
Apocrypha
Le temps promène ses montres
Habillées en civil.
D'un chien court une langue.
Puis, une semaine passe.
Le clou pénètre dans le mur
Et le seau dans le puits.
Et dans la cuisine pur
Cuire tasses se mûrissent et attentent
Suspendu avec l'eau dans la bouche.
poésie de Emil Brumaru, traduction par Cristina Lila
Ajouté par Cristina Lila
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Des citations similaires
La Locomotive
Dans la vespérale torpeur,
Je fouette ma jument rétive
Qui trotte ombrageuse et craintive
En ruant sur mon chien jappeur.
— Et l’arbre fuit avec stupeur
Comme une ombre lente et furtive.
Dans la vespérale torpeur,
Je fouette ma jument rétive.
Soudain passe à toute vapeur
Une grande locomotive,
Si lumineuse et si plaintive
Que ma bête hennit de peur
Dans la vespérale torpeur.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Le Soliloque d'un menuisier
« Encore un clou ! plus qu’un, et ma besogne est faite.
« Je m’en doutais ; c’est drôle et, sans être prophète,
« Je m’étais toujours dit : « Ce riche mourra tôt. »
« Je n’ai pas épargné les bons coups de marteau,
« Et je puis me vanter que sa bière est parfaite !
« J’ai vu sa face : elle est horrible et stupéfaite !
« Il sera mort sans doute au milieu d’une fête.
« Bah ! cousons fortement son affreux paletot :
« Encore un clou ! »
« C’est le sort, chacun meurt : en bas, et sur le faîte.
« Tous les vainqueurs du monde ont chez moi leur défaite.
« Hélas ! j’aurai mon tour ! Un confrère bientôt
« Peut s’écrier, penché sur mon dernier manteau :
« — Sa bière, dans vingt ans, ne sera pas défaite.
« Encore un clou ! »
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Descends et dors dans cet arbre, dans cet arbre.
Repousse la terre dans cet arbre, dans cet arbre.
Ecope la terre dans cet arbre, dans cet arbre.
Désinvente le noir dans cet arbre, dans cet arbre.
Reconstruis des jambes dans cet arbre, dans cet arbre.
Décline les poussières dans cet arbre, dans cet arbre.
Coupe la lumière dans cet arbre, dans cet arbre.
Emplis les orbites dans cet arbre, dans cet arbre.
Ecris, écris toi vivante dans cet arbre.
citation de Jacques Roubaud
Ajouté par Doina Maria Tudor
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Le Chien enragé
Le chien noir me poursuit dans l’orage
A travers de hideux pays plats,
Et tous deux, tristes comme des glas,
Nous passons labour et pâturage.
Il franchit buisson, mur et barrage…
Et je n’ai pas même un échalas !
Le chien noir me poursuit dans l’orage
A travers de hideux pays plats.
Et, songeant aux martyrs de la rage
Qu’on étouffe entre deux matelas,
Je chemine, effroyablement las,
Presqu’à bout de force et de courage…
Le chien noir me poursuit dans l’orage !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Mon âme, Psyché
Un ange est venu et m’a dit:
- T’es un porc de chien,
vermine et groin.
L’herbe pue sous ton ombre
qui lui pèse.
Et ton haleine sent la boue!
- Mais pourquoi, lui criais-je, pourquoi?
- Sans raison!
Un ange est venu et m’a dit:
- Le verre est plus transparent
que la plus limpide de tes pensées!
Après ta mort, les vers
grouilleront dans tes narines, dans ta gueule,
dans ton groin, dans ta trompe!
- Pourquoi, lui criais-je, pourquoi?
- Sans raison, m’a-t-il répondu...
Puis l’ange, ah, l’ange, ah, l’ange, ah, l’ange,
s’envola, ses ailes d’or flottant
dans l’air d’or.
Des papillons d’or
voltigeaient dans l’aura de l’ange d’or.
Il volait ahuri,
tout en or,
s’éloignant aux lointains mordorés
où sombrait un soleil baigné d’or.
- Pourquoi t’éloignes-tu de moi,
lui criais-je, pourquoi me quittes-tu, pourquoi?
- Sans raison, m’a-t-il répondu. Sans raison...
poésie de Nichita Stănescu de Dans le doux style classique (1970), traduction par Lucia Sotirova
Ajouté par Dan Costinaş
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Ballade du cadavre
Dès qu’au clocher voisin l’âme a volé tout droit
Et dit au vieux bourdon : « Glas ! il faut que tu tintes !
Le cadavre plombé dont la chaleur décroît,
Nez réduit, bouche ouverte et prunelles éteintes,
Se roidit en prenant la plus blême des teintes.
Puis, l’Ange noir chuchote à ce morceau de chair :
« Qu’on te regrette ou non, cercueil cher ou pas cher,
« Avec où sans honneurs, tout nu comme en toilette,
« À six pieds dans le sol tu subiras, mon cher,
« La pourriture lente et l’ennui du squelette ! »
Après la mise en bière, on procède au convoi :
Or, si peu de pleurs vrais et tant de larmes feintes
Gonflent l’œil des suiveurs, que le Mort qui les voit,
Trouve encor sur son masque où les stupeurs sont peintes
La grimace du cri, du reproche et des plaintes.
L’orgue désespéré gronde comme la mer,
Le plain-chant caverneux traîne un sanglot amer
Et l’encensoir vacille avec sa cassolette ;
Mais tout cela, pour lui, chante sur le même air
La pourriture lente et l’ennui du squelette.
Durant l’affreux trajet, il songe avec effroi
Qu’on va le perdre au fond d’éternels labyrinthes ;
Sur ses mains, sur ses pieds, sur tout son corps si froid
La mort de plus en plus incruste ses empreintes,
Et le linceul collant resserre ses étreintes.
Il tombe dans la fosse, et bientôt recouvert
D’argile et de cailloux mêlés de gazon vert,
Le malheureux défunt, dans une nuit complète,
S’entend signifier par la bouche du ver
La pourriture lente et l’ennui du squelette.
ENVOI.
Oh ! qu’il te soit donné, Flamme, sœur de l’éclair,
À toi, Démon si pur qui fais claquer dans l’air
Ta langue aux sept couleurs, élastique et follette,
D’épargner au cadavre, avec ton baiser clair,
La pourriture lente et l’ennui du squelette.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Les Babillardes
Bavardes comme des perruches,
Elles cheminent vers le puits
Qui bâille au milieu des grands buis,
— Les abeilles rentrent aux ruches,
En grignotant le pain des huches,
Elles font des haltes, et puis,
Bavardes comme des perruches,
Elles cheminent vers le puits.
Elles vont balançant leurs cruches,
Et moi, des yeux, tant que je puis,
Dans le crépuscule je suis
Ces diseuses de fanfreluches,
Bavardes comme des perruches.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Si nous sommes vraiment dans l’instant, nous ne sommes plus dans le temps. Il n’y a plus ni passé ni futur.
citation de Arnaud Desjardins
Ajouté par Micheleflowerbomb
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Oh! être couchés côte à côte dans le même tombeau, la main dans la main, et de temps en temps, dans les ténèbres, nous caresser doucement un doigt, cela suffirait à mon éternité.
Victor Hugo dans Les Misérables (1862)
Ajouté par Simona Enache
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Pantouns des saisons
Dans la vie est toujours un printemps
Avec la danse au vent de fleurs des champs.
Dans mon âme est toujours un printemps
Quand je suis tranquille, contente.
Dans la vie est toujours l’été,
Et le soleil et la chaleur sont arrivés.
Dans mon âme est toujours l’été,
Quand je peux faire ce à quoi j’ai pensé.
Dans la vie est toujours l’automne,
Quand tombent et feuilles et pommes.
Dans mon âme est toujours l’automne,
Quand j’aime très fort un homme.
Je crois que la vie est l’hiver
Avec le blanc, dans le monde entier.
Dans mon âme est toujours l’hiver
Quand j’aime tout ce que je dois faire.
poésie de Cornelia Păun Heinzel de Pantouns Lettres de Malaisie (1 septembre 2013)
Ajouté par Cornelia Păun Heinzel
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La Pipe
Je suis la pipe d'un auteur;
On voit, Ã contempler ma mine
D'Abyssinienne ou de Cafrine,
Que mon maître est un grand fumeur.
Quand il est comblé de douleur,
Je fume comme la chaumine
Où se prépare la cuisine
Pour le retour du laboureur.
J'enlace et je berce son âme
Dans le réseau mobile et bleu
Qui monte de ma bouche en feu,
Et je roule un puissant dictame
Qui charme son coeur et guérit
De ses fatigues son esprit.
poésie de Charles Baudelaire de Les Fleurs du mal
Ajouté par Simona Enache
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La Pipe
Quand l’uniformité m’écœure,
Dans la rue ou dans la maison,
Que de fois pour nuager l’heure
Je savoure ton cher poison !
Ô ma coupe de nicotine,
Mon regard jubile en suivant
Ta fumée errante et lutine
Comme l’onde et comme le vent !
Quel doux philtre dans ces bouffées
Que j’aspire par ton cou noir !
Seul avec toi, je vois des fées
Dansant au sommet d’un manoir.
Humant ton odeur tabagique
Plus subtile que des parfums,
Au milieu d’un rêve magique,
J’évoque mes amis défunts ;
Et ma spectrale bien-aimée,
Avec son regard alarmant,
Sur tes spirales de fumée
Flotte mystérieusement.
Ton brouillard est l’escarpolette
Qui berce mes jours et mes nuits ;
Tu chasses comme une amulette
Mes cauchemars et mes ennuis.
Et je cuis mon dégoût du monde
Dans ton fourneau large et profond :
Je trouve l’homme moins immonde
En te fumant, l’œil au plafond.
Tu montres à ma fantaisie
Qui s’enveloppe d’un linceul,
Des horizons de poésie
Où le vers s’ébauche tout seul ;
Et pour moi ta saveur bénie,
Délicieuse d’âcreté,
Conserve en sa monotonie
Une éternelle nouveauté !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Un court moment passé avec une personne que l'on aime et que l'on ne voit pas souvent, on pourrait en dire: C'est un court moment dont on savoure le souvenir longtemps.
citation de Jules Renard
Ajouté par Simona Enache
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Le temps est élastique. Avec un peu d'adresse on peut avoir l'air d'être toujours dans un endroit et être toujours dans un autre.
Jean Cocteau dans Les parents terribles
Ajouté par Simona Enache
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La Lune
La lune a de lointains regards
Pour les maisons et les hangars
Qui tordent sous les vents hagards
Leurs girouettes ;
Mais sa lueur fait des plongeons
Dans les marais peuplés d’ajoncs
Et flotte sur les vieux donjons
Pleins de chouettes !
Elle fait miroiter les socs
Dans les champs, et nacre les rocs
Qui hérissent les monts, par blocs
Infranchissables ;
Et ses chatoiements délicats
Près des gaves aux sourds fracas
Font luire de petits micas
Parmi les sables !
Avec ses lumineux frissons
Elle a de si douces façons
De se pencher sur les buissons
Et les clairières !
Son rayon blême et vaporeux
Tremblote au fond des chemins creux
Et rôde sur les flancs ocreux
Des fondrières.
Elle promène son falot
Sur la forêt et sur le flot
Que pétrit parfois le galop
Des vents funèbres ;
Elle éclaire aussi les taillis
Où, cachés sous les verts fouillis,
Les ruisseaux font des gazouillis
Dans les ténèbres.
Elle argente sur les talus
Les vieux troncs d’arbres vermoulus
Et rend les saules chevelus
Si fantastiques,
Qu’à ses rayons ensorceleurs,
Ils ont l’air de femmes en pleurs
Qui penchent au vent des douleurs
Leurs fronts mystiques.
En doux reflets elle se fond
Parmi les nénuphars qui font
Sur l’étang sinistre et profond
De vertes plaques ;
Sur la côte elle donne aux buis
Des baisers d’émeraude, et puis
Elle se mire dans les puits
Et dans les flaques !
Et, comme sur les vieux manoirs,
Les ravins et les entonnoirs,
Comme sur les champs de blés noirs
Où dort la caille,
Elle s’éparpille ou s’épand,
Onduleuse comme un serpent,
Sur le sentier qui va grimpant
Dans la rocaille !
Oh ! quand, tout baigné de sueur,
Je fuis le cauchemar tueur,
Tu blanchis avec ta lueur
Mon âme brune ;
Si donc, la nuit, comme un hibou,
Je vais rôdant je ne sais où,
C’est que je t’aime comme un fou ;
O bonne Lune !
Car, l’été, sur l’herbe, tu rends
Les amoureux plus soupirants,
Et tu guides les pas errants
Des vieux bohèmes ;
Et c’est encore ta clarté,
O reine de l’obscurité,
Qui fait fleurir l’étrangeté
Dans mes poèmes !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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La Confidence
Tu me disais hier avec un doux sourire :
« Oh ! oui ! puisqu’il est vrai que mon amour t’inspire,
« Je m’en vais t’aimer plus encor !
« Que pour toujours alors, poète qui m’embrases,
« La fleur de l’idéal embaume tes extases
« Dans un brouillard de nacre et d’or ! »
— Et moi, je savourais tes paroles sublimes,
Mon âme s’envolait dans les airs, sur les cimes,
Et l’énigme se dévoilait.
L’étang pour ma pensée étoilait ses eaux mornes,
Et fraternellement la stupeur des viornes
Avec la mienne se mêlait.
Alors, je comprenais le mystère des choses.
Ce verbe de parfums que chuchotent les roses
Vibrait tendre dans mes douleurs ;
Ce qui pleure ou qui rit, ce qui hurle ou qui chante,
Tout me parlait alors d’une voix si touchante
Que mes yeux se mouillaient de pleurs.
Le bœuf languissamment étendu près d’un saule
Et clignant ses grands yeux en se léchant l’épaule
Qu’ont fait saigner les aiguillons ;
Les veaux effarouchés, trottant par les pelouses
Où viennent folâtrer, sur l’or bruni des bouses,
Libellules et papillons ;
Le poulain qui hennit avec des bonds superbes
Auprès de la jument paissant les hautes herbes,
Les grillons dans le blé jauni ;
Le soleil s’allumant rouge dans les bruines
Et baignant de clartés sanglantes les ruines
Où la chouette fait son nid ;
L’ânon poilu tétant sa nourrice qui broute,
La pie aux yeux malins sautillant sur la route,
L’aspic vif et les crapauds lourds,
Le chien, la queue au vent, et l’œil plein de tendresse,
Approchant son museau de mes doigts qu’il caresse
Avec sa langue de velours ;
Les ruisseaux hasardeux, les côtes, les descentes,
Le brin d’herbe du roc, et la flaque des sentes,
L’arbre qui dit je ne sais quoi ;
La coccinelle errant dans la fraîcheur des mousses :
Parfum, souffle, musique, apparitions douces,
La nature vivait en moi.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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M. Smith: Il y a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi à la rubrique de l'état civil, dans le journal, donne-t-on toujours l'âge des personnes décédées et jamais celui des nouveau-nés? C'est un non-sens.
réplique de La cantatrice chauve, scénario de Eugène Ionesco (11 mai 1950)
Ajouté par Dan Costinaş
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La baigneuse
Le temps chauffe, ardent, radieux ;
Le sol brûle comme une tôle
Dans un four. Nul oiseau ne piaule,
Tout l'air vibre silencieux...
Si bien que la bergère a confié son rôle
A son chien noir aussi bon qu'il est vieux.
Posant son tricot et sa gaule,
Elle ôte, à mouvements frileux,
Robe, chemise, et longs bas bleus :
Sa nudité sort de sa geôle.
Tout d'abord, devant l'onde aux chatoiements vitreux
Elle garde un maintien peureux,
Mais enfin, la chaleur l'enjôle,
Elle fait un pas et puis deux...
Mais si l'endroit est hasardeux ?
Si l'eau verte que son pied frôle
Allait soudainement lui dépasser l'épaule ?
Mieux vaut se rhabiller ! mais avant, sous un saule,
D'un air confus et curieux,
Elle se regarde à pleins yeux
Dans ce miroir mouvant et drôle.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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Le Cabriolet
Dans mon petit cabriolet
Je ramenais la grosse Adèle.
Tête basse, ma haridelle
Mélancolique détalait.
Mon jeune chien cabriolait
Et courait après l’hirondelle.
Dans mon petit cabriolet
Je ramenais la grosse Adèle.
Or, aux frissons de son mollet
Je lui parlai d’amour fidèle,
Tant et si bien que j’obtins d’elle
Le baiser que mon cœur voulait,
Dans mon petit cabriolet.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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L'Enfer
Dans l'enfer, Satan fait étendre
Des barreaux et des grils ardents,
Et sourd, ne voulant rien entendre,
Il dit aux pécheurs imprudents
Que leur âme n’est plus à vendre.
Riant d’un air qui n’est pas tendre,
Pour activer ses intendants,
Il court comme une salamandre
Dans l’enfer.
Sans jamais se réduire en cendre
Tous les damnés grincent des dents,
Et réclament à cris stridents
Que la mort vienne les reprendre !...
Mais la mort ne peut pas descendre
Dans l’enfer !
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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