rais d’amour, étant mère !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

La Morte
Je viens d’enterrer ma maîtresse,
Et je rentre, au déclin du jour,
Dans ce gîte où la mort traîtresse
A fauché mon dernier amour.
En m’en allant au cimetière
Je sanglotais par les chemins,
Et la nature tout entière
Se cachait le front dans les mains.
Oh ! oui ! la nature était triste
Dans ses bruits et dans sa couleur ;
Pour un jour, la grande Égoïste
Se conformait à ma douleur.
La prairie était toute pleine
De corneilles et de corbeaux,
Et le vent hurlait dans la plaine
Sous des nuages en lambeaux :
Roulant des pleurs sous ses paupières
Un mouton bêlait dans l’air froid,
Et de la branche au tas de pierres
L’oiseau volait avec effroi.
L’herbe avait un frisson d’alarme,
Et, le long de la haie en deuil
Où tremblotait plus d’une larme,
Mon chien aboyait au cercueil.
Et, comme moi, soleil, fleur, guêpe,
Tout ce qui vole, embaume, ou luit.
Tout semblait se voiler d’un crêpe,
Et le jour était plein de nuit.
Donc, j’ai vu sa bière à la porte
Tandis que l’on sonnait son glas!…
Et maintenant, la pauvre morte
Est dans la terre ! hélas ! hélas !
En vain, j’évoque la magie
D’un être qui m’était si cher,
Et mon corps à la nostalgie
Épouvantable de sa chair ;
Ce n’est qu’en rêve que je touche
Et que j’entends et que je vois
Ses yeux, son front, ses seins, sa bouche
Et la musique de sa voix !
Matins bleus, jours gais, nuits d’extase,
Colloque à l’ombre du buisson
Où le baiser coupait la phrase
Et qui mourait dans un frisson,
Tout cela, chimères et leurre,
Dans la mort s’est évaporé !
Et je me lamente et je pleure
A jamais farouche et navré.
Je crois voir sa tête sans joue !
Horreur ! son ventre s’est ouvert :
Oh ! dans quelques jours qu’elle boue
Que ce pauvre cadavre vert !
Sur ses doigts et sur son cou roides
Pleins de bagues et de colliers,
Des bêtes gluantes et froides
Rampent et grouillent par milliers.
Oui, ce corps, jalousie atroce !
Aliment de mes transports fous,
C’est maintenant le ver féroce
Qui le mange de baisers mous.
Sa robe, son coussin de ouate,
Ses fleurs, ses cheveux, son linceul
Moisiront dans l’horrible boîte.
Son squelette sera tout seul.
Hélas! le squelette lui-même
A la fin se consumera,
Et de celle que mon cœur aime
Un peu de terre restera.
Quel drame que la pourriture
Fermentant comme un vin qui bout !…
Pièce à pièce, la créature
Se liquéfie et se dissout.
Mes illusions ? renversées !
Mon avenir ? anéanti !
Entre quatre planches vissées
Tout mon bonheur s’est englouti.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

Le Lutin
Par un soir d’hiver triste et bien de circonstance,
Un homme encor tout jeune et tout blanc de cheveux,
En ces termes, devant le plus claquant des feux,
Raconta le Lutin nié par l’assistance :
C’est pas à vous autr’, c’est certain !
Fit-il, parlant d’une manière
À la fois nette et singulière
Qu’apparaîtra jamais l’Lutin !
Pour ça, chez eux, par monts, par vaux,
Partageant leur travail, leur trêve,
Témoin d’leur sommeil et d’leur rêve,
Faut tout l’temps vivre avec les ch’vaux !
C’malin cavalier des Enfers
R’cherche l’ravineux d’un’ prairie,
L’retiré d’un’ vieille écurie,
Un’ nuit lourde avec des éclairs.
Moi, si j’ai pu l’voir de mon coin
Comme j’vous vois d’vant c’te ch’minée,
C’est qu’ tout’ les nuits, plus d’une année,
Près d’mes bêt’ j’ai couché dans l’foin.
Voici, soupira l’étranger,
Articulant presque à voix basse,
C’que dans une écurie y s’passe
Quand c’démon-là vient s’y loger.
C’est la plein’ nuit ! L’ciel orageux,
Qui brouille encor sa mauvais’ lune,
N’jette aux carreaux qu’un’ lumièr’ brune
Comm’ cell’ des fonds marécageux.
Vous êt’s là tout seul contr’ vos ch’vaux
Qui dress’ en fac’ de la mangeoire
Leur grand’ form’ rougeâtr’, blanche et noire,
L’jarret coudé sur leurs sabots.
Des fois, des tap’ments d’pieds mordant
L’pavé sec du bout d’leur ferraille,
L’broiement du foin, d’l’herbe ou d’la paille
Sous la meule égale des dents.
Mais, c’est si pareill’ment pareil,
Si toujours tout l’temps la mêm’ chose
Qu’au lieu d’vous fatiguer ça r’pose,
Ça berc’ l’ennui, l’songe et l’sommeil.
À part ça, tout s’tait dans la nuit...
L’vrai silence des araignées
Qui, bien qu’toujours embesognées,
Trouv’ moyen d’travailler sans bruit.
Là donc, au-d’sus — autour de vous,
Vous r’gardez leurs longu’ toil’ qui pendent...
À pein’ si vos oreill’ entendent
L’tonnerre au loin, grondant très doux.
Subit’ment, sans qu’ça s’soit trahi
Par quéqu’ chos’ qui craque ou qui sonne
Entr’ le Lutin !... un’ p’tit’ personne,
Qui pousse un rir’ bref... Hi-hi-hi !
Rien n’s’ouvre au moment qu’i’ paraît :
F’nêtr’, port’, plafond, rien n’se déferme,
Comm’ si l’vent qu’en apport’rait l’germe
L’engendrait là d’un coup d’secret.
Mais, sitôt entré, qu’ça descend
Dans l’écurie une vapeur rouge,
Où peureus’ment les chos’ qui bougent
Ont l’air de trembler dans du sang.
C’est tout nabot — v’lu comme un chien
Et d’une paraissanc’ pas obscure,
Puisqu’on n’perd rien d’sa p’tit’ figure
Qu’est censément fac’ de chrétien.
Toujours, avec son rir’ de vieux,
Il rôde avant de s’mettre à l’œuvre,
Dressant deux cornes en couleuvre
Qui r’luis’ aux flamm’ de ses p’tits yeux.
Brusque, en l’air vous l’voyez marcher...
Sans aile il y vol’ comme un’ chouette...
S’tient sus l’vide après chaqu’ pirouette
Comm’ s’i’ r’tombait sur un plancher.
Et le Lutin fait ses sabbats,
Faut qu’i’ r’gard’ tout, qu’i’ sent’, qu’i’ touche,
Court les murs avec ses pieds d’mouche,
Glisse au plafond la tête en bas.
Maint’nant, au travail ! Comme un fou
Vers les ch’vaux le voilà qui file,
À tous leur nouant à la file
Les poils de la tête et du cou.
Dans ces crins tordus et vrillés
Va comme un éclair sa main grêle,
Dans chaqu’ crinière qu’il emmêle
Il se façonn’ des étriers.
Puis, tel que ceux du genre humain,
L’une après l’autre, i’ mont’ chaqu’ bête,
À ch’val sur l’cou — tout près d’la tête,
En t’nant un’ oreill’ de chaqu’ main.
Alors, i’s’fait un’ grand’ clarté
Au milieu de c’te lumièr’ trouble...
L’mauvais rir’ du Lutin redouble,
Et ça rit de tous les côtés.
Son rir’ parle — on l’entend glapir :
« Hop ! hop ! » Les ch’vaux galop’ sur place,
Mais roid’ comm’ s’ils étaient en glace
Et sans autr’ bruit qu’un grand soupir.
Et tandis qu’une à une, alors,
Leurs gross’ larm’ lourdement s’égrènent...
On voit — les sueurs vous en prennent —
Danser ces ch’vaux qui paraiss’nt morts.
Puis, comm’ c’était v’nu ça s’en va.
L’écurie en mêm’ temps s’rassure :
Tout’ la ch’valin’ remâche en m’sure
Et r’cogn’ du pied sur l’caillou plat.
La s’cond’ fois vous n’êt’s que tremblant...
Mais la premier’, quell’ rude épreuve !...
Moi, ça m’en a vieilli... La preuve ?...
Ma voix basse et mes ch’veux tout blancs !
Ce récit bonhomique et simple en sa féerie
Ne laissa pourtant pas que de jeter un froid ;
Tous, avec un frisson, gagnèrent leur chez soi...
Nul ne fit, ce soir-là , sa ronde à l’écurie !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

L'Introuvable
Ton amour est-il pur comme les forêts vierges,
Berceur comme la nuit, frais comme le Printemps ?
Est-il mystérieux comme l’éclat des cierges,
Ardent comme la flamme et long comme le temps ?
Lis-tu dans la nature ainsi qu’en un grand livre ?
En toi, l’instinct du mal a-t-il gardé son mors ?
Préfères-tu, — trouvant que la douleur enivre,
Le sanglot des vivants au mutisme des morts ?
Avide de humer l’atmosphère grisante,
Aimes-tu les senteurs des sapins soucieux,
Celles de la pluie âcre et de l’Aube irisante
Et les souffles errants de la mer et des cieux ?
Et les chats, les grands chats dont la caresse griffe,
Quand ils sont devant l’âtre accroupis de travers,
Saurais-tu déchiffrer le vivant logogriphe
Qu’allume le phosphore au fond de leurs yeux verts ?
Es-tu la confidente intime de la lune,
Et, tout le jour, fuyant le soleil ennemi,
As-tu l’amour de l’heure inquiétante et brune
Où l’objet grandissant ne se voit qu’à demi ?
S’attache-t-il à toi le doute insatiable,
Comme le tartre aux dents, comme la rouille au fer ?
Te sens-tu frissonner quand on parle du diable,
Et crois-tu qu’il existe ailleurs que dans l’enfer ?
As-tu peur du remords plus que du mal physique,
Et vas-tu dans Pascal abreuver ta douleur ?
Chopin est-il pour toi l’Ange de la musique,
Et Delacroix le grand sorcier de la couleur ?
As-tu le rire triste et les larmes sincères,
Le mépris sans effort, l’orgueil sans vanité ?
Fuis-tu les cœurs banals et les esprits faussaires
Dans l’asile du rêve et de la vérité ?
— Hélas ! autant vaudrait questionner la tombe !
La bouche de la femme est donc close à jamais
Que, nulle part, le Oui de mon âme n’en tombe ?...
Je l’interroge encore et puis encore... mais,
Hélas ! autant vaudrait questionner la tombe !...
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

Les Treize Rêves
L’un des treize viveurs que la tristesse ronge
Ayant dit : « Voyons donc, qui de nous, l’autre nuit,
A fait le plus horrible songe ? »
Chacun parle à son tour et conte ce qui suit :
LE PREMIER
Je rêvais que j’étais pieds liés, bras au dos,
Dans la camisole de force :
Une dame très pâle et coiffée en bandeaux,
Les yeux fixes, la bouche torse,
Me souriait avec langueur
Et m’entrait lentement un stylet dans le cœur.
Je la regardais sans un cri, sans même
Un mouvement ; mais autant qu’elle blême !
Et si je restais là , figé de telle sorte,
C’est que je l’avais vu : « La dame était morte ! »
LE SECOND
Par des tunnels bas, des corridors froids,
Par de longs souterrains étroits,
J’arrivais dans un carrefour.
J’entendais qu’on chauffait le four
Quelque part, ici, là , mais je n’y voyais goutte.
Soudain, je reculais, et ma vue effarée
Brûlait au rouge ardent d’une gueule cintrée…
Puis, la voix de quelqu’un invisible ordonnait
Qu’on me prît… et l’on m’enfournait
Dans le brasier claquant qui pourléchait sa voûte.
LE TROISIÈME
On me guillotinait : l’exécuteur narquois
S’y reprenait à plusieurs fois.
Ce n’était qu’au septième coup
Que ma tête quittait mon cou.
Dans le baquet de son qui lui semblait un gouffre
Elle roulait, elle roulait…
Tandis que son tronc qui la revoulait
Geignait en saignant : « Je souffre, je souffre. »
LE QUATRIÈME
J’entrais dans un palais dont les portes ouvertes
Se refermaient sur moi. Par des salles désertes
J’errais — la puanteur me faisait trébucher ;
L’horreur et le dégoût retenaient mon haleine…
Je le crois bien… Les murs, le plafond, le plancher
N’étaient qu’un grouillement de pourriture humaine !
LE CINQUIÈME
Fléchissant sous l’énorme poids
De je ne sais quelle bête,
J’allais seul, la nuit, par une tempête.
Les objets dans un noir de poix
Avaient fini par se dissoudre.
Tout l’espace n’était qu’une rumeur de foudre ;
Et nul éclair ! rien ! les ténèbres seulement
Précédaient et suivaient l’infini grondement.
Pas de pluie ! aucunes rafales !
Mais un grand cri, par intervalles,
Un grand gémissement, fou, d’un plaintif aigu,
Tel que je n’en ai jamais entendu !…
Comme un chant d’horreur extraordinaire
Accompagné par le tonnerre…
LE SIXIÈME
J’étais très malade — en danger de mort.
Quand même, j’espérais encor,
Ma mère persistant à me crier : « Courage ! »
Au pied du lit, debout, malgré son grand âge.
Je noyais longuement mes regards anxieux
Dans le rassurant de ses yeux.
Enfin, elle venait s’asseoir à mon chevet :
Toujours plus nos regards échangeaient la caresse
De la confiance et de la tendresse.
Brusquement, elle se levait,
M’enlaçait, pareille aux serpents des jungles,
Et m’étouffait avec ses ongles.
Ma mère n’était plus qu’une sorcière folle…
— Qu’à jamais loin de moi ce cauchemar s’envole !…
LE SEPTIÈME
Tiens ! moi, j’avais aussi la démence méchante :
En face d’un grand billot plat
J’aiguisais vite une serpe tranchante
Qui luisait d’un terrible éclat.
Soudain je dis : « Vas-y ! puisque si bien tu flambes ! »
Et, successivement, je me coupai les jambes,
Ensuite, la main gauche ; et, quand je m’éveillai,
Mes dents mordaient encore au moignon droit broyé !
LE HUITIÈME
J’étais dans le caveau d’un immense musée
De cire, et ma vue était médusée
Par des mannequins froids et solennels
Qui représentaient de grands criminels.
Je frissonnais bien, mais je tenais ferme.
Tout à coup, une voix longue criait : « On ferme ! »
Je me précipitais pour sortir, plus d’issue !…
À la voûte, plus de clarté,
Toute la cave était tissue
D’une compacte obscurité.
J’appelais avec violence,
Rien ne répondait qu’un morne silence ;
Et je sentais la solitude en haut,
Dans la salle au-dessus de mon noir cachot.
Alors, se rallumaient les lampes,
Et je voyais — l’effroi m’en glace encor les tempes ! —
Tous ces mannequins s’animer hideux
Pendant que je claquais des dents au milieu d’eux.
LE NEUVIÈME
En chair, en os, j’étais reptile infâme,
Crapaud pelotonné sur le sein d’une femme.
Tout ramassé dans ma laideur,
Immobilisé de lourdeur.
Je ne pouvais bouger de cette place
Où je mettais mon froid de glace.
J’étais si conscient de mon corps odieux
Que des larmes mouillaient le rouge de mes yeux,
Et qu’en moi, par degrés, je sentais s’accroître
Les battements du cœur, des flancs et du goitre.
J’aurais tant voulu, pauvre bête affreuse,
M’en aller de la malheureuse !…
Sa respiration courte, inégalement,
Soulevait mon poids opprimant…
À la fin, elle dit d’une voix chagrine :
« Mais ! qu’est-ce que j’ai donc là , sur la poitrine ? »
Elle alluma — me vit — mourut dans la stupeur,
Après un hurlement de peur.
Et le réveil — horreur qui navre !
Me retrouvait crapaud pleurant sur un cadavre.
LE DIXIÈME
Je perdis l’équilibre au bord glissant d’un puits.
Exprimer ce que j’ai ressenti… Je ne puis.
Ainsi qu’un fil qui se dévide
Je descendais lent dans le vide ;
Sous ma chute le rond du gouffre ténébreux
S’élargissait toujours plus creux ;
Et, comme si toujours d’une nouvelle cime
Je redégringolais dans un nouvel abîme,
Dans l’indéfiniment profond
Je tombais sans toucher le fond.
LE ONZIÈME
Un ennemi Protée, un fantôme changeant
Me poursuivait partout, marchant, volant, nageant !
Je voulais fuir le monstre, ou la bête, ou la morte…
Mes pas restaient figés dans de la colle forte.
Puis, j’étais dans un lit sans rideaux. Tout en face
Pendait juste une immense glace,
Si bien qu’avant le coup j’ai pu voir l’éclair froid
Du couteau qu’une main tenait levé sur moi.
LE DOUZIÈME
Un moutonnement faible, un bombement très vague,
Comme d’une herbe ou d’une vague,
Tout au fond de la chambre attirait mon regard :
Et voici qu’en un jour blafard
Je voyais de dessous une ample couverture
Sortir un énorme serpent
Dont j’allais être la pâture.
Moitié dressé, moitié rampant,
Lent, cauteleux, avec un silence farouche,
Il arrivait jusqu’à ma couche.
Tout vibrant de fluide et la gueule en arrêt,
Le magnétiseur me considérait.
Puis, les crochets dardés en flammettes furtives,
Il sifflait rauque ainsi que les locomotives,
Et j’entendais bientôt craquer mes os
Sous le vissement lisse et froid de ses anneaux.
Et le treizième, enfin, dit d’une voix d’homme ivre :
— Étant mort enterré, je me sentais revivre…
Et je ressuscitais !… Dans l’enclos gazonné
D’où je sortais comme un damné,
Les défunts me criaient, les uns après les autres :
« Non ! tu ne seras plus des nôtres !
« Pour qui s’est lassé d’être, en son ennui béant,
« Au moins le suicide avance le néant !
« Mais, toi, ta vie ayant l’intarissable source,
« Tu n’auras pas cette ressource.
« Tu dois exister désormais
« Pour jamais ! pour jamais !
« Retourne au mal, au deuil, à l’argent, aux amours,
« Pour toujours ! pour toujours !
« Va-t-en lutter, souffrir, penser,
« Sans plus repouvoir trépasser ! »
Il se tut. La parole eut un instant sa trêve.
Puis, les douze premiers unissant, Ã la fois
Leurs frémissements et leurs voix,
S’écrièrent : « Voilà le plus horrible rêve !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!

Le Distrait
Le bon père Sylvain, ayant bu sa chopine,
Des bras et du bonnet opine
Pour le patron du cabaret
Qui vient de l’appeler en riant : « Vieux distrait !
« C’est ben vrai ! Je l’dis sans mystère,
Si j’suis l’plus fin buveur de vin
J’suis aussi l’plus distrait d’la terre,
Fait, goguenardement, le vieux père Sylvain.
En vill’, cheux nous, où que j’me mouve,
Quoi que j’dise ou que j’fasse’, ya pas !
Mêm’ dans les affair’ du trépas,
J’suis toujours distrait, et j’le prouve :
Il faut dir’ que c’jour-là , ma foi !
Les gens fur’ coupab’ autant q’moi.
L’nouveau-né d’ma voisine étant donc mort-défunt,
J’fus à l’enterr’ment comm’ chacun.
Asseyez-vous ! qu’on m’dit, pèr’ Sylvain ! J’prends une chaise,
J’étais pas mal, sans être à l’aise...
C’était par un ch’ti temps d’décembre
Qui brouillait l’jour gris dans la chambre ;
Les uns étaient en réflexion,
D’aut’ pleuraient, sans faire attention.
V’là q’celui qui port’ les p’tits morts
Arrive et dit : « Où donc q’ya l’corps ? »
On cherch’ partout, à gauche, à droite,
Tant qu’enfin l’pèr’, v’nant à trouver,
M’fait signe en colèr’ de m’lever :
J’m’étais ben assis d’sus la boîte !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
Commentez! | Vote! | Copie!


Pantouns des saisons
Dans la vie est toujours un printemps
Avec la danse au vent de fleurs des champs.
Dans mon âme est toujours un printemps
Quand je suis tranquille, contente.
Dans la vie est toujours l’été,
Et le soleil et la chaleur sont arrivés.
Dans mon âme est toujours l’été,
Quand je peux faire ce à quoi j’ai pensé.
Dans la vie est toujours l’automne,
Quand tombent et feuilles et pommes.
Dans mon âme est toujours l’automne,
Quand j’aime très fort un homme.
Je crois que la vie est l’hiver
Avec le blanc, dans le monde entier.
Dans mon âme est toujours l’hiver
Quand j’aime tout ce que je dois faire.
poésie de Cornelia Păun Heinzel de Pantouns Lettres de Malaisie (1 septembre 2013)
Ajouté par Cornelia Păun Heinzel
Commentez! | Vote! | Copie!
