Plus qu'aux bords Aetëans le brave fils d'Eson
Plus qu'aux bords Aetëans le brave fils d'Eson,
Qui par enchantement conquit la riche laine,
Des dents d'un vieux serpent ensemençant la plaine
N'engendra de soldats au champ de la toison,
Cette ville, qui fut en sa jeune saison
Un hydre de guerriers, se vit bravement pleine
De braves nourrissons, dont la gloire hautaine
A rempli du Soleil l'une et l'autre maison :
Mais qui finalement, ne se trouvant au monde
Hercule qui domptât semence tant féconde,
D'une horrible fureur l'un contre l'autre armés,
Se moissonnèrent tous par un soudain orage,
Renouvelant entre eux la fraternelle rage
Qui aveugla jadis les fiers soldats semés.
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Des citations similaires
Si l'aveugle fureur, qui cause les batailles
Si l'aveugle fureur, qui cause les batailles,
Des pareils animaux n'a les coeurs allumés,
Soit ceux qui vont courant ou soit les emplumés,
Ceux-là qui vont rampant ou les armés d'écailles :
Quelle ardente Erinnys de ses rouges tenailles
Vous pincetait les coeurs de rage envenimés,
Quand si cruellement l'un sur l'autre animés
Vous détrempiez le fer en vos propres entrailles ?
Etait-ce point, Romains, votre cruel destin,
Ou quelque vieux péché qui d'un discord mutin
Exerçait contre vous sa vengeance éternelle ?
Ne permettant des dieux le juste jugement,
Vos murs ensanglantés par la main fraternelle
Se pouvoir assurer d'un ferme fondement.
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Plus riche assez que ne se montrait celle
Plus riche assez que ne se montrait celle
Qui apparut au triste Florentin,
Jetant ma vue au rivage latin,
Je vis de loin surgir une nacelle :
Mais tout soudain la tempête cruelle,
Portant envie à si riche butin,
Vint assaillir d'un aquilon mutin
La belle nef des autres la plus belle.
Finalement l'orage impétueux
Fit abîmer d'un gouffre tortueux
La grand richesse à nulle autre seconde.
Je vis sous l'eau perdre le beau trésor,
La belle nef, et les roches encor,
Puis vis la nef se ressourdre sur l'onde.
poésie de Joachim du Bellay
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Quand ce brave séjour, honneur du nom Latin
Quand ce brave séjour, honneur du nom Latin,
Qui borna sa grandeur d'Afrique et de la Bise,
De ce peuple qui tient les bords de la Tamise,
Et de celui qui voit éclore le matin,
Anima contre soi d'un courage mutin
Ses propres nourrissons, sa dépouille conquise,
Qu'il avait par tant d'ans sur tout le monde acquise,
Devint soudainement du monde le butin :
Ainsi quand du grand Tout la fuite retournée,
Ou trente-six mille ans ont sa course bornée,
Rompra des éléments le naturel accord,
Les semences qui sont mères de toutes choses
Retourneront encore à leur premier discord,
Au ventre du Chaos éternellement closes.
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Il fait bon voir, Paschal, un conclave serré
Il fait bon voir, Paschal, un conclave serré,
Et l'une chambre à l'autre également voisine
D'antichambre servir, de salle et de cuisine,
En un petit recoin de dix pieds en carré :
Il fait bon voir autour le palais emmuré,
Et briguer là-dedans cette troupe divine,
L'un par ambition, l'autre par bonne mine,
Et par dépit de l'un être l'autre adoré :
Il fait bon voir dehors toute la ville en armes
Crier : le Pape est fait, donner de faux alarmes,
Saccager un palais : mais plus que tout cela
Fait bon voir, qui de l'un, qui de l'autre se vante,
Qui met pour celui-ci, qui met pour celui-là,
Et pour moins d'un écu dix cardinaux en vente.
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Celle que Pyrrhe et le Mars de Libye
Celle que Pyrrhe et le Mars de Libye
N'ont su dompter, cette brave cité
Qui d'un courage au mal exercité
Soutint le choc de la commune envie,
Tant que sa nef par tant d'ondes ravie
Eut contre soi tout le monde incité,
On n'a point vu le roc d'adversité
Rompre sa course heureusement suivie :
Mais défaillant l'objet de sa vertu,
Son pouvoir s'est de lui-même abattu,
Comme celui que le cruel orage
A longuement gardé de faire abord,
Si trop grand vent le chasse sur le port,
Dessus le port se voit faire naufrage.
poésie de Joachim du Bellay
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Je fus jadis Hercule, or Pasquin je me nomme,
Je fus jadis Hercule, or Pasquin je me nomme,
Pasquin fable du peuple, et qui fais toutefois
Le même office encor que j'ai fait autrefois,
Vu qu'ores par mes vers tant de monstres j'assomme.
Aussi mon vrai métier, c'est de n'épargner homme,
Mais les vices chanter d'une publique voix :
Et si ne puis encor, quelque fort que je sois,
Surmonter la fureur de cet Hydre de Rome.
J'ai porté sur mon col le grand palais des dieux,
Pour soulager Atlas, qui sous le faix des cieux
Courbait las et recru sa grande échine large.
Ores au lieu du ciel, je porte sur mon dos,
Un gros moine espagnol, qui me froisse les os,
Et me pèse trop plus que ma première charge.
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Je hais plus que la mort un jeune casanier
Je hais plus que la mort un jeune casanier,
Qui ne sort jamais hors, sinon aux jours de fête,
Et craignant plus le jour qu'une sauvage bête,
Se fait en sa maison lui-même prisonnier.
Mais je ne puis aimer un vieillard voyager,
Qui court deçà delà, et jamais ne s'arrête,
Ainsi des pieds moins léger que léger de la tête,
Ne séjourne jamais non plus qu'un messager,
L'un sans se travailler en sûreté demeure,
L'autre, qui n'a repos jusques à tant qu'il meure,
Traverse nuit et jour mille lieux dangereux :
L'un passe riche et sot heureusement sa vie,
L'autre, plus souffreteux qu'un pauvre qui mendie,
S'acquiert en voyageant un savoir malheureux.
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Sur la rive d'un fleuve une nymphe éplorée,
ur la rive d'un fleuve une nymphe éplorée,
Croisant les bras au ciel avec mille sanglots,
Accordait cette plainte au murmure des flots,
Outrageant son beau teint et sa tresse dorée :
Las, où est maintenant cette face honorée,
Où est cette grandeur et cet antique los,
Où tout l'heur et l'honneur du monde fut enclos,
Quand des hommes j'étais et des dieux adorée ?
N'était-ce pas assez que le discord mutin
M'eût fait de tout le monde un publique butin,
Si cet hydre nouveau, digne de cent Hercules,
Foisonnant en sept chefs de vices monstrueux
Ne m'engendrait encore à ces bords tortueux
Tant de cruels Nérons et tant de Caligules ?
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Telle que dans son char la Bérécynthienne
Telle que dans son char la Bérécynthienne
Couronnée de tours, et joyeuse d'avoir
Enfanté tant de dieux, telle se faisait voir
En ses jours plus heureux cette ville ancienne :
Cette ville, qui fut plus que la Phrygienne
Foisonnante en enfants, et de qui le pouvoir
Fut le pouvoir du monde, et ne se peut revoir
Pareille à sa grandeur, grandeur sinon la sienne.
Rome seule pouvait à Rome ressembler,
Rome seule pouvait Rome faire trembler :
Aussi n'avait permis l'ordonnance fatale
Qu'autre pouvoir humain, tant fût audacieux,
Se vantât d'égaler celle qui fit égale
Sa puissance à la terre et son courage aux cieux.
poésie de Joachim du Bellay
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Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :
Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.
poésie de Joachim du Bellay
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Sonnet XXXI
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge!
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage?
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine:
Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.
poésie de Joachim du Bellay de Les Regrets (1558)
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Comme on passe en été le torrent sans danger,
Comme on passe en été le torrent sans danger,
Qui soulait en hiver être roi de la plaine,
Et ravir par les champs d'une fuite hautaine
L'espoir du laboureur et l'espoir du berger :
Comme on voit les couards animaux outrager
Le courageux lion gisant dessus l'arène,
Ensanglanter leurs dents, et d'une audace vaine
Provoquer l'ennemi qui ne se peut venger :
Et comme devant Troie on vit des Grecs encor
Braver les moins vaillants autour du corps d'Hector :
Ainsi ceux qui jadis soulaient, à tête basse,
Du triomphe romain la gloire accompagner,
Sur ces poudreux tombeaux exercent leur audace,
Et osent les vaincus les vainqueurs dédaigner.
poésie de Joachim du Bellay
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Mars, vergogneux d'avoir donné tant d'heur
Mars, vergogneux d'avoir donné tant d'heur
A ses neveux que l'impuissance humaine
Enorgueillie en l'audace romaine
Semblait fouler la céleste grandeur,
Refroidissant cette première ardeur,
Dont le Romain avait l'âme si pleine,
Souffla son feu, et d'une ardente haleine
Vint échauffer la gothique froideur.
Ce peuple adonc, nouveau fils de la Terre,
Dardant partout les foudres de la guerre,
Ces braves murs accabla sous sa main,
Puis se perdit dans le sein de sa mère,
Afin que nul, fût-ce des dieux le père,
Se pût vanter de l'empire romain.
poésie de Joachim du Bellay
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La Tricoteuse
Tu tricotais ton bas de laine,
Toute rose et toute mignarde,
O ma friponne campagnarde,
Quand je t’abordai hors d’haleine.
— Suis-je encore loin de la plaine ?
— Oui, monsieur, fis-tu goguenarde,
Tu tricotais ton bas de laine,
Toute rosé et toute mignarde.
Or, j’avais bu comme Silène,
Et j’étais d’humeur si gaillarde,
Que je dis : « Tant pis ! je m’attarde ! »
Et quand je partis à grand’peine,
Tu tricotais ton bas de laine.
poésie de Maurice Rollinat
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De ce qu'on ne voit plus qu'une vague campagne
De ce qu'on ne voit plus qu'une vague campagne
Où tout l'orgueil du monde on a vu quelquefois,
Tu n'en es pas coupable, ô quiconque tu sois
Que le Tigre et le Nil, Gange et Euphrate baigne :
Coupables n'en sont pas l'Afrique ni l'Espagne,
Ni ce peuple qui tient les rivages anglais,
Ni ce brave soldat qui boit le Rhin gaulois,
Ni cet autre guerrier, nourrisson d'Allemagne.
Tu en es seule cause, ô civile fureur,
Qui semant par les champs l'émathienne horreur,
Armas le propre gendre encontre son beau-père :
Afin qu'étant venue à son degré plus haut,
La Romaine grandeur, trop longuement prospère,
Se vît ruer à bas d'un plus horrible saut.
poésie de Joachim du Bellay
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Solitude
Les choses formant d’habitude
Au plus fauve endroit leur tableau :
Les rochers, les arbres et l’eau,
Manquent à cette solitude.
D’un gris fané de vieille laine,
De couleur verte dénué
Et de partout continué
Par l’indéfini de la plaine,
Tel ce champ étend sa tristesse,
Sans un genêt, sans un chardon,
La ronce, indice d’abandon,
N’étant pas même son hôtesse.
Le ciel blanc, comme un morne dôme,
Tout bombé sur son terrain plat,
Raye d’un éclair çà et là
La lividité de son chaume.
On dirait une espèce d’île
Au milieu d’océans caillés,
Tant les quatre horizons noyés
Ont un enlacement tranquille !
Le spectre ici ? Ce serait l’être
Dont on guette venir le pas,
Le quelqu’un que l'on ne voit pas
Mais qui pourrait bien apparaître.
En ce lieu d’atmosphère lourde,
Où couve un malaise orageux,
Il souffle un frais marécageux
D’odeur cadavéreuse et sourde.
Pas un frisson, pas une pause
Du silence et du figement !
La pleine mort, totalement,
En a fait sa lugubre chose.
Mais ce qui, surtout, de la terre
Monte, funèbre, avec la nuit,
C’est l’effroi, la stupeur, l’ennui
De l’éternité solitaire.
On voit à cette heure émouvante,
D’aspect encor plus solennel,
Ce champ et ce morceau de ciel
Communier en épouvante.
L’espace devant l’œil dévide
Son interminable lointain
Emplissant le jour incertain
De son vague absolument vide.
Malgré l’amas de la tempête
D’un poids noir et toujours croissant,
Ici, le vent même est absent
Comme la personne et la bête.
L’ombre vient... l’horreur est si grande
Que je quitte ce désert nu,
M’y sentant presque devenu
Le fantôme que j’appréhende !...
poésie de Maurice Rollinat
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Liminaire
... Ces souvenirs chauffent mon sang
Et pénètrent mes moelles...
Je me souviens du village près de l'Escaut,
D'où l'on voyait les grands bateaux
Passer, ainsi qu'un rêve empanaché de vent
Et merveilleux de voiles,
Le soir, en cortège, sous les étoiles.
Je me souviens de la bonne saison ;
Des parlottes, l'été, au seuil de la maison
Et du jardin plein de lumière,
Avec des fleurs, devant, et des étangs, derrière ;
Je me souviens des plus hauts peupliers,
De la volière et de la vigne en espalier
Et des oiseaux, pareils à des flammes solaires.
Je me souviens de l'usine voisine
- Tonnerres et météores
Roulant et ruisselant
De haut en bas, entre ses murs sonores,
Je me souviens des mille bruits brandis,
Des émeutes de vapeur blanche
Qu'on déchaînait, le samedi,
Pour le chômage du dimanche.
Je me souviens des pas sur le trottoir,
En automne, le soir,
Quand, les volets fermés, on écoutait la rue
Mourir :
La lampe à flamme crue
Brûlait et l'on disait le chapelet
Et des prières à n'en plus finir !
Je me souviens du vieux cheval,
De la vieille guimbarde aux couleurs fades,
De ma petite amie et du rival
Dont mes deux poings mataient la fièvre et les bravades.
Je me souviens du passeur d'eau et du maçon,
De la cloche dont j'ai gardé mémoire entière,
Et dont j'entends encore le son ;
Je me souviens du cimetière....
Mes simples vieux parents, ma bonne tante !
- Oh ! les herbes de leur tombeau
Que je voudrais mordre et manger ! -
C'était si doux la vie en abrégé !
C'était si jeune et beau
La vie, avec sa joie et son attente !
J'appris alors quel pays fier était la Flandre !
Et quels hommes, jadis, avaient fixé son sort,
En ces jours de bûchers et de flamme, où la cendre
Que dispersait le vent était celle des morts.
Je sus le nom des vieux martyrs farouches
Et maintes fois, ivre, fervent, pleurant et fou,
En cachette, le soir, j'ai embrassé leur bouche
Orde et rouge, sur l'image à deux sous.
J'aurais voulu souffrir l'excès de leur torture,
Crier ma rage aussi et sangloter vers eux,
Les clairs, les exaltés, les dompteurs d'aventure,
Les arracheurs de foudre aux mains de Philippe Deux.
Ou bien encor, c'étaient les communes splendides,
Les révoltes, roulant sur le pavé de Gand,
Chocs après chocs, leurs ouragans ;
C'étaient les tisserands et les foulons sordides,
Mordant les rois comme des chiens ardents,
Et leur laissant aux mains la trace de leurs dents.
C'étaient de grands remous de vie armée
Qui s'apaisaient dans le soleil,
Quaud les beffrois sonnaient la joie et le réveil
Sur les foules désopprimées.
C'était tout le passé : sang et or, fièvre et feu !
C'était le galop blanc des hautaines victoires
Criant, dans le tumulte et dans l'effroi, leurs voeux,
De l'un à l'autre bout du monde et de l'histoire.
II
Depuis, l'ombre s'est faite sur la Flandre !
Mais mon rêve survit et ne veut point descendre
Des tours, où tant d'orgueil, jadis, le fit monter.
Je regarde de là nos pensives cités ;
J'écoute se taire leur silence ;
Je vois s'ouvrir, comme un faisceau de lances,
L'abside en or des églises, le soir :
Un bruit de cloches, un envol d'encensoir
Là-bas des anges.....
Et la ville s'endort en des louanges.
Je vois aussi, du haut de ces énormes tours,
Les champs, les clos, les bourgs,
Les villages et les prairies,
Autour des larges métairies.
Les vieux pommiers vaillants,
Au temps d'Avril et des sèves nouvelles,
Semblent une troupe d'oiseaux blancs
Laissant traîner leurs ailes
En des vergers pleins de soleil.
Le vent est clair, l'air est vermeil,
L'amour des gars et des femmes superbes
Pousse, comme les fleurs, et se lève de l'herbe,
Robuste et fécondé.
On écoute rire et baguenauder,
Près des mares et des landes,
Les naïves légendes ;
Les vieilles coutumes mêlent encor
Leur beau fil d'or
Au solide tissu des moeurs et des paroles ;
On croit toujours aux sorcières et aux idoles ;
On est crédule et défiant, tout à la fois ;
On est rugueux, profond et lourd, comme les bois
Et sombre et violent, comme la mer brumeuse.
Oh ! l'Océan, là-bas, et sa fête écumeuse
A l'infini, sur les plages, l'hiver !
En ai-je aimé le vent et le désert !
En ai-je aimé la vie, en des barques tragiques,
Qui s'en allaient fouiller les eaux mythologiques
Où les grands dieux du Nord apparaissent encor !
En ai-je aimé les ports, les caps, les baies,
Le môle en bois blanchi que l'ouragan balaie,
Les vieux pêcheurs usés, têtus, tranquilles,
Les pilotes tannés et forts,
Les mousses clairs, les belles filles !
Oh ! l'ai-je aimé éperdument
Ce peuple - aimé jusqu'en ses injustices,
Jusqu'en ses crimes, jusqu'en ses vices !
L'ai-je rêvé fier et rugueux, comme un serment,
Ne sentant rien, sinon que j'étais de sa race,
Que sa tristesse était la mienne et que sa face
Me regardait penser, me regardait vouloir,
Sous la lampe, le soir,
Quand je lisais sa gloire en mes livres de classe !
Aussi, lui ai-je, avec ferveur, voué ces vers
Qui le chantent, dans la grandeur ou l'infortune,
Comme la Flandre abaisse ou lève au long des mers,
Avec ses sables d'or sa guirlande de dunes.
poésie de Emile Verhaeren
Ajouté par Lucian Velea
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Quiconque, mon Bailleul, fait longuement séjour
Quiconque, mon Bailleul, fait longuement séjour
Sous un ciel inconnu, et quiconques endure
D'aller de port en port cherchant son aventure,
Et peut vivre étranger dessous un autre jour :
Qui peut mettre en oubli de ses parents l'amour,
L'amour de sa maîtresse, et l'amour que nature
Nous fait porter au lieu de notre nourriture,
Et voyage toujours sans penser au retour :
Il est fils d'un rocher ou d'une ourse cruelle,
Et digne qui jadis ait sucé la mamelle
D'une tigre inhumaine : encor ne voit-on point
Que les fiers animaux en leurs forts ne retournent,
Et ceux qui parmi nous domestiques séjournent,
Toujours de la maison le doux désir les point.
poésie de Joachim du Bellay
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Par armes et vaisseaux Rome dompta le monde
Par armes et vaisseaux Rome dompta le monde,
Et pouvait-on juger qu'une seule cité
Avait de sa grandeur le terme limité
Par la même rondeur de la terre et de l'onde.
Et tant fut la vertu de ce peuple féconde
En vertueux neveux, que sa postérité,
Surmontant ses aïeux en brave autorité,
Mesura le haut ciel à la terre profonde :
Afin qu'ayant rangé tout pouvoir sous sa main,
Rien ne pût être borne à l'empire romain :
Et que, si bien le temps détruit les républiques,
Le temps ne mît si bas la romaine hauteur,
Que le chef déterré aux fondements antiques,
Qui prirent nom de lui, fut découvert menteur.
poésie de Joachim du Bellay
Ajouté par Poetry Lover
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Qui niera, Gillebert, s'il ne veut résister
Qui niera, Gillebert, s'il ne veut résister
Au jugement commun, que le siège de Pierre
Qu'on peut dire à bon droit un paradis en terre,
Aussi bien que le ciel, n'ait son grand Jupiter ?
Les Grecs nous ont fait l'un sur Olympe habiter,
Dont souvent dessus nous ses foudres il desserre :
L'autre du Vatican délâche son tonnerre,
Quand quelque roi l'a fait contre lui dépiter.
Du Jupiter céleste un Ganymède on vante,
Le tusque Jupiter en a plus de cinquante :
L'un de nectar s'enivre, et l'autre de bon vin.
De l'aigle l'un et l'autre a la défense prise,
Mais l'un hait les tyrans, l'autre les favorise :
Le mortel en ceci n'est semblable au divin.
poésie de Joachim du Bellay
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