Le Cimetière
Le cimetière aux violettes
Embaume tous les alentours.
Les lézards y font mille tours
Au parfum de ses cassolettes.
Que de libellules follettes
Y sont vaines de leurs atours !
Le cimetière aux violettes
Embaume tous les alentours.
Et, champ de morts, nid de squelettes
Qui trompe le flair des vautours,
Il dort au bas des vieilles tours,
Entre ses roches maigrelettes,
Le cimetière aux violettes.
poésie de Maurice Rollinat
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Des citations similaires
Ballade des barques peintes
Elles meurent de spleen, à l’ombre des maisons,
Les chaloupes de mer qui vacillent sans trêve,
Et qui voudraient tenter aux plus creux horizons,
Loin des miasmes chauds et stagnants de la grève,
Le gouffre qui les tord, les happe et les enlève.
Aussi quand le pêcheur prend les avirons lourds,
Chacune en toute hâte arborant ses atours
Fuit le port engourdi plein de buveurs de pintes,
Et la brise ballonne et fait sur les flots sourds
Frémir la voile blanche au mât des barques peintes.
Elles ne songent guère aux noires trahisons
De l’Océan qui dort et de l’autan qui rêve.
Oh ! quand elles n’ont plus la chaîne des prisons,
Comme l’air est exquis, l’eau verte et l’heure brève
Pourtant, il faut déjà rentrer : le jour s’achève.
Mais un brusque ouragan qui briserait des tours,
Plus fou qu’un tourbillon de cent mille vautours,
Se rabat sur la côte avec d’horribles plaintes,
Et la mouette en vain écoute aux alentours
Frémir la voile blanche au mât des barques peintes.
Hélas ! leurs flancs menus, leurs fragiles cloisons
Craquent sous le nuage orageux qui se crève.
Comme un tas de serpents qui bavent leurs poisons,
Contre elles, chaque vague arrive et se soulève
Avec le bond du tigre et le tranchant du glaive.
Et tandis qu’au milieu des éclairs drus et courts
La nuit met sur la mer son masque de velours,
Le grand phare inquiet dans les clartés éteintes
Regarde, et ne voit pas, à l’heure des retours,
Frémir la voile blanche au mât des barques peintes.
ENVOI
Dame la Vierge ! Ô vous, qui dans les mauvais jours
Donnez si promptement assistance et secours
À ceux que le danger cerne de ses étreintes,
Commandez que le vent guide et laisse toujours
Frémir la voile blanche au mât des barques peintes !
poésie de Maurice Rollinat
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La Dernière Nuit
Or, ce fut par un soir plein d’un funèbre charme,
Qu’après avoir suivi des chemins hasardeux
Ils s’assirent enfin dans un vallon hideux
Où maint reptile errant commençait son vacarme.
Et tandis que l’orfraie avec son cri d’alarme
Clapotait lourdement dans un vol anxieux,
Sous la compassion sidérale des cieux
Ils gémirent longtemps sans verser une larme[.]
Tout à coup, le buisson les vit avec stupeur
Unir dans un baiser leurs lèvres violettes
Ricanant à la fois de tendresse et de peur.
Et puis, les deux amants joignirent leurs squelettes,
Crispèrent leur étreinte en ne faisant plus qu’un
Et moururent ensemble au bord du fossé brun.
poésie de Maurice Rollinat
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Les clochettes
Maintenant, je suis malheureux
De rencontrer ces fleurs clochettes
A bords dentelés, violettes,
Sur les talus des chemins creux.
Et pourtant ces douces fluettes
Sont encor dans leur coin frileux,
Le perchoir des papillons bleus
Qui s'en font des escarpolettes.
Mais qu'importe ! La canicule
Tire à sa fin. L'été recule...
Et, pour l'oreille de mon coeur
Inquiet et pronostiqueur,
A petits tintements moroses
Ces fleurs sonnent le glas des choses.
poésie de Maurice Rollinat
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Les Clochettes
Maintenant, je suis malheureux
De rencontrer ces fleurs clochettes
À bords dentelés, violettes,
Sur les talus des chemins creux.
Et pourtant ces douces fluettes
Sont encor dans leur coin frileux,
Le perchoir des papillons bleus
Qui s’en font des escarpolettes.
Mais qu’importe ! La canicule
Tire à sa fin. L’été recule...
Et, pour l’oreille de mon cœur
Inquiet et pronostiqueur,
À petits tintements moroses
Ces fleurs sonnent le glas des choses.
poésie de Maurice Rollinat
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Cimetière: Oh, pierres, transformez-vous de nouveau en hommes!
aphorisme de Valeriu Butulescu, traduction par Genevieve Gomez
Ajouté par Simona Enache
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Sur une croix
Dans ce pays lugubre et si loin de la foule,
Un cimetière d’autrefois,
Bien souvent m’attirait avec sa grande croix
Dont la tête et les bras se terminaient en boule.
Or, fin d’automne, un soir que tout était plongé
Dans une mourante lumière,
Je m’arrêtai pour voir la croix du cimetière...
Qu’avait-elle donc de changé ?
De façon peu sensible et pourtant singulière,
Son sommet s’était allongé.
Et, curieusement, saisi, le sang figé,
Immobile comme une pierre,
Vers elle je tenais tendus l’œil et le cou,
Lorsqu’un chat-huant tout à coup
Vint à s’envoler de sa cime !
Et, j’en eus le frisson intime :
Cette bête incarnait l’âme d’un mauvais mort
Sur le haut de la croix méditant son remord.
poésie de Maurice Rollinat
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L'Épitaphe
Quand on aura fermé ma bière
Comme ma bouche et ma paupière,
Que l’on inscrive sur ma pierre :
― « Ci-gît le roi du mauvais sort.
Ce fou dont le cadavre dort
L’affreux sommeil de la matière,
Frémit pendant sa vie entière
Et ne songea qu’au cimetière.
Jour et nuit, par toute la terre,
Il traîna son cœur solitaire
Dans l’épouvante et le mystère,
Dans l’angoisse et le remords.
Vive la mort ! Vive la mort !
poésie de Maurice Rollinat
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Le Val des marguerites
C’est au fond d’un ravin fantastique et superbe
Où maint rocher lépreux penche et dresse le front :
Une espèce de puits gigantesquement rond
Dont l’eau n’aurait servi qu’à faire pousser l’herbe.
Là , le mystère ému déployant ses deux ailes
Fantomatise l’air, les pas et les reflets :
Il semble, Ã cet endroit, que des lutins follets
Accrochent leurs zigzags à ceux des demoiselles.
L’horreur des alentours en ferme les approches ;
L’écho n’y porte pas le sifflet des convois ;
Ses murmures voilés ont le filet de voix
Des gouttelettes d’eau qui filtrent sous les roches.
C’est si mort et si frais, il y flotte, il y vague
Tant de silence neuf, de bruit inentendu,
Que l’on pressent toujours en ce vallon perdu
Quelque apparition indéfiniment vague !
Il n’a jamais connu ni moutons, ni chevrettes,
Ni bergère qui chante en tenant ses tricots ;
Les tiges de bluets et de coquelicots
N’y font jamais hocher leurs petites aigrettes :
Mais, entre ses grands houx droits comme des guérites,
Ce val, si loin des champs, des prés et des manoirs,
Cache, tous les étés, ses gazons drus et noirs
Sous un fourmillement de hautes marguerites.
Chœur vibrant et muet, innocent et paisible,
Où chaque pâquerette, à côté de sa sœur,
A des mouvements blancs d’une extrême douceur,
Dans la foule compacte et cependant flexible.
L’oiseau, pour les frôler, quitte l’orme et l’érable ;
Et le papillon gris, dans un mol unisson,
Y confond sa couleur, sa grâce et son frisson
Quand il vient y poser son corps impondérable.
Le Gnome en phaéton voit dans chacune d’elles
Une petite roue au moyeu d’or bombé,
Et le Sylphe y glissant pense qu’il est tombé
Sur un nuage ami de ses battements d’ailes.
La Nature contemple avec sollicitude
Ce petit peuple frêle, onduleux et tremblant
Qu’elle a fait tout exprès pour mettre un manteau blanc
À la virginité de cette solitude.
On dirait que le vent qui jamais ne les froisse
Veut épargner ici les fleurs des grands chemins,
Qui plaisent aux yeux purs, tentent les tristes mains,
Et que l’Amour peureux consulte en son angoisse.
Nul arôme ne sort de leur corolle blême ;
Mais au lieu d’un parfum mortel ou corrupteur,
Elles soufflent aux cieux la mystique senteur
De la simplicité dont elles sont l’emblème.
Et toutes, chuchotant d’imperceptibles phrases,
Semblent remercier l’azur qui, tant de fois,
Malgré le mur des rocs et le rideau des bois,
Leur verse de si près ses lointaines extases.
Avant que le matin, avec ses doigts d’opale,
N’ait encore essuyé leurs larmes de la nuit,
Elles feraient songer aux vierges de l’ennui
Qui s’éveillent en pleurs, et la face plus pâle.
Le soleil les bénit de ses yeux sans paupières,
Et, fraternellement, ce Gouffre-Paradis
Reçoit, comme un baiser des alentours maudits,
L’âme des végétaux et le soupir des pierres.
Puis, la chère tribu, quand le soir se termine,
Sous la lune d’argent qui se joue au travers,
Devient, entre ses houx lumineusement verts,
Une vapeur de lait, de cristal et d’hermine.
Et c’est alors qu’on voit des formes long-voilées,
Deux spectres du silence et de l’isolement,
Se mouvoir côte à côte, harmonieusement,
Sur ce lac endormi de blancheurs étoilées.
poésie de Maurice Rollinat
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D'un vanneur de blé aux vents
A vous, troupe légère,
Qui d'aile passagère
Par le monde volez,
Et d'un sifflant murmure
L'ombrageuse verdure
Doucement ébranlez,
J'offre ces violettes,
Ces lis et ces fleurettes,
Et ces roses ici,
Ces vermeillettes roses,
Tout fraîchement écloses,
Et ces oeillets aussi.
De votre douce haleine
Éventez cette plaine,
Éventez ce séjour,
Cependant que j'ahanne
A mon blé que je vanne
A la chaleur du jour.
poésie de Joachim du Bellay
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Si fruits, raisins et blés, et autres telles choses
Si fruits, raisins et blés, et autres telles choses,
Ont leur tronc, et leur cep, et leur semence aussi,
Et s'on voit au retour du printemps adouci
Naître de toutes parts violettes et roses :
Ni fruits, raisins, ni blés, ni fleurettes décloses
Sortiront, viateur, du corps qui gît ici :
Aulx, oignons, et porreaux, et ce qui fleure ainsi,
Auront ici dessous leurs semences encloses.
Toi donc, qui de l'encens et du baume n'as point,
Si du grand Jules tiers quelque regret te point,
Parfume son tombeau de telle odeur choisie :
Puisque son corps, qui fut jadis égal aux dieux,
Se soulait* paître ici de tels mets précieux,
Comme au ciel Jupiter se paît de l'ambroisie.
poésie de Joachim du Bellay
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Le Solitaire
Le vieux qui, vert encore, approchait des cent ans,
Me dit : « Malgré l’soin d’mes enfants
Et les bontés d’mon voisinage,
J’suis seul, ayant perdu tous ceux qui s’raient d’mon âge.
Vous ? vot’ génération ? Ça s’balanc’ ! mais d’la mienne
Ya plus q’moi qui rest’ dans l’pays.
Ceux que j’croyais qui f’raient des anciens m’ont trahi :
I’ sont morts tout jeun’ à la peine.
Chaq’ maison qui n’boug pas, ell’ ! sous l’temps qui s’écoule,
M’rappelle un q’j’ai connu, laboureur ou berger,
À qui j’parl’ sans répons’, que je r’gard’ sans l’toucher ;
Au cimtièr’, j’les vois tous a la fois, comme un’ foule !
C’est pourquoi, quand j’y fais mon p’tit tour solitaire,
Souvent, j’pense, où que j’pos’ le pied,
Q’les morts sont là , tous à m’épier...
Et j’m’imagine, des instants,
Qu’i m’tir’ par les jamb’ ! mécontents
Que j’les ai pas encor rejoindus sous la terre.
poésie de Maurice Rollinat
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Nuit fantastique
Tandis que dans l’air lourd les follets obliques
Vaguent perfidement au-dessus des trous,
Les grands oiseaux de nuit au plumage roux
Poussent lugubrement des cris faméliques,
Diaboliques
Sur les houx.
Des carcasses, cohue âpre et ténébreuse,
Dansent au cimetière entre les cyprès ;
Tout un bruissement lointain de forêts
Se mêle au choc des os — plainte douloureuse.
Le vent creuse
Les marais.
Entendez-vous mugir les vaches perdues,
Sur un sol hérissé d’atroces cailloux
Qui percent leurs sabots comme de grands clous ?
Oh ! ces beuglements ! Les pauvres éperdues
Sont mordues
Par les loups !
Sous les vents, le bateau qu’enchaîne une corde
Au rivage pierreux crève son vieux flanc.
Le chêne formidable en vain s’essoufflant
Succombe : il faut que sous l’effroyable horde
Il se torde
En hurlant.
La nuit a tout noyé, mer ensorcelante,
Berçant le rêve au bord de ses entonnoirs,
La lune, sur l’œil fou des grands désespoirs,
Ne laisse pas filtrer sa lueur parlante.
O nuit lente !
O cieux noirs !
poésie de Maurice Rollinat
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Les Conseillers municipaux
Les conseillers municipaux
Sont tous attablés à l’auberge.
Ils n’ont pas figure de cierge
Sous les grands bords de leurs chapeaux.
Elle a mis tous ses oripeaux,
La servante robuste et vierge :
Les conseillers municipaux
Sont tous attablés à l’auberge.
Léchant les plats, vidant les pots,
Chacun s’empiffre et se goberge :
Monsieur le maire les héberge !
— Ils ont assez parlé d’impôts,
Les conseillers municipaux,
poésie de Maurice Rollinat
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Le Ravin des coquelicots
Dans un creux sauvage et muet
Qui n’est pas connu du bluet
Ni de la chèvre au pied fluet
Ni de personne,
Loin des sentiers des bourriquots,
Loin des bruits réveilleurs d’échos,
Un fouillis de coquelicots
Songe et frissonne.
Autour d’eux, d’horribles étangs
Ont des reflets inquiétants ;
À peine si, de temps en temps,
Un lézard bouge
Entre les genêts pleins d’effrois
Et les vieux buis amers et froids
Qui fourmillent sur les parois
Du ravin rouge.
Le ciel brillant comme un vitrail
N’épand qu’un jour de soupirail
Sur leurs lamettes de corail
Ensorcelées,
Mais dans la roche et le marais
Ils sont écarlates et frais
Comme leurs frères des forêts
Et des vallées.
Ils bruissent dans l’air léger
Sitôt que le temps va changer.
Au moindre aquilon passager
Qui les tapote,
Et se démènent tous si fort
Sous le terrible vent du Nord
Qu’on dirait du sang qui se tord
Et qui clapote.
En vain, descendant des plateaux
Et de la cime des coteaux,
Sur ces lumineux végétaux
L’ombre se vautre,
Dans un vol preste et hasardeux,
Des libellules deux à deux
Tournent et vibrent autour d’eux
L’une sur l’autre.
Frôlés des oiseaux rebâcheurs
Et des sidérales blancheurs,
Ils poussent là dans les fraîcheurs
Et les vertiges,
Aussi bien que dans les sillons ;
Et tous ces jolis vermillons
Tremblent comme des papillons
Au bout des tiges.
Leur chaude couleur de brasier
Réjouit la ronce et l’osier ;
Et le reptile extasié,
L’arbre qui souffre,
Les rochers noirs privés d’azur
Ont un air moins triste et moins dur
Quand ils peuvent se pencher sur
Ces fleurs du gouffre.
Les carmins et les incarnats,
La pourpre des assassinats,
Tous les rubis, tous les grenats
Luisent en elles ;
C’est pourquoi, par certains midis,
Leurs doux pétales attiédis
Sont le radieux paradis
Des coccinelles.
poésie de Maurice Rollinat
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La châtaigneraie
Gloire à cette rencontre, en ces fonds de la Marche,
Surgissant, après tant de tours et contremarches,
D'une châtaigneraie, immense, en vétusté,
Comblant tout un ravin de son énormité !
Vivent ces châtaigniers, monstres et patriarches,
Lugubres frères noirs en la difformité,
Horrifiant l'endroit par la solennité,
Le morne, et le croulant de leurs rameaux en arches !
Grave, tombe au sol frais leur grande ombre qui marche
Sur des cèpes suintant leur venin fermenté.
Vivent ces châtaigniers, monstres et patriarches,
Lugubres frères noirs en la difformité !
Leurs troncs où les renflés d'écorce font des marches,
Moussus, ont pour l'orfraie un escalier ouaté,
Et la sifflante bête, à la torse démarche,
Trouve, en leur gros pied cave, abri, sécurité.
Vivent ces châtaigniers, monstres et patriarches !
poésie de Maurice Rollinat
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Ballade des lézards verts
Quand le soleil dessèche et mord le paysage,
On a l’œil ébloui par les bons lézards verts :
Ils vont, longue émeraude ayant corps et visage,
Sur les tas de cailloux, sur les rocs entr’ouverts,
Et sur les hauts talus que la mousse a couverts.
Ils sont stupéfiés par la température ;
Près d’eux, maint oiselet beau comme une peinture
File sur l’eau dormante et de mauvais conseil ;
Et le brin d’herbe étreint d’une frêle ceinture
Leurs petits flancs peureux qui tremblent au soleil.
Puis, ils gagnent après tous leurs circuits d’usage
Les abords des lavoirs toujours si pleins de vers ;
Aux grands arbres feuillus qui font le tamisage
De l’air en feu stagnant sur tant de points divers,
Ils préfèrent les houx chétifs et de travers.
Lazzaroni frileux des jardins sans culture,
Côtoyeurs du manoir et de la sépulture,
Ils s’avancent furtifs et toujours en éveil,
Dès qu’un zéphyr plus frais lèche par aventure
Leurs petits flancs peureux qui tremblent au soleil.
Par les chemins brûlés, avides d’arrosage,
Et dans les taillis bruns où cognent les piverts,
Ils s’approchent de l’homme, et leur aspect présage
Quelque apparition du reptile pervers
Qui s’enfle de poison pendant tous les hivers.
Un flot de vif-argent court dans leur ossature
Quand ils veulent s’enfuir ou bien chercher pâture ;
Mais parfois, aplatis dans un demi-sommeil,
Ils réchauffent longtemps, sans changer de posture,
Leurs petits flancs peureux qui tremblent au soleil.
poésie de Maurice Rollinat
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La Pluie
Lorsque la pluie, ainsi qu’un immense écheveau
Brouillant à l’infini ses longs fils d’eau glacée,
Tombe d’un ciel funèbre et noir comme un caveau
Sur Paris, la Babel hurlante et convulsée,
J’abandonne mon gîte, et sur les ponts de fer,
Sur le macadam, sur les pavés, sur l’asphalte,
Laissant mouiller mon crâne où crépite un enfer,
Je marche à pas fiévreux sans jamais faire halte.
La pluie infiltre en moi des rêves obsédants
Qui me font patauger lentement dans les boues,
Et je m’en vais, rôdeur morne, la pipe aux dents,
Sans cesse éclaboussé par des milliers de roues.
Cette pluie est pour moi le spleen de l’inconnu :
Voilà pourquoi j’ai soif de ces larmes fluettes
Qui sur Paris, le monstre au sanglot continu,
Tombent obliquement lugubres, et muettes.
L’éternel coudoiement des piétons effarés
Ne me révolte plus, tant mes pensers fermentent :
À peine si j’entends les amis rencontrés
Bourdonner d’un air vrai leurs paroles qui mentent.
Mes yeux sont si perdus, si morts et si glacés,
Que dans le va-et-vient des ombres libertines,
Je ne regarde pas sous les jupons troussés
Le gai sautillement des fringantes bottines.
En ruminant tout haut des poèmes de fiel,
J’affronte sans les voir la flaque et la gouttière ;
Et mêlant ma tristesse à la douleur du ciel,
Je marche dans Paris comme en un cimetière.
Et parmi la cohue impure des démons,
Dans le grand labyrinthe, au hasard et sans guide,
Je m’enfonce, et j’aspire alors à pleins poumons
L’affreuse humidité de ce brouillard liquide.
Je suis tout à la pluie ! À son charme assassin,
Les vers dans mon cerveau ruissellent comme une onde :
Car pour moi, le sondeur du triste et du malsain,
C’est de la poésie atroce qui m’inonde.
poésie de Maurice Rollinat
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La pluie
Lorsque la pluie, ainsi qu'un immense écheveau
Brouillant à l'infini ses longs fils d'eau glacée,
Tombe d'un ciel funèbre et noir comme un caveau
Sur Paris, la Babel hurlante et convulsée,
J'abandonne mon gîte, et sur les ponts de fer,
Sur le macadam, sur les pavés, sur l'asphalte,
Laissant mouiller mon crâne où crépite un enfer,
Je marche à pas fiévreux sans jamais faire halte.
La pluie infiltre en moi des rêves obsédants
Qui me font patauger lentement dans les boues,
Et je m'en vais, rôdeur morne, la pipe aux dents,
Sans cesse éclaboussé par des milliers de roues.
Cette pluie est pour moi le spleen de l'inconnu :
Voilà pourquoi j'ai soif de ces larmes fluettes
Qui sur Paris, le monstre au sanglot continu,
Tombent obliquement lugubres, et muettes.
L'éternel coudoîment des piétons effarés
Ne me révolte plus, tant mes pensers fermentent :
À peine si j'entends les amis rencontrés
Bourdonner d'un air vrai leurs paroles qui mentent.
Mes yeux sont si perdus, si morts et si glacés,
Que dans le va-et-vient des ombres libertines,
Je ne regarde pas sous les jupons troussés
Le gai sautillement des fringantes bottines.
En ruminant tout haut des poèmes de fiel,
J'affronte sans les voir la flaque et la gouttière ;
Et mêlant ma tristesse à la douleur du ciel,
Je marche dans Paris comme en un cimetière.
Et parmi la cohue impure des démons,
Dans le grand labyrinthe, au hasard et sans guide,
Je m'enfonce, et j'aspire alors à pleins poumons
L'affreuse humidité de ce brouillard liquide.
Je suis tout à la pluie ! À son charme assassin,
Les vers dans mon cerveau ruissellent comme une onde :
Car pour moi, le sondeur du triste et du malsain,
C'est de la poésie atroce qui m'inonde.
poésie de Maurice Rollinat
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Liminaire
... Ces souvenirs chauffent mon sang
Et pénètrent mes moelles...
Je me souviens du village près de l'Escaut,
D'où l'on voyait les grands bateaux
Passer, ainsi qu'un rêve empanaché de vent
Et merveilleux de voiles,
Le soir, en cortège, sous les étoiles.
Je me souviens de la bonne saison ;
Des parlottes, l'été, au seuil de la maison
Et du jardin plein de lumière,
Avec des fleurs, devant, et des étangs, derrière ;
Je me souviens des plus hauts peupliers,
De la volière et de la vigne en espalier
Et des oiseaux, pareils à des flammes solaires.
Je me souviens de l'usine voisine
- Tonnerres et météores
Roulant et ruisselant
De haut en bas, entre ses murs sonores,
Je me souviens des mille bruits brandis,
Des émeutes de vapeur blanche
Qu'on déchaînait, le samedi,
Pour le chômage du dimanche.
Je me souviens des pas sur le trottoir,
En automne, le soir,
Quand, les volets fermés, on écoutait la rue
Mourir :
La lampe à flamme crue
Brûlait et l'on disait le chapelet
Et des prières à n'en plus finir !
Je me souviens du vieux cheval,
De la vieille guimbarde aux couleurs fades,
De ma petite amie et du rival
Dont mes deux poings mataient la fièvre et les bravades.
Je me souviens du passeur d'eau et du maçon,
De la cloche dont j'ai gardé mémoire entière,
Et dont j'entends encore le son ;
Je me souviens du cimetière....
Mes simples vieux parents, ma bonne tante !
- Oh ! les herbes de leur tombeau
Que je voudrais mordre et manger ! -
C'était si doux la vie en abrégé !
C'était si jeune et beau
La vie, avec sa joie et son attente !
J'appris alors quel pays fier était la Flandre !
Et quels hommes, jadis, avaient fixé son sort,
En ces jours de bûchers et de flamme, où la cendre
Que dispersait le vent était celle des morts.
Je sus le nom des vieux martyrs farouches
Et maintes fois, ivre, fervent, pleurant et fou,
En cachette, le soir, j'ai embrassé leur bouche
Orde et rouge, sur l'image à deux sous.
J'aurais voulu souffrir l'excès de leur torture,
Crier ma rage aussi et sangloter vers eux,
Les clairs, les exaltés, les dompteurs d'aventure,
Les arracheurs de foudre aux mains de Philippe Deux.
Ou bien encor, c'étaient les communes splendides,
Les révoltes, roulant sur le pavé de Gand,
Chocs après chocs, leurs ouragans ;
C'étaient les tisserands et les foulons sordides,
Mordant les rois comme des chiens ardents,
Et leur laissant aux mains la trace de leurs dents.
C'étaient de grands remous de vie armée
Qui s'apaisaient dans le soleil,
Quaud les beffrois sonnaient la joie et le réveil
Sur les foules désopprimées.
C'était tout le passé : sang et or, fièvre et feu !
C'était le galop blanc des hautaines victoires
Criant, dans le tumulte et dans l'effroi, leurs voeux,
De l'un à l'autre bout du monde et de l'histoire.
II
Depuis, l'ombre s'est faite sur la Flandre !
Mais mon rêve survit et ne veut point descendre
Des tours, où tant d'orgueil, jadis, le fit monter.
Je regarde de là nos pensives cités ;
J'écoute se taire leur silence ;
Je vois s'ouvrir, comme un faisceau de lances,
L'abside en or des églises, le soir :
Un bruit de cloches, un envol d'encensoir
LÃ -bas des anges.....
Et la ville s'endort en des louanges.
Je vois aussi, du haut de ces énormes tours,
Les champs, les clos, les bourgs,
Les villages et les prairies,
Autour des larges métairies.
Les vieux pommiers vaillants,
Au temps d'Avril et des sèves nouvelles,
Semblent une troupe d'oiseaux blancs
Laissant traîner leurs ailes
En des vergers pleins de soleil.
Le vent est clair, l'air est vermeil,
L'amour des gars et des femmes superbes
Pousse, comme les fleurs, et se lève de l'herbe,
Robuste et fécondé.
On écoute rire et baguenauder,
Près des mares et des landes,
Les naïves légendes ;
Les vieilles coutumes mêlent encor
Leur beau fil d'or
Au solide tissu des moeurs et des paroles ;
On croit toujours aux sorcières et aux idoles ;
On est crédule et défiant, tout à la fois ;
On est rugueux, profond et lourd, comme les bois
Et sombre et violent, comme la mer brumeuse.
Oh ! l'Océan, là -bas, et sa fête écumeuse
A l'infini, sur les plages, l'hiver !
En ai-je aimé le vent et le désert !
En ai-je aimé la vie, en des barques tragiques,
Qui s'en allaient fouiller les eaux mythologiques
Où les grands dieux du Nord apparaissent encor !
En ai-je aimé les ports, les caps, les baies,
Le môle en bois blanchi que l'ouragan balaie,
Les vieux pêcheurs usés, têtus, tranquilles,
Les pilotes tannés et forts,
Les mousses clairs, les belles filles !
Oh ! l'ai-je aimé éperdument
Ce peuple - aimé jusqu'en ses injustices,
Jusqu'en ses crimes, jusqu'en ses vices !
L'ai-je rêvé fier et rugueux, comme un serment,
Ne sentant rien, sinon que j'étais de sa race,
Que sa tristesse était la mienne et que sa face
Me regardait penser, me regardait vouloir,
Sous la lampe, le soir,
Quand je lisais sa gloire en mes livres de classe !
Aussi, lui ai-je, avec ferveur, voué ces vers
Qui le chantent, dans la grandeur ou l'infortune,
Comme la Flandre abaisse ou lève au long des mers,
Avec ses sables d'or sa guirlande de dunes.
poésie de Emile Verhaeren
Ajouté par Lucian Velea
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Les Parfums
Un parfum chante en moi comme un air obsédant :
Tout mon corps se repaît de sa moindre bouffée,
Et je crois que j’aspire une haleine de fée,
Qu’il soit proche ou lointain, qu’il soit vague ou strident.
Fils de l’air qui les cueille ou bien qui les déterre,
Ils sont humides, mous, froids ou chauds comme lui,
Et, comme l’air encor, dès que la lune a lui,
Ils ont plus de saveur ayant plus de mystère.
Oh oui ! dans l’ombre épaisse ou dans le demi-jour,
Se gorger de parfums comme d’une pâture,
C’est bien subodorer l’urne de la Nature,
Humer le souvenir, et respirer l’amour !
Ces doux asphyxieurs aussi lents qu’impalpables
Divinisent l’extase au milieu des sophas,
Et les folles Iñès et les pâles Raphas
En pimentent l’odeur de leurs baisers coupables.
Ils font pour me bercer d’innombrables trajets
Dans l’air silencieux des solitudes mornes,
Et là , se mariant à mes rêves sans bornes,
Savent donner du charme aux plus hideux objets.
Toute la femme aimée est dans le parfum tiède
Qui sort comme un soupir des flacons ou des fleurs,
Et l’on endort l’ennui, le vieux Roi des douleurs,
Avec cet invisible et délicat remède.
Sois béni, vert printemps, si cher aux cœurs blessés,
Puisqu’en ressuscitant la flore ensevelie
Tu parfumes de grâce et de mélancolie
Les paysages morts que l’hiver a laissés.
Tous les cœurs désolés, toutes les urnes veuves
Leur conservent un flair pieux, et l’on a beau
Vivre ainsi qu’un cadavre au fond de son tombeau,
Les parfums sont toujours des illusions neuves.
S’ils errent, dégagés de tout mélange impur,
Rampant sur la couleur, chevauchant la musique,
On est comme emporté loin du monde physique
Dans un paradis bleu chaste comme l’azur !
Mais lorsque se mêlant aux senteurs de la femme
Dont la seule âcreté débauche la raison,
Ils en font un subtil et capiteux poison
Qu’aspirent à longs traits les narines en flamme,
C’est le Vertige aux flux et reflux scélérats
Qui monte à la cervelle et perd la conscience,
Et l’on mourrait alors avec insouciance
Si la Dame aux parfums disait : « Meurs dans mes bras ! »
Complices familiers des lustres et des cierges,
Ils sont tristes ou gais, chastes ou corrupteurs ;
Et plus d’un sanctuaire a d’impures senteurs
Qui vont parler d’amour aux muqueuses des vierges.
Par eux, l’esprit s’aiguise et la chair s’ennoblit ;
Ils chargent de langueur un mouchoir de batiste,
Et pour le sensuel et fastueux artiste,
Ils sont les receleurs du songe et de l’oubli :
— Jusqu’à ce que l’infecte et mordante mixture
De sciure de bois, de son et de phénol
Saupoudre son corps froid, couleur de vitriol,
Dans le coffre du ver et de la pourriture.
poésie de Maurice Rollinat
Ajouté par Poetry Lover
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