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La Jarretière

Cette vipère de buisson
D’une grosseur surnaturelle
Jarretiérait la pastourelle
Qui donnait, un jour de moisson.

Au froid de ce vivant glaçon,
Elle ouvrit l’œil et vit sur elle
Cette vipère de buisson
D’une grosseur surnaturelle.

Comment oublier la façon
Dont la mignonne enfant si frêle,
Pâle, du bout de mon ombrelle,
Désenroula sans un frisson
Cette vipère de buisson !

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La Mauvaise Rencontre

Il fait un de ces temps où la sueur vous trempe,
Où l’on est de plomb pour marcher,
Gorge sèche et feu dans les tempes.
Sur le haut d’un petit rocher
Un grand chat noir se tient juché,
Tandis que juste au bas une vipère rampe.

D’où vient ce chat lisse et narquois
Qui n’a pas du tout l’air de vivre dans les bois ?
Pourquoi, si tard, cette vipère
N’est-elle pas dans son repaire ?

L’une, par sa langue fourchue,
L’autre, par le vert de ses yeux,
Illuminent, mystérieux,
Leur coin de lumière déchue.

Le silence plein de féerie
Parfois est coupé seulement
D’un sarcastique sifflement,
D’une amère miaulerie.

Et, par ce soleil au déclin,
Le reptile et le beau félin
Sont d’une horreur inoubliable.
Il semble qu’en ce lieu discret
Sous deux formes vous apparaît
La personne même du diable !

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L'Écrevisse

Elle voyage à sa façon
Autour d’un petit rocher maigre ;
Son ruisseau, chuchoteur allègre.
Est caché par un grand buisson.

Tandis qu’un merle polisson
Raille un pivert à la voix aigre,
Elle voyage à sa façon
Autour d’un petit rocher maigre.

Et, lente comme un limaçon,
Noire comme la peau d’un nègre,
Narguant le poivre et le vinaigre,
Et le rouge de la cuisson,
Elle voyage à sa façon.

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Antoine de Saint-Exupéry

Je demande pardon aux enfants d'avoir dédié ce livre à une grande personne. J'ai une excuse sérieuse : cette grande personne est le meilleur ami que j'ai au monde. J'ai une autre excuse : cette grande personne peut tout comprendre, même les livres pour enfants. J'ai une troisième excuse : cette grande personne habite la France où elle a faim et froid. Elle a besoin d'être consolée. Si toutes ces excuses ne suffisent pas, je veux bien dédier ce livre à l'enfant qu'a été autrefois cette grande personne. Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants. (Mais peu d'entre elles s'en souviennent.)

Antoine de Saint-Exupéry dans Le Petit Prince (1943)Signalez un problèmeDes citations similaires
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Les Deux Serpents

Fuis la femme, crains la vipère,
En tous lieux, en toute saison,
Et prends garde à leur trahison,
Même à l’heure où ton âme espère !

Ces deux serpents-là font la paire :
L’Amour est jumeau du Poison.
Fuis la femme, crains la vipère,
En tous lieux, en toute saison !

Avec le soupçon pour compère,
Avec la Mort pour horizon,
Cours la Vie ! et que la Raison
Soit toujours ton point de repère !
Fuis la femme, crains la vipère !

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La Voix

Voix de surnaturelle amante ventriloque
Qui toujours me pénètre en voulant m’effleurer ;
Timbre mouillé qui charme autant qu’il interloque,
Son bizarre d’un triste à vous faire pleurer ;
Voix de surnaturelle amante ventriloque !

Dit par elle, mon nom devient une musique :
C’est comme un tendre appel fait par un séraphin
Qui m’aimerait d’amour et qui serait phtisique.
Ô voix dont mon oreille intérieure a faim !
Dit par elle, mon nom devient une musique.

Très basse par instants, mais jamais enrouée ;
Venant de dessous terre ou bien de l’horizon,
Et quelquefois perçante à faire une trouée
Dans le mur de la plus implacable prison ;
Très basse par instants, mais jamais enrouée ;

Oh ! comme elle obéit à l’âme qui la guide !
Sourde, molle, éclatante et rauque, tour à tour ;
Elle emprunte au ruisseau son murmure liquide
Quand elle veut parler la langue de l’amour :
Oh ! comme elle obéit à l’âme qui la guide !

Et puis elle a des sons de métal et de verre :
Elle est violoncelle, alto, harpe, hautbois ;
Elle semble sortir, fatidique ou sévère,
D’une bouche de marbre ou d’un gosier de bois
Et puis elle a des sons de métal et de verre.

Tu n’as jamais été l’instrument du mensonge ;
Ô la reine des voix, tu ne m’as jamais nui ;
Câline escarpolette où se berce le songe,
Philtre mélodieux dont s’abreuve l’ennui,
Tu n’as jamais été l’instrument du mensonge.

Tout mon être se met à vibrer, quand tu vibres,
Et tes chuchotements les plus mystérieux
Sont d’invisibles doigts qui chatouillent mes fibres ;
Ô voix qui me rends chaste et si luxurieux,
Tout mon être se met à vibrer, quand tu vibres !

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Le Monstre

En face d’un miroir est une femme étrange
Qui tire une perruque où l’or brille à foison,
Et son crâne apparaît jaune comme une orange
Et tout gras des parfums de sa fausse toison.

Sous des lampes jetant une clarté sévère
Elle sort de sa bouche un râtelier ducal,
Et de l’orbite gauche arrache un œil de verre
Qu’elle met avec soin dans un petit bocal.

Elle ôte un nez de cire et deux gros seins d’ouate
Qu’elle jette en grinçant dans une riche boîte,
Et murmure : « Ce soir, je l’appelais mon chou ;

« Il me trouvait charmante à travers ma voilette !
« Et maintenant cette Ève, âpre et vivant squelette,
« Va désarticuler sa jambe en caoutchouc ! »

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Sur une croix

Dans ce pays lugubre et si loin de la foule,
Un cimetière d’autrefois,
Bien souvent m’attirait avec sa grande croix
Dont la tête et les bras se terminaient en boule.

Or, fin d’automne, un soir que tout était plongé
Dans une mourante lumière,
Je m’arrêtai pour voir la croix du cimetière...
Qu’avait-elle donc de changé ?

De façon peu sensible et pourtant singulière,
Son sommet s’était allongé.
Et, curieusement, saisi, le sang figé,
Immobile comme une pierre,
Vers elle je tenais tendus l’œil et le cou,
Lorsqu’un chat-huant tout à coup
Vint à s’envoler de sa cime !
Et, j’en eus le frisson intime :
Cette bête incarnait l’âme d’un mauvais mort
Sur le haut de la croix méditant son remord.

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Le Cauchemar d'un ascète

La vipère se tint debout sur ma savate,
Me fascina, fondit sur moi du premier coup,
Et se laissant glisser de ma tête à mon cou,
Me fit une onduleuse et sifflante cravate.

Puis elle déroula ses longs anneaux ; et fou,
Tout mon corps, possédé du monstre à tête plate,
Ressentit au milieu d’une brume écarlate
La froide ubiquité d’un enlacement mou.

Mais voilà que la bête, humectant son œil louche,
Prit des seins, des cheveux, des membres, une bouche,
Et resserra ses nœuds d’un air passionné :

« Oh ! redeviens serpent ! hurlai-je, horrible dame,
« J’aime mieux, si je dois mourir empoisonné,
« Cent morsures d’aspic qu’un seul baiser de femme !

poésie de Maurice RollinatSignalez un problèmeDes citations similaires
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Un secret

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère
Un amour éternel en un moment conçu:
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.

Hélas! j'aurai passé près d'elle inaperçu,
Toujours à ses côtés et pourtant solitaire;
Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,
N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
Ce murmure d'amour élevé sur ses pas.

A l'austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle:
"Quelle est donc cette femme ?" Et ne comprendra pas!

poésie de Felix ArversSignalez un problèmeDes citations similaires
Ajouté par Simona Enache
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La goutte que tu donnes, on ne sait jamais quelle grosseur elle peut atteindre.

citation de Laurent ViensSignalez un problèmeDes citations similaires
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La Buveuse d'absinthe

Elle était toujours enceinte,
Et puis elle avait un air...
Pauvre buveuse d’absinthe !

Elle vivait dans la crainte
De son ignoble partner :
Elle était toujours enceinte.

Par les nuits où le ciel suinte,
Elle couchait en plein air.
Pauvre buveuse d’absinthe !

Ceux que la débauche éreinte
La lorgnaient d’un œil amer :
Elle était toujours enceinte !

Dans Paris, ce labyrinthe
Immense comme la mer,
Pauvre buveuse d’absinthe,

Elle allait, prunelle éteinte,
Rampant aux murs comme un ver...
Elle était toujours enceinte !

Oh ! cette jupe déteinte
Qui se bombait chaque hiver !
Pauvre buveuse d’absinthe !

Sa voix n’était qu’une plainte,
Son estomac qu’un cancer :
Elle était toujours enceinte !

Quelle farouche complainte
Dira son hideux spencer !
Pauvre buveuse d’absinthe !

Je la revois, pauvre Aminte,
Comme si c’était hier :
Elle était toujours enceinte !

Elle effrayait maint et mainte
Rien qu’en tournant sa cuiller ;
Pauvre buveuse d’absinthe !

Quand elle avait une quinte
De toux, — oh ! qu’elle a souffert,
Elle était toujours enceinte ! —

Elle râlait : « Ça m’esquinte !
Je suis déjà dans l’enfer. »
Pauvre buveuse d’absinthe !

Or elle but une pinte
De l’affreux liquide vert :
Elle était toujours enceinte !

Et l’agonie était peinte
Sur son œil à peine ouvert ;
Pauvre buveuse d’absinthe !

Quand son amant dit sans feinte :
« D’débarras, c’en est un fier !
« Elle était toujours enceinte. »
— Pauvre buveuse d’absinthe !

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Mademoiselle Squelette

Mademoiselle Squelette !
Je la surnommais ainsi :
Elle était si maigrelette !

Elle était de la Villette,
Je la connus à Bercy,
Mademoiselle Squelette.

Très ample était sa toilette,
Pour que son corps fût grossi :
Elle était si maigrelette !

Nez camard, voix aigrelette ;
Mais elle me plut ainsi,
Mademoiselle Squelette.

J’en fis la bizarre emplette.
Ça ne m’a pas réussi,
Elle était si maigrelette !

Elle aimait la côtelette
Rouge, et le vin pur aussi,
Mademoiselle Squelette !

Sa bouche un peu violette
Avait un parfum ranci,
Elle était si maigrelette !

Comme elle était très follette,
Je l’aimai couci-couci,
Mademoiselle Squelette.

Au lit, cette femmelette
Me causa plus d’un souci :
Elle était si maigrelette !

Puis un jour je vis seulette,
L’œil par les pleurs obscurci,
Mademoiselle Squelette,

Cherchant une gouttelette
De sang très peu cramoisi :
Elle était si maigrelette !

Sa phtisie étant complète,
Elle en eut le cœur transi,
Mademoiselle Squelette.

Alors plus d’escarpolette ;
Plus un dimanche à Passy...
Elle était si maigrelette !

Sa figure verdelette
Faisait dire au gens : « Voici
Mademoiselle Squelette ! »

Un soir à l’espagnolette
Elle vint se pendre ici.
Elle était si maigrelette !

Horreur ! Une cordelette
Décapitait sans merci
Mademoiselle Squelette :
Elle était si maigrelette !

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Sigmund Freud

La religion serait la névrose de contrainte universelle de l’humanité; comme celle de l’enfant, elle serait issue du complexe d’Œdipe, de la relation au père. Selon cette conception, il serait à prévoir que se détourner de la religion doit s’effectuer avec la fatale inexorabilité d’un processus de croissance et que nous nous trouvons aujourd’hui même au beau milieu de cette phase de développement.

Sigmund Freud dans L'avenir d'une illusionSignalez un problèmeDes citations similaires
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Le Grand-Père

La fille au père Pierre, avec ses airs de sainte,
A si bien surveillé son corps fallacieux
Que sa grossesse a pu mentir à tous les yeux ;
Mais son heure a sonné de n’être plus enceinte.

Dans la grand' chambre on dort comme l’eau dans les trous.
Tout à coup, elle geint, crie et se désespère.
On se lève, on apprend la chose. Le grand-père
Continue à ronfler sous son baldaquin roux.

Mais le bruit à la fin l’éveille, et le voilà
Clamant du lit profond d’où sa maigreur s’arrache :
« Pierr’, quoiq’ya ? – Pèr, ya rin ! – Si ! s’passe un’ chos’ qu’on m’cache ;
Et ma p’tit’ fill’ se plaint, j’ l’entends ben ! quoi qu’elle a ? »

— Elle a qu’elle va faire un champi ! — Le bonhomme
Prend son bâton ferré qu’il brandit en disant :
« Dans not’ famill’ yaura l’déshonneur à présent !
La gueus’ ! vous voyez ben tous qu’i’ faut que j’l’assomme ! »

Et, solennel, tragique, il marche d’un pas lourd
Jusqu’à la pâle enfant... mais, pendant qu’il tempête,
Tendre, il lève et rabat le gourdin sur sa tête,
Bien doux, frôleusement, d’un geste plein d’amour.

« R’commenc’ras-tu ? fait-il, ou là, comme un’ vipère,
J’te coupe en deux ! j’t’écras’ la cervell’ sur ton drap ! »
Elle gémit : « Jamais, grand-père ! »

Alors, le jeune frère égrillard qui ricane,
Glapit : « Oh ! q’si fait ben, grand-père, a r’commenc’ra
Puisqu’elle est chaude comme un’ cane !

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Le Mensonge

Croyant que je l’aimais avec idolâtrie,
Elle avait dépouillé tout ce qui la couvrait :
Comme un soleil couchant, la Pudeur colorait
Le nuage laiteux dont elle était pétrie.

Et tandis que son geste affolé m’implorait
Et que ses yeux profonds mouillaient leur songerie,
La Vérité mettait sur sa bouche fleurie
Le soupirant aveu de son désir secret.

Mais mon hypocrisie ardemment calculée
Mentait par tout mon être à cette Immaculée :
Car, évoquant alors un vertige ancien,

De l’air d’un faux dévot qui dit sa patenôtre,
Je râlais un prénom qui n’était pas le sien
Et dans sa nudité j’en incarnais une autre.

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La Belle Fromagère

Par la rue enfiévrante où mes pas inquiets
Se traînent au soleil comme au gaz, je voyais
Derrière une affreuse vitrine
Où s’étalaient du beurre et des fromages gras,
Une superbe enfant dont j’admirais les bras
Et la plantureuse poitrine.

Le fait est que jamais fille ne m’empoigna
Comme elle, et que jamais mon œil fou ne lorgna
De beauté plus affriolante !
Un nimbe de jeunesse ardente et de santé
Auréolait ce corps frais où la puberté
Était encore somnolente.

Elle allait portant haut dans l’étroit magasin
Son casque de cheveux plus noirs que le fusain
Et, douce trotteuse en galoches,
Furetait d’un air gai dans les coins et recoins,
Tandis que les bondons jaunes comme des coings
Se liquéfiaient sous les cloches.

Armés d’un petit fil de laiton, ses doigts vifs
Détaillaient prestement des beurres maladifs
À des acheteuses blafardes ;
Des beurres, qu’on savait d’un rance capiteux,
Et qui suaient l’horreur dans leurs linges piteux,
Comme un affamé dans ses hardes.

Quand sa lame entamait Gruyère ou Roquefort,
Je la voyais peser sur elle avec effort,
Son petit nez frôlant les croûtes,
Et rien n’était mignon comme ses jolis doigts
Découpant le Marolle infect où, par endroits,
La vermine creusait des routes.

Près de l’humble comptoir où dormaient les gros sous
Les Géromés vautrés comme des hommes saouls
Coulaient sur leur clayon de paille,
Mais si nauséabonds, si pourris, si hideux,
Que les mouches battaient des ailes autour d’eux,
Sans jamais y faire ripaille.

Or, elle respirait à son aise, au milieu
De cette âcre atmosphère où le Roquefort bleu
Suintait près du Chester exsangue ;
Dans cet ignoble amas de caillés purulents,
Ravie, elle enfonçait ses beaux petits doigts blancs,
Qu’elle essuyait d’un coup de langue.

Oh ! sa langue ! bijou vivant et purpurin
Se pavanant avec un frisson vipérin
Tout plein de charme et de hantise !
Miraculeux corail humide et velouté
Dont le bout si pointu trouait de volupté
Ma chair, folle de convoitise !

Donc, cette fromagère exquise, je l’aimais
Je l’aimais au point d’en rêver le viol ! mais,
Je me disais que ces miasmes,
À la longue, devaient imprégner ce beau corps
Et le dégoût, comme un mystérieux recors,
Traquait tous mes enthousiasmes.

Et pourtant, chaque jour, rivés à ses carreaux,
Mes deux yeux la buvaient ! en vain les Livarots
Soufflaient une odeur pestilente,
J’étais là, me grisant de sa vue, et si fou,
Qu’en la voyant les mains dans le fromage mou
Je la trouvais ensorcelante !

À la fin, son aveu fleurit dans ses rougeurs ;
Pour me dire : « je t’aime » avec ses yeux songeurs,
Elle eut tout un petit manège ;
Puis elle me sourit ; ses jupons moins tombants
Découvrirent un jour des souliers à rubans
Et des bas blancs comme la neige.

Elle aussi me voulait de tout son être ! À moi,
Elle osait envoyer des baisers pleins d’émoi,
L’emparadisante ingénue,
Si bien, qu’après avoir longuement babillé,
Par un soir de printemps, je la déshabillai
Et vis sa beauté toute nue !

Sa chevelure alors flotta comme un drapeau,
Et c’est avec des yeux qui me léchaient la peau
Que la belle me fit l’hommage
De sa chair de seize ans, mûre pour le plaisir !
Ô saveur ! elle était flambante de désir
Et ne sentait pas le fromage !

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La Morte

Je viens d’enterrer ma maîtresse,
Et je rentre, au déclin du jour,
Dans ce gîte où la mort traîtresse
A fauché mon dernier amour.

En m’en allant au cimetière
Je sanglotais par les chemins,
Et la nature tout entière
Se cachait le front dans les mains.

Oh ! oui ! la nature était triste
Dans ses bruits et dans sa couleur ;
Pour un jour, la grande Égoïste
Se conformait à ma douleur.

La prairie était toute pleine
De corneilles et de corbeaux,
Et le vent hurlait dans la plaine
Sous des nuages en lambeaux :

Roulant des pleurs sous ses paupières
Un mouton bêlait dans l’air froid,
Et de la branche au tas de pierres
L’oiseau volait avec effroi.

L’herbe avait un frisson d’alarme,
Et, le long de la haie en deuil
Où tremblotait plus d’une larme,
Mon chien aboyait au cercueil.

Et, comme moi, soleil, fleur, guêpe,
Tout ce qui vole, embaume, ou luit.
Tout semblait se voiler d’un crêpe,
Et le jour était plein de nuit.

Donc, j’ai vu sa bière à la porte
Tandis que l’on sonnait son glas!…
Et maintenant, la pauvre morte
Est dans la terre ! hélas ! hélas !

En vain, j’évoque la magie
D’un être qui m’était si cher,
Et mon corps à la nostalgie
Épouvantable de sa chair ;

Ce n’est qu’en rêve que je touche
Et que j’entends et que je vois
Ses yeux, son front, ses seins, sa bouche
Et la musique de sa voix !

Matins bleus, jours gais, nuits d’extase,
Colloque à l’ombre du buisson
Où le baiser coupait la phrase
Et qui mourait dans un frisson,

Tout cela, chimères et leurre,
Dans la mort s’est évaporé !
Et je me lamente et je pleure
A jamais farouche et navré.

Je crois voir sa tête sans joue !
Horreur ! son ventre s’est ouvert :
Oh ! dans quelques jours qu’elle boue
Que ce pauvre cadavre vert !

Sur ses doigts et sur son cou roides
Pleins de bagues et de colliers,
Des bêtes gluantes et froides
Rampent et grouillent par milliers.

Oui, ce corps, jalousie atroce !
Aliment de mes transports fous,
C’est maintenant le ver féroce
Qui le mange de baisers mous.

Sa robe, son coussin de ouate,
Ses fleurs, ses cheveux, son linceul
Moisiront dans l’horrible boîte.
Son squelette sera tout seul.

Hélas! le squelette lui-même
A la fin se consumera,
Et de celle que mon cœur aime
Un peu de terre restera.

Quel drame que la pourriture
Fermentant comme un vin qui bout !…
Pièce à pièce, la créature
Se liquéfie et se dissout.

Mes illusions ? renversées !
Mon avenir ? anéanti !
Entre quatre planches vissées
Tout mon bonheur s’est englouti.

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Autant comme l'on peut en un autre langage

Autant comme l'on peut en un autre langage
Une langue exprimer, autant que la nature
Par l'art se peut montrer, et que par la peinture
On peut tirer au vif un naturel visage :

Autant exprimes-tu, et encor davantage,
Avecques le pinceau de ta docte écriture,
La grâce, la façon, le port et la stature
De celui qui d'Énée a décrit le voyage.

Cette même candeur, cette grâce divine,
Cette même douceur et majesté latine
Qu'en ton Virgile on voit, c'est celle même encore

Qui française se rend par ta céleste veine.
Des Masures sans plus, à faute d'un Mécène
Et d'un autre César, qui ses vertus honore.

poésie de Joachim du BellaySignalez un problèmeDes citations similaires
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Osho

Une personne qui médite a de la compréhension. Elle peut voir comment elle se crée elle-même des problèmes. Et donc, naturellement elle arrête de les créer.

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La Forêt magique

La forêt songe, bleue et pâle,
Dans un féerique demi-jour.
Tout s’y voit spectral, d’aspect sourd,
Par cette nuit d’ambre et d’opale.

Là, c’est un cerf blessé qui râle...
Ici, d’autres, pâmés d’amour...
La forêt songe, bleue et pâle,
Dans un féerique demi-jour.

Ailleurs, une laie et son mâle
Et leurs marcassins tout autour !...
Et, tandis qu’un frais zéphyr court,
Venant la reposer du hâle,
La forêt songe, bleue et pâle.

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